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dimanche 20 mars 2016

Etats-Unis. Le choix centriste de Barack Obama pour la Cour suprême

Si on l’avait oublié, Barack Obama est un centriste assumé qui souhaitait que la vie politique américaine, sous sa présidence, devienne «post-partisane», c’est-à-dire que le gouvernement se fasse sur des majorités consensuelles d’idées selon les cas et non plus sur des blocs antagonistes, même s’ils pouvaient faire des compromis sur certains sujets de manière «bipartisane».
Ce consensus d’un nouveau genre a été enterré par les républicains dès après l’investiture d’Obama en janvier 2009.
A la place, lors d’une réunion à Washington, les leaders républicains ont décidé d’une guérilla de tous les instants, d’un blocage systématique et d’attaques qui ont permis la création du mouvement Tea party qui a réuni ensemble tous les populistes et les extrémistes de droite que compte l’Amérique, aboutissant aujourd’hui à ce que le primaire républicaine soit dominée par un populiste démagogue, Donald Trump, et un conservateur proche de l’extrême-droite, Ted Cruz.
Une sorte de retour à l’envoyeur qui met l’establishment républicain dans tous ses états…
Il faut rappeler ici que cette stratégie de la terre brûlée a été adoptée en premier lieu pour faire échec à ce président à la popularité alors énorme et qui menaçait, par sa main tendue, tout l’édifice que les ultraconservateurs républicains avaient patiemment mis en place depuis la présidence Reagan dans les années 1980, voire depuis la présidence Nixon dix ans plus tôt, pour déporter définitivement l’Amérique à droite toute et délégitimer le plus possible les démocrates mais également tous les centristes, qu’ils soient démocrates ou républicains.
Dans le même temps, Barack Obama a du, faute d’ouverture, se rabattre sur l’unique Parti démocrate pour gouverner, ce qui l’a parfois légèrement déplacé au centre-gauche notamment après 2010 lorsque les démocrates ont perdu la majorité à la Chambre des représentants et, surtout, après 2012 avec la perte du Sénat.
Néanmoins, il a gardé les fondamentaux de sa ligne politique centriste, celle qu’il prêchait déjà dans ses ouvrages alors qu’il n’était même pas candidat à la présidence.
C’est pourquoi, son choix du juge Merrick Garland, un centriste reconnu, pour remplacer le juge d’extrême-droite Antonin Scalia à la Cour suprême qui vient de décéder, ne peut qu’étonner ceux qui se sont toujours trompés (ou trompent la population) sur Obama en le présentant comme un homme de gauche et un activiste «liberal».
Ici aussi il faut faire un rappel en n’oubliant pas que le sénateur socialiste Bernie Sanders, candidat à l’investiture démocrate face à Hillary Clinton, a été maintes fois un critique d’Obama et qu’il souhaitait même une primaire en 2012 avec un candidat de gauche face à ce dernier qu’il a toujours considéré comme un centriste.
Bien entendu, le président des Etats-Unis savaient qu’il devait choisir un homme modéré afin de tenter de lézarder puis de faire voler en éclats le véto des leaders républicains sur toute nomination à la Cour suprême, le Sénat, à majorité républicaine, devant confirmer le choix du président.
Le plus extraordinaire pour bloquer la machine démocratique a été le motif utilisé par le Parti républicain.
Quittant la Maison blanche en janvier prochain, Barack Obama ne devrait plus rien faire sauf gérer les affaires courantes!
Surtout, il ne devrait pas nommer un juge à la Cour suprême.
Une lecture totalement aberrante de la Constitution et contraire à l’état de droit démocratique mais qui ne semble pas perturber du tout la majorité des républicains, ce qui est sans doute le plus grave dans une démocratie républicaine.
Toujours est-il que Merrick Garland, juge à la Cour d’appel du district de Columbia, ne souffre d’aucun doute sur ses capacités, son expérience et ses qualités.
En outre, sa réputation de centriste ne peut que renforcer une institution que de plus en plus d’Américains estiment être devenue totalement partisane et donc plus du tout au-dessus de la mêlée même si elle ne l’a jamais vraiment été dans les faits.
Et même si l’on peut penser que le choix de M. Garland n’aurait peut-être pas été celui du président s’il avait eu la majorité au Sénat, il faut louer cette initiative.
Tout en ne jouant pas à l’ingénu.
Il est évident qu’Obama sait que son choix a mis le Parti républicain dans l’embarras.
D’une part, parce que Merrick Garland avait été proposé précédemment par certains républicains pour être juge à la Cour suprême.
D’autre part, parce qu’en fermant la porte à un homme de qualité, les républicains vont une nouvelle fois apparaître comme des idéologues bornés dont le seul but est d’empêcher les institutions de fonctionner normalement.
Et ce en une année électorale où, non seulement, la présidence du pays est en jeu mais également la majorité au Sénat qui pourrait bien rebasculer en faveur des démocrates (cela semble beaucoup plus difficile pour la Chambre des représentants dominée largement par les républicains grâce à des redécoupages de circonscriptions qu’ils ont décidé et qui les avantage outrageusement).
C’est pourquoi l’on a vu certains sénateurs républicains qui vont se présenter à l’élection de novembre (le Sénat se renouvèle par tiers), déclarer qu’ils s’entretiendraient avec le juge Garland, ce qui pourraient préfigurer une ouverture dans l’examen de sa nomination, ce que veulent éviter à tout prix les leaders du parti.
Pourquoi cet acharnement à tout bloquer, in fine?
Parce que la Cour suprême, avant le décès de Scalia, sur ses neuf membres, en comptait cinq conservateurs ou ultraconservateurs et quatre centristes ou de centre gauche, ce qui permettait souvent de dessiner une législation et une jurisprudence très conservatrice voire réactionnaire ainsi que de laisser la porte ouverte à toutes les initiatives que pourraient prendre un président républicain élu en novembre, notamment sur l’annulation de la loi sur l’assurance santé, sur l’interdiction de l’avortement, sur l’interdiction du mariage gay, sur l’extension du droit de port d’arme, sur le retour en force de la religion à l’école avec les théories créationnistes, etc.
Et la Cour suprême peut encourager ou autoriser toutes ces mesures car sa compétence s’étend sur tous les cas relevant de la Constitution et des lois du pays (fédérales et étatiques) ainsi que des traités conclus par les Etats-Unis.
Concrètement, elle décide si une loi peut ou non s’appliquer (elle ne peut l’abroger mais sa décision s’impose à tous les tribunaux du pays) en la déclarant constitutionnelle ou non.
De même, elle décide si une situation de fait ou un jugement d’un tribunal, en l’absence d’une loi, est conforme aux droits fondamentaux des citoyens tels qu’ils sont définis par la Constitution si elle est saisie à cet effet.
On voit donc son rôle crucial, dénoncé dès sa création par certains comme inconstitutionnel et aboutissant à un gouvernement des juges, et la raison pour laquelle les républicains tiennent tellement à y rester majoritaires.
Mais quoi qu’il arrive dans cette affaire, Barack Obama sera demeuré tout au long de son mandat, un président centriste, non pas par nécessité comme beaucoup l’on fait aux Etats-Unis et ailleurs, mais par conviction.

Alexandre Vatimbella



copyright 2016 LesNouveauxMondes.org 

samedi 19 mars 2016

Présidentielle USA 2016. Sauf séisme politique, Hillary Clinton sera la candidate démocrate

Bien sûr, elle n’a pas encore le nombre de délégués nécessaire pour remporter les primaires et, en cette année des populismes, Bernie Sanders peut encore créer la surprise mathématiquement parlant, mais, sauf séisme politique incroyable, la centriste Hillary Clinton sera la candidate démocrate le 8 novembre prochain, sans doute face à Donald Trump.
Hier soir, lors d’un nouveau «super Tuesday», elle a remporté les cinq Etats en course dont, surtout, la Floride et l’Ohio mais aussi l’Illinois et la Caroline du Nord ainsi que le Missouri.
Sa victoire en Floride a été impressionnante, surtout elle est due à la mobilisation en sa faveur de l’ensemble de l’électorat démocrate (les succès de Sanders ont souvent été dus aux votes des «independents» qui peuvent participer à certaines primaires et pas à d’autres) et des minorités.
Sur les 2383 délégués nécessaires pour être nommée la candidate démocrate lors de la convention du parti fin juillet (du 25 au 28) à Philadelphie, elle en possède désormais 1568 contre 797 à Bernie Sanders selon CNN (1521 contre 800 selon Politico).
Clinton va ainsi entrer dans l’Histoire en étant la première candidate d’un grand parti à l’élection présidentielle.
Mais elle pourra aussi la faire en étant la première présidente des Etats-Unis.
Car la route vers la Maison blanche semble lui être grande ouverte puisque son opposant républicain sera certainement Donald Trump – qui a encore augmenté son avance hier soir face à ses rivaux républicains – qu’elle bat dans tous les sondages assez largement depuis l’entrée en lice du promoteur newyorkais, les deux derniers réalisés, datant du 9 mars, lui donnent la victoire 51%-38% (NBC) et 50%-41% (ABC).
Cependant Clinton a encore de nombreux écueils et elle ne doit s’attendre à aucune mansuétude, surtout à tous les coups tordus de la part de Trump, du genre de ceux qu’il a utilisé face aux autres candidats républicains.
De même, elle devra encore et encore améliorer son image auprès des Américains et batailler face au «Hillary bashing» des journalistes.
Comme le remarquait le New York Times, lors du dernier débat entre Clinton et Sanders sur CNN, toutes les questions agressives et déstabilisantes lui ont été posées dans ce que le quotidien a appelé un comportement quelque peu malhonnête de la part des modérateurs.
Un article dans Time montre que plusieurs journalistes, alors qu’elle se félicitait d’avoir remporter cinq Etats hier soir et qu’elle remerciait ses sympathisants, l’ont moqué soi-disant pour avoir «gueulé» lors de son discours, une nouvelle attaque incompréhensible selon le magazine qui estime qu’aucun d’entre eux n’auraient dit cela à propos d’un candidat et même d’une candidate autre qu’Hillary Clinton...
Dans ce même discours, elle a réaffirmé qu’elle était prête pour gouverner et qu’il fallait choisir quelqu’un(e) qui soit prêt(e) dès le premier jour et qui connaisse comment faire le boulot de président.
En outre, elle a estimé qu’il ne s’agissait pas simplement de se présenter à la présidentielle en faisant des promesses à tout va mais qu’il fallait proposer des mesures réalisables et financièrement possibles.
Elle a également attaqué Donald Trump en fustigeant ses propos sur les immigrés et les musulmans ainsi que ceux sur la politique étrangère, déclarant que celui-ci était «not strong but wrong» (pas fort mais avait tort).

Alexandre Vatimbella



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L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. La démocratie du XXI° siècle au défi du populisme

De Platon et Aristote aux Pères fondateurs des Etats-Unis (Jefferson, Adams, Hamilton) et au théoricien de la Révolution française, l’abbé Sieyès, en passant par Bodin et Hobbes, Locke et Montesquieu, les philosophes et penseurs politiques se méfient des passions populaires.
C’est la raison pour laquelle ils se méfiaient corollairement de la démocratie, l’originale dont parle l’Antiquité grecque, celle où le peuple gouverne et décide directement, celui où il légifère et exécute en même temps.
On pensait avoir trouvé la solution la plus sage avec la construction intellectuelle de la démocratie représentative, avec Sieyès, Kant et quelques autres dans une articulation où le vouloir et le pouvoir n’étaient pas interdépendants mais aussi, bien sûr, avec les débuts prometteurs de la république des Etats-Unis d’Amérique où les Pères fondateurs avaient imaginé un système où les pouvoirs se bloquaient entre eux afin d’éviter que la majorité ne devienne tyrannique afin de protéger la minorité, car la démocratie républicaine s’apprécie aussi et surtout à l’aune des droits de la minorité.
Comme le résume fort bien Albert Camus, «La démocratie, ce n'est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité.»
La Révolution française, dans un premier temps, avait voulu s’inscrire dans une telle démarche avant qu’elle ne dérape, en partie, par ces passions populaires dévastatrices.
Car c’était sans compter sur les populistes et les démagogues qui s’adaptèrent dès le départ fort bien à ce nouveau système pour demander au peuple de les élire en leur promettant le beurre et l’argent du beurre dans des discours enflammés et agressifs, voire plus.
Mais l’on croyait tout de même que le populisme disparaitrait au fur et à mesure que la démocratie s’installe et mûrisse avec des peuples qui, petit à petit, grâce à l’éducation, à l’information et au progrès social et technique, s’approprient le fameux couple liberté-responsabilité afin que tout cela aboutisse à un gouvernement harmonieux et raisonnable, ce fameux juste milieu de Confucius, cette fameuse médéité d’Aristote.
On avait oublié, même si Tocqueville nous l’avait expliqué avant d’être un peu oublié puis justement redécouvert, que la démocratie est moins une question de liberté pour le peuple que d’égalité et que l’équilibre fondamental liberté-égalité penche le plus souvent vers une demande populaire d’égalité au détriment de la liberté, ce que nous disaient déjà Platon.
Ainsi, en ce début de XXI° siècle, la démocratie républicaine représentative se trouve toujours à la merci du populisme comme elle l’était au temps d’Athènes.
Que ce soit en Amérique du Sud avec les Chavez (Venezuela), Morales (Bolivie), Kirchner (Argentine), ou en Europe avec les Orban (Hongrie) ou les Tsipras (Grèce), les populistes sont ou ont été au pouvoir pour le plus grand malheur de leurs peuples qui les avaient choisis démocratiquement.
Certains ont coulé l’économie de leurs pays, d’autres n’ont pas été capables de les sortir de leurs difficultés qui les avaient portés au pouvoir.
Sans parler des limitations de la liberté, les bouc émissaires et les relents de xénophobie où toutes les difficultés viennent évidemment des autres ou d’ailleurs, de ces ennemis extérieurs et de leurs relais intérieurs.
Et l’on a vu fleurir ces dernières décennies avec une accélération récente, un peu partout, sur le même principe et avec les mêmes discours, des organisations populistes plus ou moins extrémistes comme Podémos (Espagne), le Mouvement cinq étoiles (Italie), le Front national et le Front de gauche (France), Ukip (Grande Bretagne) Pegida et l’AFD (Allemagne) ainsi que des hommes qui surfent sur cette vague comme Donald Trump et Bernie Sanders aux Etats-Unis.
En cette année 2016, le populisme, la démagogie et l’extrémisme se sont à nouveau coalisés pour attaquer les fondements, les principes et les valeurs de la démocratie républicaine comme une sorte de retour en arrière mécanique qui fait parfois douter que les peuples aient jamais appris quoi que ce soit, ni même qu’ils aient ouvert un livre d’Histoire.
Il est fort possible que le populisme et la démagogie soient éternels.
Il est même, fort possible, que ce soit également mais pas seulement, une résultante de la démocratie républicaine qui permet aux passions, aux intérêts personnels et aux frustrations, légitimes ou non, de s’exprimer dans la rue et dans le bulletin de vote, de voir des aventuriers s’en emparer et nombre d’individus leur faire confiance.
Cela n’empêche pas qu’il faut une lutte résolue et sans concession de la part des vrais démocrates et des vrais républicains contre ces deux tares, ces deux dangers qui ont produit et produisent tant de catastrophes au cours des siècles et particulièrement au XX° siècle même si le XXI° est malheureusement en train de suivre son prédécesseur en la matière.
Et le Centre doit être au cœur de cette résistance au populisme au nom de ses valeurs humanistes, au nom de son principe de juste équilibre, au nom de sa défense de la liberté.
Les partis centristes se doivent d’être en première ligne pour défendre la démocratie républicaine.
Car, si Winston Churchill disait «Le meilleur argument contre la démocratie est fourni par une conversation de cinq minutes avec l'électeur moyen», il affirmait dans le même temps, «La démocratie est le pire des régimes – à l'exception de tous les autres déjà essayés dans le passé».

Alexandre Vatimbella


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mardi 15 mars 2016

Présidentielle USA 2016. La presse aura-t-elle une nouvelle fois la peau d’Hillary?

La courte défaite d’Hillary Clinton – mais emblématique de ses difficultés avec les ouvriers et les employés blancs – dans la primaire du Michigan face à Bernie Sanders qui partait avec 30 points de retard il y a quelques semaines pose à nouveau la question de savoir si la couverture médiatique de la candidate démocrate est honnête.
Ses électeurs doivent avoir en effet les oreilles qui sifflent à chaque fois qu’ils écoutent la radio et les yeux qui brûlent quand ils regardent la télévision, consultent internet ou lisent la presse.
Et ce n’est pas qu’une impression partisane.
Il est bien difficile en effet de trouver des journalistes qui disent du bien de leur chère Hillary ou, tout simplement, qui n’en disent pas du mal!
On le sait, Clinton est détestée par la presse depuis son passage à la Maison blanche, lorsqu’elle était la première dame entre 1992 et 2000.
Cela s’est confirmé en 2007-2008 où les médias ont joué un rôle de premier plan dans sa défaite face à Barack Obama lors des primaires démocrates alors qu’elle était la grandissime favorite dans les sondages.
Bien évidemment, elle n’est pas exempte de reproches dans la conduite de ses campagnes, dans ses relations avec les journalistes et dans ses difficultés d’image avec le grand public.
Néanmoins, elle est l’objet depuis plus de vingt ans de constantes insinuations, d’attaques sans fondement et d’enquêtes uniquement à charge de la part du monde médiatique où on a souvent l’impression qu’une sorte de concours oppose les journalistes sur celui ou celle qui la fera enfin tomber définitivement.
Et la campagne des primaires démocrates met cette attitude en lumière une nouvelle fois sans conteste.
Ainsi, si la plupart des journalistes politiques américains demeurent des anti-clintoniens purs et durs, les voilà qui sont devenus soudainement des socialistes, présentant Bernie Sanders de manière outrageusement favorable afin de la présenter en alternative crédible à Hillary Clinton.
Après avoir été Obamistes en 2008 sans même connaître le futur président des Etats-Unis quelques mois auparavant, les voilà tout aussi Sandériens sans plus de logique que d’être contre Clinton.
Le plus problématique déontologiquement parlant est que ses opposants ne reçoivent pas le même traitement.
Cet «Hillary bashing» fort connu est tellement caricatural que des hommes comme Donald Trump ou Ted Cruz obtiennent des couvertures médiatiques bien plus positives que l’ancienne secrétaire d’Etat de Barack Obama.
Et ce malgré leurs mensonges et leurs casseroles multiples (comme les faillites à répétition de Trump) qui sont certes évoqués mais sans l’outrance qui frappe Clinton et ses «affaires» qui sont souvent d’un degré infime par rapport aux leurs comme, par exemple, le problème des e-mails lorsqu’elle était au gouvernement ou ses discours auprès des banques.
Un des cas les plus emblématiques du comportement malhonnête des médias américains à l’encontre d’Hillary Clinton est l’utilisation du comportement de Bill Clinton vis-à-vis de la gente féminine qui lui est directement reproché comme si elle avait été sa complice…
C’est en premier lieu l’infidélité de Bill Clinton et, évidemment, l’affaire Monica Lewinsky, cette stagiaire de la Maison blanche avec qui il avait eu des relations sexuelles et qui avait failli lui coûter sa présidence (non pas pour ces frasques mais parce qu’il avait alors menti au peuple américain sur cette relation).
Ainsi, de victime, elle est devenue accusée, soi-disant selon certains journalistes ou certains de ses adversaires complaisamment interviewés, parce qu’elle n’aurait pas assez condamné le comportement de son mari!
Les attaques très en-dessous de la ceinture à ce propos sont venues de Donald Trump, l’homme qui insulte les femmes en direct à la télévision, qui a été marié trois fois et dont une de ses épouses l’a accusé de viol avant de se rétracter.
Alors qu’elles auraient du être mises en comparaison de ses comportements pour le moins machistes, elles ont été reprises abondamment par les journalistes, toujours friands de tout ce qui peut abaisser la centriste.
Ce fut par exemple, le cas du chef du service politique de NBC, Chuck Todd, qui s’est fait une spécialité de chercher tout ce qui peut compromettre Hillary Clinton, et qui monta en épingle cette histoire en affirmant sans aucune preuve que cette affaire faisait trembler toute l’équipe de la candidate à la candidature démocrate, sous-entendu cela pourrait détruire sa candidature.
On pourrait en rire s’il ne s’agissait pas de professionnels des médias et du choix du prochain président de la première puissance mondiale.
Que Donald Trump tombe dans ces attaques nauséabondes, quoi de plus normal, c’est ce qu’il fait depuis qu’il a annoncé sa candidature.
Que les médias commencent à le suivre tout en le critiquant – comportement bien connu de ceux qui propagent des ragots tout en s’en désolidarisant pour se réclamer irresponsable de leurs dénonciations! –, voilà bien qui prouve la recherche constante de sensationnalisme d’une partie des journalistes et, d’une certaine manière, une victoire pour Trump et sa stratégie de salir tout le monde, de ses concurrents républicains au camp démocrate.
Le populisme et la démagogie, ça fait vendre depuis toujours avec un public qui se bouche le nez mais qui regarde et écoute avec délectation.
A noter que la presse française suit l’exemple des médias américains du «tout sauf Hillary».
Même si cela se passe à plusieurs milliers de kilomètres, la présidentielle américaine passionne la France et permet à ses médias de jouer la présidentielle de 2017 avant l’heure.
A gauche, de Libération au Monde en passant par Le Nouvel Obs, on défend Sanders, le socialiste.
A droite, du Figaro à Valeurs actuelles, déstabilisés par Trump, les médias commencent à lui trouver des qualités même s’ils sont encore hésitants et qu’ils auraient bien vu Rubio qui devient de moins en moins une alternative sérieuse au promoteur newyorkais après ses nouvelles défaites du deuxième «super Tuesday» (reste Ted Cruz, l’homme de l’extrême-droite).
Mais, que ce soit la presse de gauche ou celle de droite, il y a un ennemi à abattre, la centriste Hillary Clinton.
Elle est de droite pour la presse de gauche et de gauche, voire d’«extrême-gauche» (sic) selon un récent article du Figaro, pour la presse de droite.
Pour conclure, ce n’est pas tant de parler des problèmes d’Hillary Clinton, réels ou supposés, qui est répréhensible, que d’en parler à tout bout de champ et de le faire uniquement à charge.
Mais il est vrai qu’en se présentant en centriste, la candidate Clinton attise les haines – et ici ce n’est pas un mot trop fort – aussi bien à droite qu’à gauche.
Une situation que connaissent souvent les candidats centristes à travers le monde.

Alexandre Vatimbella

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mardi 8 mars 2016

Présidentielle USA 2016. Le centriste Bloomberg ne se présentera pas pour ne pas risquer l’élection de Trump ou Cruz

Michael Bloomberg, centriste et ancien maire de New York, a officiellement renoncé à se présenter à la présidence des Etats-Unis le 8 novembre prochain en tant qu’indépendant.
Le milliardaire qui a fait fortune en créant lui-même son empire de médias financiers, souhaitait depuis de nombreuses années concourir à la présidentielle.
Déjà, en 2007, il avait mené des tests pour savoir s’il avait une chance de l’emporter.
Même si cette année, à 74 ans, il avait moins d’appétence pour une campagne électorale, lui qui avait repris directement la direction de son entreprise l’année dernière, la volonté de barrer la route à la Maison blanche aux populistes Donald Trump et Bernie Sanders ou à l’extrémiste Ted Cruz lui avait fait envisager très sérieusement de se présenter.
Il avait commencé à élaborer son plan de bataille, fait réaliser des études et des tests notamment au Texas et en Floride, choisi son équipe de campagne, trouver ses slogans et logos et même trouver son éventuel vice-président.
Il avait prévu de consacrer un milliard de dollars de sa fortune personnelle à cette campagne et de refuser tous les dons et financements extérieurs pour demeurer le plus indépendant possible de tous les intérêts particuliers.
Les sondages qu’il avait faits réalisés ainsi que les projections en nombre de grands électeurs qu’il pourrait avoir étaient assez encourageants même s’il ne lui donnaient pas un avantage sûr et certain.
C’est une des raisons de son renoncement mais pas le principal.
Car, pour l’emporter mais aussi pour légitimer sa candidature, il fallait que le duel républicain-démocrate oppose Trump ou Cruz à Sanders.
Or, selon toute vraisemblance, celui-ci aura pour acteurs Donald Trump du côté républicain (à moins d’une cabale réussie par l’establishment contre le promoteur immobilier) et Hillary Clinton, une centriste.
Dès lors, la candidature de Bloomberg risquait de faire doublon avec celle de Clinton, surtout et principalement, de diviser les voix des modérés et des centristes et de permettre à Trump de l’emporter.
Pour annoncer sa non-candidature, Bloomberg a signé cette tribune sur le site d’opinions de son empire médiatique, intitulée «The risk I will not take», le risque que je ne prendrai pas (lire celle-ci en version originale ici):
«Les Américains sont aujourd'hui face à un défi profond afin de préserver nos valeurs communes et la promesse de la nation.
La stagnation des salaires dans le pays et notre influence en déclin à l'étranger ont mis les Américains en colère et mes rendent frustrés. Et pourtant, à Washington, on ne propose rien d'autre que le blocage des institutions et des attaques partisanes.
Pire encore, les candidats présidentiels actuels désignent des boucs émissaires au lieu de proposer des solutions, et font des promesses qu’ils ne pourront finalement pas tenir. Plutôt que d'expliquer comment ils vont briser la fièvre partisane qui paralyse Washington, ils en rajoutent sur ses dysfonctionnements.
Au cours de l'histoire américaine, les deux partis ont eu tendance à désigner des candidats présidentiels qui restaient proches du Centre et construisaient à partir de celui-ci. Mais cette tradition est en panne. L’extrémisme est en marche, et à moins que nous le stoppions, nos problèmes à l’intérieur et à l'extérieur du pays vont empirer.
Beaucoup d'Américains sont évidemment consternés par cela, et je partage leurs préoccupations. Les candidats démocrates en tête des primaires ont attaqué les politiques qui ont stimulé la croissance et les opportunités sous la présidence de Bill Clinton – soutien pour le commerce, écoles privées sous contrat, réduction du déficit et le secteur financier. Pendant ce temps, les principaux candidats républicains ont attaqué les politiques qui ont stimulé la croissance et les opportunités sous la présidence de Ronald Reagan, y compris la réforme de l'immigration, le compromis sur les impôts et la réforme du droit, ainsi que le soutien aux budgets bipartisans. Les deux présidents étaient des résolveurs de problèmes, et non des puristes idéologiques. Et tous les deux ont permis au pays d’aller de l’avant de façon importante.
Au cours des derniers mois, de nombreux Américains m’ont poussé à me présenter à l'élection présidentielle comme indépendant, et certains qui n'aiment pas les candidats actuels ont dit qu'il est de mon devoir patriotique de le faire. Je les remercie de leurs appels, et j'ai réfléchi sérieusement à cette question. La date limite pour y répondre est venue, en raison des conditions d'accès à la présidentielle.
Mes parents m'ont appris l'importance de redonner ce que l’on a reçu et le service public a été une partie importante de ma vie. Après 12 ans en tant que maire de New York City, je connais les sacrifices personnels que les campagnes électorales et les fonctions d’élus exigent, et je serais heureux de rendre service à nouveau afin d'aider le pays que j'aime.
J’ai toujours été attiré par des défis impossibles, et aucun d'aujourd'hui n’est plus important que la fin de la guerre partisane à Washington et de gouverner pour le peuple américain – et non pas pour les lobbyistes et les donateurs des campagnes électorales. Pour faire ce changement, il faudrait élire des dirigeants qui sont plus axés sur l'obtention de résultats que de gagner leur réélection, qui ont l'expérience dans la création de petites entreprises et la création d'emplois, qui savent comment équilibrer les budgets et gérer les grandes organisations, qui ne sont pas redevables à des intérêts particuliers – et qui sont toujours honnêtes vis-à-vis du peuple. Je suis flatté que certains pensent que je pourrais fournir ce genre de leadership.
Mais quand je regarde les données, il est clair pour moi que si j’entre dans la course, je ne pourrais pas gagner. Je crois que je pourrais gagner un certain nombre d’Etats – mais pas assez pour gagner les 270 votes du collège électoral nécessaires pour remporter la présidence.
Dans une course à trois, il est peu probable qu’un candidat gagnerait la majorité des voix électorales, dès lors le pouvoir de choisir le président serait retiré des mains du peuple américain et donné au Congrès. Le fait est, même si je devais recevoir le plus grand nombre de votes populaires et avoir le plus grand nombre de grands électeurs, la victoire serait peu probable, parce que la plupart des membres du Congrès voteraient pour le candidat de leur parti. Les loyalistes du parti majoritaire au Congrès – et non le peuple américain ou le collège électoral – détermineront alors le prochain président.
Actuellement, avec les républicains en charge des deux chambres, il y a de bonnes chances que ma candidature conduisent à l'élection de Donald Trump ou à celle du sénateur Ted Cruz. C’est un risque que je ne peux pas prendre en bonne conscience.
Je connais M. Trump depuis de nombreuses années, et nous avons toujours été en bons termes. J'ai même accepté de figurer dans son émission ‘The Apprentice’ deux fois. Mais il mène la campagne présidentielle la plus clivée et la plus démagogique  que j’ai jamais vue, surfant sur les préjugés et les craintes des gens. Abraham Lincoln, le père du Parti républicain, avait fait appel à nos ‘meilleurs anges’. Trump fait appel à nos pires impulsions.
Menacer d’empêcher les musulmans d'entrer dans le pays est une attaque directe sur deux des valeurs fondamentales qui ont donné lieu à notre nation: la tolérance religieuse et la séparation de l'Église et de l'État. Promettre d'expulser des millions de Mexicains, feindre d’ignorer l’existence des suprémacistes de la race blanche, menacer la Chine et le Japon d’une guerre commerciale, tout cela est dangereusement mauvais. Ces mesures nous diviseraient et compromettraient notre leadership moral dans le monde entier. Le résultat final enhardirait nos ennemis, menacerait la sécurité de nos alliés, et mettrait nos propres hommes et femmes qui portent l’uniforme face à un risque accru.
La démagogie du sénateur Cruz sur l'immigration n’a peut être pas l'excès rhétorique de Trump, mais elle n’en est pas moins extrême. Son refus de s’opposer à l'interdiction des étrangers en fonction de leur religion peut être moins emphatique que la position de Trump, mais il n’en crée pas moins des divisions.
Nous ne pouvons pas ‘faire grande l'Amérique à nouveau’ en tournant le dos aux valeurs qui ont fait de nous la plus grande nation du monde. J'aime trop notre pays pour jouer un rôle dans l'élection d'un candidat qui affaiblirait notre unité et assombrirait notre avenir – et je ne vais donc pas entrer dans la course à la présidence des États-Unis.
Cependant, je ne resterai pas silencieux sur la menace que l'extrémisme partisan fait peser à notre nation. Je ne suis pas prêt à soutenir un candidat, mais je vais continuer à encourager tous les électeurs à rejeter les appels à la division en exigeant que les candidats offrent des idées intelligentes, spécifiques et réalistes pour réduire les fractures et résoudre les problèmes, et gouvernent de manière honnête et capable.
Pour la plupart des Américains, la citoyenneté nécessite un peu plus que de payer des impôts. Mais beaucoup ont donné leur vie pour défendre notre nation – et nous avons tous une obligation comme électeurs de défendre les idées et les principes qui, comme l'a dit Lincoln, représentent ‘le dernier espoir de la terre’.
J’espère et je prie d’agir ainsi.»


Alexandre Vatimbella

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