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samedi 9 novembre 2019

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. 30 ans après Berlin, nous sommes en train de reconstruire des murs

La chute du mur de Berlin, c’était il y a trente ans, un 9 novembre 1989, dans l’euphorie, non pas que le système capitaliste avait terrassé le système communiste comme le prétendent les ignorants et les falsificateurs de l’Histoire, mais de la victoire de la Liberté, celle avec un grand L. Bien sûr, la boucherie de la place Tienanmen à Pékin quelques semaines plus tôt exécutée par les communistes chinois sous la direction du «grand réformateur» (sic!) Deng Xiaoping, avait un peu terni cette période où l’on voyait les régimes autoritaires et dictatoriaux s’effondrer les uns après les autres et qui aboutirait, in fine, à la disparition de l’Union soviétique.
Mais l’on se disait que la Chine – mise au ban des nations et qui n’était encore qu’une «puissance émergente» – serait obligée, volontairement ou non, de suivre le «sens de l’Histoire» qui semblait indiquer que la marche de la liberté mais aussi de toutes les valeurs humanistes était devenue irrésistible.
Trente ans après, que de désillusions et de rappels à la réalité!
Mais surtout que d’inquiétudes et d’angoisses devant un monde où les extrémistes, les populistes, les démagogues, les escrocs, les affairistes et les bouriscoteurs, sans oublier les terroristes tiennent le haut du pavé dans un mélange indigeste liberticide et de corruption, d’enrichissements indécents et de violences en tous genres.
Un monde qui s’éloigne du respect de la dignité humaine et où se meuvent les personnages les plus malfaisants et les organisations les plus nauséabondes qui sèment le désordre, le chaos, la haine et la mort au nom d’idéologies abjectes ou d’intérêts particuliers, voire personnels, dans un flot de propagande (que l’on appelle désormais «fake news»…) et de complots que même le KGB et la Stasi (polices politiques respectivement de l’URSS et de l’Allemagne de l’Est) n’avait pu mettre en œuvre malgré leur puissance lors de la Guerre froide.
Oui, trente ans après que nous ayons cru naïvement – mais que cette naïveté avait le goût du bon! – à un monde meilleur, nous sommes en train de reconstruire, non pas un mur, mais une multitude murs partout dans le monde et en particulier en Europe qui aboutiront, si l’on n’inverse pas la tendance, à ce que le Vieux continent (mais aussi l’humanité toute entière) sait malheureusement faire le mieux: la guerre…
Nous voilà donc à un nouveau tournant de l’Histoire, bien éloigné de celui de 1989.
Bien éloigné également de l’espoir d’une construction européenne qui, ne l’oublions pas, avait comme un de ses buts de lutter contre le totalitarisme qui sévissait derrière le rideau de fer et de réunir l’ensemble des pays européens dans une vaste fédération des Etats-Unis d’Europe.
Car 1989 – avec toutes les difficultés que l’on pouvait déjà soupçonner – devait être, sinon l’apothéose d’une Europe unie, en tout cas la pierre angulaire sur laquelle tout l’édifice de ces Etats-Unis allait s’édifier.
Ce ne fut pas le cas même si l’élargissement de l’Union fut accomplie, certes dans une absence de logique que nous payons aujourd’hui mais, il est bon de le rappeler, dans une volonté de créer des liens entre des pays qui menaçaient de se faire la guerre entre eux pour des questions de nationalités (bonjour les séquelles du Traité de Versailles et du découpage de l’Europe en 1945!) comme entre la Hongrie et la Roumanie et qui eut lieu dans le seul endroit où l’on intégra pas, la Yougoslavie…
Reste que les défis d’aujourd’hui sont encore plus prégnants qu’en 1989 avec, non seulement, un monde où la démocratie républicaine est en danger mais où l’Humanité entière l’est également avec les problèmes environnementaux, ceux de l’accès à l’eau et à une nourriture suffisante sans oublier une augmentation de la population mondiale non encore maîtrisée, tout ceci étant loin d’être exhaustif.
Alors, comme dirait l’autre, messieurs et mesdames les maîtres et maîtresses du monde, faites tomber ces murs!

Alexandre Vatimbella

mardi 5 novembre 2019

Commentaire. Et si le principal gagnant du chaos créé par Trump était la Chine?


On l’a déjà dit ici mais pendant que Trump et ses sbires faisaient l’actualité en compagnie de Poutine et de ses alliés autocrates et, pour certains, couverts de sang, un pays avait décidé de faire parler de lui le moins possible, la Chine.
Pas pour des raisons de modestie ou de manque d’assurance en son régime, pas pour se rapprocher de la communauté internationale et encore moins pour plaire aux démocraties occidentales.
Non, pendant que Trump créait un véritable chaos dans la mondialisation et les relations internationales, détruisant avec l’inconséquence qui l’habite toute l’architecture mise en place par la diplomatie américaine depuis plus d’un siècle, les responsables du Parti communiste chinois avec à leur tête le «Mao au petit pied», Xi Jinping, verrouillait la société chinoise comme jamais elle l’a été depuis les heures les plus sombres du régime maoïste mais aussi des dynasties impériales qui se sont succédé au cours de l’Histoire.
Rappelons que monsieur Xi, profession dictateur, veut mettre en place son fameux «rêve chinois» (pour contrer le plus que fameux «rêve américain») qui est un mélange indigeste de nationalisme, de puissance économique, de force militaire et de préceptes surannés du marxisme-léninisme (surtout le côté dictature du parti unique, seul détenteur de la vérité) afin de maintenir la clique actuelle à la tête du pays, ivre de son pouvoir et qui s’est remplie les poches par la corruption généralisée.
Le tout avec une mise en surveillance de l’ensemble de la population grâce à toutes les technologies modernes, en particulier celles de l’intelligence artificielle, couplées avec toutes les vieilles recettes pour contrôler les citoyens et les empêcher de s’exprimer (voir les camps de concentration au Xinjiang).
Comme l’expliquait récemment le sinologue François Godement au Figaro:
«Le PCC a construit le système de contrôle de la population le plus extraordinaire qu’on puisse concevoir. Cela s’est fait en deux étapes. Celle du maoïsme: une ligne de masse et un contrôle de la population par la densité et la présence du Parti communiste. Sous Xi Jinping, il s’exerce aussi par la maîtrise de la technologie numérique et un contrôle sous toutes ses formes de la population.»
Et son projet – même si l’appellation «rêve chinois» est moins utilisée –, grâce à Donald Trump, à ses décisions imbéciles, à son accaparement des médias et au rejet qu’il inspire de plus en plus à la communauté internationale, a pris de l’ampleur.
Tellement que la dernière réunion du Comité central du PCC qui vient de se terminer à Pékin a posé de nouveaux objectifs à cette avancée majeure du totalitarisme et à la volonté de la Chine communiste de dominer le monde avec comme date butoir, 2049, c’est-à-dire le centenaire de la prise du pouvoir par les forces maoïstes.
On savait déjà que la vision politique du grand dirigeant et néanmoins camarade Xi était désormais mentionnée dans la Constitution sous la dénomination «la pensée de Xi Jinping» (ajoutons que l’agence de presse officielle chinois, Xinhua, nous apprend qu’un livre vient d’être publié de 27 octobre contenant «70 propos importants extraits de discours et d'autres documents rédigés par M. Xi entre novembre 2012 et juillet 2019») comme celle du grand timonier Mao mais les documents rédigés à l’occasion de cette réunion ainsi que les décisions prises vont toutes dans le sens d’un nouveau tour de vis vis-à-vis de tout ce qui reste de démocratique dans le pays dont les quelques dissidents qui ont encore réussi à échapper aux forces de répression du pouvoir.
Ceci inclut évidemment la grande majorité de la population de Hongkong qui a compris ce que les Occidentaux ne veulent pas voir: la liberté est en train de mourir complètement en Chine dans une sorte de désintérêt des démocraties au premier rang desquels les Etats-Unis mais aussi l’Union européenne.
Nous pouvons ainsi avoir honte de nous-mêmes: après avoir permis à la Chine de devenir la deuxième puissance économique en lui permettant de produire tout ce dont nous avions besoin à des prix cassés (avec toutes les conséquences sociales pour les travailleurs des pays occidentaux mais aussi écologiques), nous sommes en train de lui permettre d’être la prochaine première puissance mondiale qui se sera bâtie sur un projet clair: détruire totalement les valeurs humanistes que porte la démocratie républicaine.
En revanche, celui qui en fera certainement sa fierté c’est Donald Trump qui a promu tous les autocrates et les dictateurs de la planète depuis le début de se présidence avec une constance qui n’est pas simplement de la bêtise mais aussi de l’admiration sincère.
Comme l’explique le politologue Chen Daoyin à propos de la volonté du Parti communiste chinois:
«Tout ce qui est occidental est rejeté. Le message central est que le Parti dirige tout, de la société à l’économie en passant par la culture. L’objectif est d’accoucher d’un régime capable de rivaliser avec le système démocratique occidental en 2049».
En tout cas, on ne pourra pas dire qu’on n’a pas été prévenu…

Aris de Hesselin & Alexandre Vatimbella

lundi 4 novembre 2019

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Peut-on réconcilier le travailleur, l’électeur et le consommateur?

L’individu est multiple, cela est un fait.
Chacun de nous – sans être pour autant schizophrène – vit plusieurs existence à la fois qui s’entrechoquent et s’opposent, ce qui donne souvent un magma de positionnements et de croyances d’où sortent nos comportements parfois contradictoires voire opposés les uns aux autres.
Ainsi, en tant que travailleur (salarié ou indépendant), nous voulons maximiser les profits (financiers ou non) de notre activité.
En tant que consommateur, nous voulons maximiser notre pouvoir d’achat et notre capacité à avoir le plus et le mieux avec le moins possible de dépenses.
En tant qu’électeur, nous jonglons entre nos convictions et nos intérêts.
Et ceci est constant.
Prenons un exemple édifiant qui s’est imposé dans le débat politique avec le mouvement de foule des gilets jaunes, la voiture (et, en l’occurrence le prix de l’essence et, notamment, le montant des taxes, en l’espèce celle de la taxe carbone).
Le salarié d’un constructeur automobile veut évidemment que les voitures se vendent.
Mais en tant que conducteur-consommateur – qui doit peut-être utilisé son véhicule pour se rendre à son travail –, il veut que l’essence soit la moins chère possible.
Et en tant qu’électeur, il veut qu’on lui assure la sécurité de conduire sans effet néfaste pour sa santé.
Dès lors, il veut – entre autres – que ceux qu’il choisit pour nous gouverner, à la fois, s’occupe de l’industrie automobile pour son emploi, de l’essence pour ses déplacements et de la qualité de l’air pour sa santé et sauver, accessoirement, la planète (en réalité l’Humanité).
Et si cela est impossible de maximiser ses trois demandes et qu’il faut des réformes plus ou moins drastiques pour parvenir au meilleur choix possible, il va s’y opposer, revendiquer, manifester et, peut-être, commettre des actes de violences, tout en écoutant les sirènes des populistes démagogues qui lui promettent un paradis qui n’a jamais existé s’il se tourne vers eux.
Un autre exemple, à deux bandes celui-là, est une constante du comportement humain.
En tant que travailleur-contribuable, je veux payer le moins d’impôt possible alors qu’en tant que consommateur de services publics et bénéficiaire d’aides de la part de l’Etat, je veux en avoir le plus possible.
Ce cercle vicieux où chacun de nous se renvoie à lui-même la balle en tant que travailleur-électeur-consommateur ou, plus simplement, en tant que citoyen vivant dans une société humaine, est-il une malédiction éternelle (ou jusqu’à l’extinction du genre humain)?
La réponse semble a priori guère optimiste.
Pourquoi, alors que l’être humain fonctionne de cette manière depuis toujours, changerions nous ?
Cependant, au cours de l’Histoire et même si des civilisations sont mortes du fait de l’inconséquence des comportements humains, nous sommes aujourd’hui confrontés à un véritable défi quant à notre finitude.
En effet, grâce aux progrès de la connaissance et de la science, aujourd’hui, nous savons.
Car même si le pire n’est pas sûr, nous sommes capables de faire un état des lieux que nos ancêtres n’étaient pas outillés pour le faire ainsi que des projections sur ce qui peut advenir avec la masse des données que nous pouvons collectées.
Cela nous donne un avantage énorme sur nos prédécesseurs, encore faut-il que nous soyons assez responsables pour en profiter.
Là aussi, une réponse peu optimiste semble s’imposer face à notre irresponsabilité criante.
Celle-ci se manifeste par la volonté de faire d’abord triompher nos intérêts personnels à court terme avant de nous préoccuper de ceux de notre avenir et de notre descendance.
Il faut dire que nous sommes sûrs d’être là, vivant, dans ce moment précis, mais peut-être pas dans celui d’après…
Bien sûr, si on interroge les gens sur le degré d’implication dans les défis existentiels qui sont là ou se profilent, ils répondront, comme les sondages en attestent, qu’ils sont fort inquiets et qu’il faut agir.
Mais quand vient l’action, tout cette bonne volonté s’étiolent et n’en restent que quelques uns qui, malgré ce que pensait l’écrivain américain Henry Miller, ne seront pas assez nombreux pour changer le monde en bien.
On le voit bien aussi dans les réformes – dont on ne rappellera jamais assez qu’elles sont indispensables, un pays immobile est un pays qui meurt – où, dans les principes, tout le monde semble d’accord mais où dans l’application de ceux-ci, beaucoup de monde est opposé.
Tout ceci nous démontre que nous n’agissons réellement que contraints et forcés.
C’est malheureux mais c’est une réalité.
Dès lors, il faut bien qu’il y ait, ce que l’on pourrait appeler des éveilleurs de conscience ou tout simplement des lanceurs d’alerte qui viennent nous donner des coups de pied dans les fesses pour que nous bougions et agissions.
Et ces éveilleurs se retrouvent le plus souvent impopulaires et rejetés quand ils prennent des décisions alors que dans les démocraties, ils ont été élus pour les prendre (on retrouve là toute la contradiction dont je parle depuis le début).
Ce qui n’est évidemment pas une situation facile, ni même voulue car l’individu recherche d’abord à être aimé de ses semblables, non à être cloué au pilori.
D’où, d’ailleurs, de nombreux reniements de la part de ces responsables politiques qui fuient, tout autant, contre la difficulté que contre le désamour.
Sur tout cela s’ajoute une autre réalité bien plus insoluble, celle qui fait que dans les trois-quarts des pays de la planète, la majorité des habitants veulent seulement vivre au jour le jour et sont prêts à tout pour y parvenir, surtout en ne se souciant pas vraiment de l’avenir de la planète alors même qu’ils n’en ont aucun.
Alors, bien sûr, comme le disent certains, ils sont aussi, voire les principales, victimes des problèmes qu’il faut résoudre et, sans doute, les principaux bénéficiaires de réformes qu’il faut mettre en place.
Mais aucun beau discours sur le sujet ne changera pas leur unique but: survivre.
Du coup, le progrès technologique reprend une place centrale dans les solutions à trouver pour nous garantir un avenir meilleur.
Un progrès technologique que l’on peut également utiliser pour résoudre, en partie, l’opposition travailleur-consommateur-électeur dans nos contrées.
Pour autant,  ce progrès ne peut pas tout malgré ce que certains affirment (souvent dans un discours quasiment métaphysique où, tel un messie, il viendrait nous sauver de nos inconséquences) c’est bien dans les décisions responsables et souvent difficiles que se trouvent une grande partie des solutions.
Et point de reculade.
Ce n’est plus une option.
Le Centrisme, qui prône le juste équilibre, la réforme permanente (comme mise à niveau par rapport à la réalité de la vie et non par rapport à tel ou tel lobby comme on peut l’entendre) et la responsabilité, est la pensée de ce changement du monde (et non d’un changement de monde autant utopique que recélant des dangers énormes), le tout dans le respect de la dignité humaine.
Mais, pour que cela marche, il faut un personnel politique à la hauteur de la tâche.
Et, pour l’avoir, il faut aussi que les populations soient à la hauteur de la leur.
Car, au lieu de prendre le réformateur pour le bouc-émissaire de tout ce qui va mal, il conviendrait plutôt d’accompagner les réformes nécessaires et indispensables avant que les faits nous obligent à leur obéir avec ce temps de retard qui peut ne jamais être rattrapé.
Oui, les civilisations meurent mais aussi les espèces vivantes.
Ne soyons pas l’une d’elles.
De notre propre faute.