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vendredi 15 juin 2018

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Le nouveau désordre américain

Quand le centriste Macron veut être «disruptif», le populiste extrémiste Trump veut détruire ce qu’il appelle dans ses fantasmes le «deep state» mais aussi tout l’ordre intérieur et international pour des visées idéologiques précises et un narcissisme maladif.
En faisant cela, en particulier, dans les relations internationales, il introduit un désordre qui ne peut que réjouir les ennemis de son pays et désespérer ses alliés.
Ses deux dernières frasques le prouvent dramatiquement ainsi que son incompétence à gouverner la première puissance mondiale.
Ses attaques contre ses alliés qui seront les principales victimes de ses gesticulations en matière de commerce international puis les insultes envers deux des principaux amis des Etats-Unis, la France et le Canada, montrent à l’évidence sa méconnaissance totale de la gestion des alliances et des rapports avec le camp occidental qui est, rappelons-lui, indispensable aux Américains.
Sa rencontre avec le dictateur Nord-coréen Kim, principal gagnant de leur poignée de main, ami du russe Poutine (qu’il veut réintégrer dans le G8) et du chinois Xi (parrain de Kim qui est l’autre gagnant de cette rencontre), qui fut aidé dans sa course à l’atome militaire par les Iraniens et les Syriens, démontrent, au-delà d’un affichage indécent et d’un accord qui se révélera vide de tout contenu réel, qu’il joue contre son camp et, surtout, contre son propre pays.
Mais même s’il obtenait un résultat, celui serait quasiment équivalent à l’accord qu’Obama avait réussi à réaliser avec les Iraniens et que Trump a déchiré alors même que s’entendre avec ces derniers est beaucoup plus important géo-stratégiquement pour les Etats-Unis, aujourd’hui, demain et après-demain qu’avec le boucher de Pyongyang…
On pourrait ajouter dans ce nouveau désordre qui se retournera contre ses concitoyens, la sortie de l’accord de Paris sur la lutte contre le réchauffement climatique.
Face à cette situation, il est urgent que les pays démocratiques, sans les Etats-Unis de Trump qui se sont mis eux-mêmes hors-jeu, adoptent une stratégie et une position communes au niveau international.
Si le populiste démagogue américain (re)trouve une certaine lucidité, il sera bien sûr accueilli avec joie par les autres démocraties.
Sinon, il faudra attendre son successeur.
Mais il semble évident que le monde ne peut vivre longtemps dans ce nouveau désordre étasunien sans risquer de s’y perdre et de s’y détruire.
Les Américains adorent le mot «hubris» qui désigne le comportement de celui qui se croit tout puissant et au-dessus de tous les autres dans la justesse de ses idées et de sa politique ce qui l’amène à agir de manière inconséquente et irresponsable, provoquant son échec, sa chute et des dommages importants pour lui et ses relations s’il n’est pas stoppé à temps.
Aujourd’hui, Trump est l’exemple-type de l’hubris et de l’abîme dans lequel il pourrait plonger la planète.
Il ne suffit plus de tirer le signal d’alarme et de montrer le précipice, comme nous le faisons depuis sa prise de pouvoir en janvier 2017.
Le laisser faire serait de la non-assistance à monde en danger dont nous serions tous responsables parce que nous ne pourrions pas dire, «nous ne savions pas».


mardi 12 juin 2018

Mondialisation - Trump est un malade mental ou, s’il le fait exprès, c’est encore pire!

Faisons le bilan de la politique étrangère américaine (la politique intérieure est du même acabit…).
Les Etats-Unis ont seulement deux voisins avec lesquels ils partagent des frontières: le Mexique et le Canada dont le dernier est un de ses plus grands alliés.
Donald Trump a réussi à se fâcher avec les deux en insultant les deux nations et leurs dirigeants.
Les alliés historiques des Etats-Unis sont la France, le Royaume Uni et, plus récemment, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et tous les pays qui sont dans l’Union européenne.
Donald Trump a réussi à se fâcher avec tous ces pays à l’exception de la Pologne et de la Hongrie qui ont deux gouvernements extrémistes de droite, populistes et démagogues.
Les ennemis contemporains des Etats-Unis sont la Russie, la Corée du Nord, la Chine et l’Iran.
Donald Trump courtise sans cesse le leader russe Poutine (il vient même de demander la réintégration de la Russie dans le G7 pour qu’il redevienne le G8 alors que le pays en a été exclu depuis qu’il a annexé illégalement la Crimée), offre au dictateur coréen Kim ce qu’il a toujours voulu, une reconnaissance internationale et un dialogue bilatéral avec les Etats-Unis tout en restant une des dictatures les plus violentes de la planète et sans avoir vraiment fait de concession réelle (il peut reprendre son programme nucléaire quand il le voudra), offrant de surcroît une victoire diplomatique à la Chine communiste (et qui est le principal danger pour l’économie et le commerce étatsunien) qui a toujours milité pour que les Américains traitent directement avec la Corée du Nord.
Quant à l’Iran, il a réussi à casser un accord qui prévoyait un contrôle des activités nucléaires du pays afin que ses dirigeants ne puissent se doter de la bombe atomique, créant une instabilité des plus dramatiques.
Mais pourquoi?
Il y a bien sûr l’explication que monsieur Trump est un sombre crétin, ne connaissant rien au monde qui l’entoure et qui, en tant que fils-à-papa égocentrique narcissique et d’une suffisance sans borne, ne sait pas ce qu’il fait ou, en tout cas, est en train de créer sans s’en rendre compte, un monde qui pourrait imploser.
Mais il y a une autre explication, tout aussi valable et qui fait encore plus froid dans le dos: monsieur Trump serait un adepte de la stratégie du chaos et tout cela serait fait exprès.
Cette théorie du chaos, soutenue par nombre des personnages sulfureux et peu démocrates qui l’entourent ou l’ont entouré, veut sciemment «foutre le bordel» partout et tout le temps, afin, d’une part, de détruire l’Etat (et ce fameux fantasme trumpien d’un «deep state», un Etat profond qui, dans l’ombre, gouvernerait les Etats-Unis et le monde et dont on attend toujours qu’il nous fournisse le début du début d’une preuve de son existence) et tout ce qui empêche les plus forts (individuellement et collectivement) d’imposer leur propre loi, c’est-à-dire celle du chacun pour soi où, dans un darwinisme social des plus épouvantables, l’intérêt des plus riches seraient, non seulement, préservé mais développé.
C’est comme cela qu’il faudrait comprendre son action.
Que ce soit chez lui avec les dérégulations à tout va, les nominations d’incompétents ou de personnes chargées de détruire toute l’œuvre accomplie par ses prédécesseurs (et pas seulement Obama) et la volonté de bloquer sciemment toute action publique par l’enrayement de la machine administrative ou que ce soit à l’étranger avec les bonnes relations avec les autoritaires et les dictateurs (Kim, Poutine, Duterte, Xi), les fâcheries avec tous les alliés des Etats-Unis (sauf Israël), le renoncement à tous les accords internationaux signés, il est en train de détruire le régime de la démocratie républicaine dans son pays et de provoquer des tensions incroyablement dangereuses sur la scène internationale.
Cependant, que ce soit la première ou la deuxième explication voire un mix des deux (ce qui est sans doute là où l’on est le plus proche de la réalité de son agir), son comportement nous mène tout droit vers une redoutable catastrophe.
Face à cela, le monde civilisé, le monde démocratique, le monde de la loi, le monde de la coopération, tous ces mondes qui n’en font qu’un, celui de la démocratie républicaine, doit mener la bataille, sans faiblir, sans fléchir, sans compromission.
Et au premier rang doivent se trouver les centristes comme nous l’ont montré Emmanuel Macron et Justin Trudeau ces derniers jours.

samedi 2 juin 2018

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Le monde bascule lentement mais sûrement de l’autre côté du miroir


Cela fait longtemps maintenant que, comme centriste, mondialiste, européen, démocrate, républicain, pacifiste et humaniste, je vois avec effroi et que je dis sans relâche que le monde va de plus en plus mal, qu’il retourne lentement vers ses démons d’un passé pas si lointain pour ses derniers soubresauts qui semblent être des crises qui se déroulent trop souvent ou, pire, qui sont la «normalité», ce qui serait «extra ordinaire» (avec un espace entre les deux termes) serait la période que nous avons vécu, en Europe de l’Ouest et plus généralement en Occident de la fin de la Deuxième guerre mondiale au début du deuxième millénaire, la démocratie républicaine dans la paix et la prospérité.
Emmanuel Macron a fort justement parlé d’une histoire de l’Humanité tragique (parlant d’un «retour» de ce tragique dont l’absence n’avait sans doute pas était remarqué par quelques milliards d’habitants de la planète…).
Il a également dit son inquiétude devant les similitudes de plus en plus nombreuses (mais qui ne datent malheureusement pas d’hier) entre ce qui se passe aujourd’hui et les années 1930 (il aurait pu aussi inclure les années 1920), celles qui virent le monde basculer vers l’horreur et l’ignominie de la guerre et du génocide.
On peut, bien sûr, se boucher les oreilles et fermer les yeux mais resteront les odeurs sulfureuses et nauséabondes qui commencent à imprégner nos sociétés avec l’explosion populiste et la présence de plus en plus nombreuse de l’extrême-droite dans les gouvernements de l’Union européenne (Hongrie, Pologne, Autriche et maintenant Italie) alors qu’elle frappe avec de plus en plus d’insistance dans d’autres comme la France et en attendant que l’extrême-gauche se fasse aussi sa place.
Pendant ce temps, un démagogue extrémiste irresponsable menteur et escroc gouverne la première puissance mondiale, pays jusqu’ici leader de la démocratie républicaine sans, qu’au bout de près d’un an et demi de pouvoir, cela suscite autre chose que  des réactions d’indignation.
Et sa guerre commerciale désormais ouvertement déclarée (contre ses propres alliés!) ainsi que ses incohérences dans toutes ses décisions risquent de plonger le monde dans un chaos particulièrement redoutable.
Beaucoup de personnages malfaisants de l’Histoire doivent avoir le sourire aux lèvres dans leurs tombes.
Un des problèmes les plus inquiétants est que, dans la plupart des pays, ces régimes ou ces partis et leurs dirigeants ont été élus et choisis par les peuples.
Aux Etats-Unis (même si le système électoral complètement archaïque et dépassé porte une grande responsabilité), bien sûr, en Italie, désormais, après la Hongrie, les Philippines et la Turquie mais aussi en Russie voire en Chine, même si dans ce dernier pays, il est plus difficile de connaitre l’état de l’opinion publique, comme dans toutes les dictatures qui ont essaimé aux quatre coins de la planète et dont il serait fastidieux de faire la liste.
Oui, la démocratie républicaine, attaquée de l’extérieur par le plus exécrable terrorisme, celui qui ne s’en prend qu’aux innocents et qui tuent tout ce qui lui tombe sous la main au nom d’idéologies de la mort et de la destruction, est aussi de plus en plus minée de l’intérieur, ses ennemis se servant de ses principes, de ses valeurs et de son organisation politique pour la détruire.
Rappelons nous Hitler qui est venu au pouvoir grâce aux urnes et que Mussolini a été appelé légalement à former un gouvernement et tout ceci dans ces années 1920-1930 qui inquiètent tant le Président de la république française et qui virent, dans le même temps, la montée du pouvoir (et des crimes) de Staline en Union soviétique ainsi que la prise de pouvoir par Franco en Espagne (grâce à Hitler) ainsi que l’établissement de nombre de régimes autoritaires et dictatoriaux un peu partout comme en Hongrie, par exemple.
Plus près de nous, le fameux «Printemps arabe» qui s’est terminé en eau de boudin dans le chaos, la confusion et la violence, avait voulu apporter la démocratie.
Mais là où les peuples purent voter, ils choisirent pratiquement toujours des formations politiques dont le seul but était de supprimer les bourgeons pas encore en fleur de la liberté.
La populace a toujours été dangereuse pour la démocratie lorsqu’elle s’étend et se confond de plus en plus avec le peuple.
Mais je rappellerai que cette populace, même quand elle devient le peuple, n’a pas droit de toucher à la démocratie républicaine.
Car si celle-ci est, comme le disait Abraham Lincoln, le gouvernement du peuple, par le peuple pour le peuple, c’est aussi le régime politique qui garantit, non seulement, la liberté à chacun mais aussi les droits des minorités politiques.
Concrètement, nous pourrions être unanimes sauf un pour supprimer la démocratie, c’est ce «un» qui doit l’emporter parce que nous devons lui garantir sa liberté, son égalité et son individualité ontologique.
Et même si nous étions tous unanimes, ce sont les droits de ceux à naître que nous devrions respecter.
Oui, la démocratie républicaine n’est pas un choix, c’est un devoir.
Tout cela est une question de respect, de respect de l’autre, de tous les autres, vertu dont je ne cesse de parler et que l’on ne cesse de bafouer partout et tout le temps.
Le respect qui est à la base d’une société humaniste.
Alors oui, il faut, non pas se préparer, mais continuer le combat de cette liberté (qui doit être menée avec celui de l’égalité mais aussi de la fraternité, c'est-à-dire pour une société plus juste et plus solidaire) qui est attaquée, bafouée et en danger un peu partout, tant par les menaces venues de l’extérieur que celles qui naissent à l’intérieur même de nos sociétés.
Et se dire que ce combat est sans fin parce que nous devons garantir des valeurs et des principes qui, s’ils sont les plus beaux sont aussi les plus fragiles.
Mais c’est l’honneur de l’humain de se battre pour des causes comme celle-ci qui le dépasse, son honneur mais aussi sa responsabilité, un terme qui, au regard de tout ce que je viens de dire sur l’état du monde, semble de plus en plus absent.
Cette bataille, elle ne doit pas se faire dans la faiblesse et le renoncement, seulement dans le cadre des valeurs de la démocratie républicaine.
Et elle doit être menée avant qu’il ne soit trop tard.