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vendredi 15 septembre 2023

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. La démocratie représentative menacée par la démocratie revendicative

La démocratie, c’est évidemment la liberté de penser et de le dire donc, entre autres, de revendiquer sur tous les sujets, de la politique à l’économie, en passant par le social et le sociétal, de demander que les voisins fassent moins de bruit à ce que le coût de la vie soit moins élevé, d’être mieux protégé ou d’être moins surveillé…

Une revendication c’est réclamer, voire exiger, ce qui est considéré par le revendicateur comme lui revenant de droit, comme lui étant dû, comme lui étant nécessaire voire indispensable.

Mais on peut également revendiquer simplement sa reconnaissance, sa dignité, son individualité.

Reste qu’il existe également ce que l’on appelle en médecine, le «délire de revendication» qui est, selon la définition du CNRTL (Centre national de ressources textuelles et lexicales) une «attitude délirante chronique systématisée, caractérisée par une activité psychique polarisée vers l'obtention de satisfactions, de réparation pour des injustices supposées».

Et l’on a nettement l’impression qu’un délire plus ou moins similaire semble de plus en plus contaminer et menacer la démocratie représentative.

Plus, ce délire serait concomitant avec la montée de l’autonomisation de l’individu, donc une conséquence de la démocratie représentative elle-même qui la détruirait de l’intérieur.

Ainsi, plus l’individu ou des groupes d’individus structurés ou non s’autonomisent, plus ils revendiquent en estimant que leurs intérêts passent non seulement avant ceux de la communauté dans laquelle ils vivent – ce qui est une conséquence négative de la démocratie moderne tout court quand elle est systématisée – mais que la légitimité de leurs demandes sont toujours supérieures à ces derniers.

On comprend bien ce que ce phénomène a de déstabilisant notamment si l’on prend quelques exemples de ces mouvements revendicatifs ces dernières années au niveau français, des gilets jaunes (anti-taxe écologique) aux gilets rouges (anti-réforme des retraites) en passant par les mouvements anti-covid ou écologique radicaux, entre autres.

Ces mouvements sont souvent populistes et extrémistes mais ils dépassent ce cadre en agrégeant de multiples autres revendications.

Et ils sont généralement plus «contre» que «pour», c’est-à-dire qu’ils manifestent une opposition sans offrir d’alternatives crédibles.

Ce qui, là aussi, les rend particulièrement dangereux pour la démocratie représentative.

Car ces revendications, dans un tel régime devrait théoriquement suivre un autre cheminement.

Elles devraient être portées à la connaissance des élus qui devraient en débattre puis prendre des décisions.

Quant aux revendications individuelles (qui peuvent être identiques à plusieurs individus sans pour autant se retrouver dans un mouvement plus ou moins structuré), elles sont boostées par les nouvelles formes de communication dont bien évidemment les réseaux sociaux.

Si l’on se penche sur le contenu de ces demandes individuelles ou collectives, ce qui les rend dangereuses et délirantes, c’est qu’elles sont très souvent dans le déni du réel et donc irréalisables dans le cadre d’une gestion rationnelle de la société.

Sans parler qu’elles peuvent être contradictoires comme le fameux paradoxe où l’individu demande à payer moins d’impôt tout en souhaitant une plus grande intervention de l’Etat!

Car le délire dont on parle ne s’embarrasse pas de cohérence, il est avant tout émotionnel, c’est d’ailleurs ce qui fait qu’il est capable d’agréger une multitude de personnes qui ressentent l’injustice souvent difficilement cernable de ne pas avoir droit, selon eux, au «respect» que leur doit la société.

La montée de ce délire de revendication semble pour l’instant inexorable et pose bien la question essentielle que la démocratie républicaine actuelle doit résoudre pour ne pas disparaître: mettre de la responsabilité et du rationnel dans le comportement de ses membres afin qu’ils soient des citoyens capables de gérer un système qui exige autre chose que des demandes sans fin issues de «moi, je» individuel ou collectif.

 

 

jeudi 14 septembre 2023

Editorial. Et si les écologistes étaient responsables de la catastrophe environnementale qui se prépare?

«Ne pas s’en prendre au messager», vont répondre ceux qui viennent de lire indignés le titre de cette chronique.

C’est vrai, ils ont raison, mais ajoutons immédiatement que l’on ne peut s’en prendre au messager sauf s’il a manipulé le message.

Et c’est bien de cela qu’il est question ici.

Le catastrophisme des écologistes qui remontent à l’origine de la création de leurs organisations contemporaines au cours des années 1960 est directement corrélé au fondement idéologique de leur lutte qui était à la fois dirigé pour un environnement sain mais aussi contre une société libérale et capitaliste qu’ils rendaient responsables de cet état de fait et contre laquelle ils se battaient déjà politiquement parlant.

Ainsi, dès le départ, le combat de l’écologie a suscité beaucoup de scepticismes et de résistances voire d’opposition frontales au message lui-même dans la population parce qu’il a sciemment mélangé les deux problèmes (alors même que les pratiques des pays de communistes de l’époque ont été encore plus ravageuses en matière d’environnement).

Et avec le temps et un entrisme de plus en plus grand de groupes d’extrême-gauche, la lutte anti-libérale et celle pro-écologie ont été de plus en plus liées, ce qui n’était pas, ce qui n’a jamais été et qui n’est toujours pas une quelconque nécessité.

Car les comportements humains sont partout les mêmes quel que soit la société où l’on vit avec des exceptions qui concernent souvent que des micro-communautés.

Dès lors, que de temps perdu dans la polémique alors que l’action immédiate était indispensable et devait être portée par un message universaliste, consensuel et se focalisant avant tout mais pas exclusivement pour autant sur les mauvaises habitudes de l’espèce humaine.

Et non pas pour espérer faire une révolution chimérique mais pour engager des réformes concrètes et en profondeur qui, aujourd’hui, auraient déjà transformé nos sociétés si elles avaient été mises en place il y a soixante-ans.

Mais les militants et dirigeants écologiques avaient fait une OPA sur l’environnement avec l’incantation et la contestation parfois violente comme mode de fonctionnement là où il fallait mettre en place du consensus et donner la priorité au développement d’initiatives concrètes.

Et leur aveuglement idéologique tout autant que leur ignorance crade des problèmes et de leurs solutions ont, pendant trop longtemps, ghettoïsé l’écologie.

On se rappelle du fiasco du «retour à la terre» qui commença à la fin des années 1960 et qui précarisa toute une partie de la jeunesse qui n’y connaissait rien pour, non seulement, vivre de la nature mais vivre dans la nature.

Aujourd’hui nous en sommes à une véritable prise en otage de la défense de l’environnement par l’extrême-gauche et par des bobos plus misanthropes qu’amoureux de la nature.

Et l’écologie qui est revendiquée passe plus de temps à s’attaquer aux valeurs de la démocratie républicaine qu’à combattre la pollution ou le dérèglement climatique.

Le temps perdu à cause des écologistes et de leurs organisations ne se rattrapera sans doute pas mais cela ne justifie pas que, puisque le messager est un imposteur, le message et le contenu du message soit à ignorer comme le font certains en prenant prétexte de cette mystification pour les remettre en question.

Parce que, réellement, la mobilisation écologique n’est pas une option, c’est une obligation.

Certains la pratiquent déjà dans leur coin, n’ayant jamais voulu se faire chaperonner ou rejoindre des agitateurs qui ne savaient pas de quoi ils parlaient.

D’autres se sont fait abuser par ceux-ci mais ont gardé une vraie volonté d’agir pour sauver l’Humanité.

Par son ambition et son champ d’action, l’écologie ne peut être qu’un mouvement transpartisan et non récupéré par la Gauche, le Centre ou la Droite.

Une initiative dans ce sens serait la bienvenue même si on a compris que l’écologie fait désormais plus partie de l’électoralisme que de la défense de l’environnement stricto sensu.

Et pourtant le temps presse.

 

 

mercredi 13 septembre 2023

Le Focus. Trump et la tradition américaine du «bad boy» populaire

Aux Etats-Unis, on aime ceux qui défient l’autorité de l’Etat.

De Jesse James à Bonne and Clyde en passant par Billy the kid, Dillinger ou Al Capone, les outlaws, les hors-la-loi, ont été et pour certains demeurent des icônes populaires dont on célèbre la légende faite de faits d’armes enjolivés et d’une image quasi-angélique ou héroïque (portée souvent par Hollywood, voire les films consacrés à tous ceux que l’on vient de citer) qui ne correspond à rien de ce qu’ont été ces personnages violents attirés seulement avant tout par l’appât du gain.

La légende du Far-West a évidemment à voir avec cette tradition du «bad boy» populaire.

Mais pas seulement.

Pour un peuple d’immigrés dont les aïeuls se sont souvent confrontés à la loi du fait de leur pauvreté ou de démêlés divers et variés qui les ont obligé à partir de leur pays d’origine pour la grande traversée, on a une indulgence pour ce qui ne sont en réalité, le plus souvent, que des petits malfrats qui n’avaient aucun message particulier à délivrer, sauf peut-être Jesse James qui était un sudiste pur et dur qui n’avait pas accepté pas la défaite de la Guerre de sécession et l’abolition de l’esclavage…

C’est sans doute là qu’il faut trouver la popularité qui a touché Trump depuis de nombreuses années – bien avant qu’il se lance en politique, avec des affaires sulfureuses qui l’on conduit plusieurs fois à la faillite – et qui continue à le porter auprès d’une frange très importante de militants et d’électeurs du Parti républicain après son passage à la Maison blanche et sa tentative de coup d’Etat.

Sondages après sondages il demeure le favori des primaires républicaines et ce malgré les quatre inculpations avec 91 chefs d’accusation qui le touchent sans parler de son passage par la case prison hier dans le cadre d’une de ces inculpations pour une photo anthropométrique et la prise de ses empreintes.

Oui, Trump est un «bad boy» qu’une partie des Américains apprécient et que ses fans – c’est comme ça que l’on doit parler de ses soutiens fanatiques – adulent se gavant de sa légende et refusant la réalité de ce qu’il est.

Ce qui est assez paradoxal, néanmoins, c’est qu’il soit devenu une égérie du Parti républicain qui est à l’origine le parti de l’ordre et du conservatisme.

Et ce n’est pas seulement auprès des libertariens et des suprémacistes blancs d’extrême-droite – nouvelles composantes des républicains depuis la fin des années 1960 – qu’il est populaire mais auprès de beaucoup de ceux qui vénèrent les soi-disant valeurs américaines d’une version de droite du rêve américain où l’heureux élu a, non seulement, forgé sa réussite individuelle grâce à son talent et à sa persévérance mais contre l’establishment, contre les «autorités» fédérales, ennemies acharnées de la «liberté» (c’est-à-dire de s’émanciper des règles sociales présentées comme «socialistes» voire comme «communistes») par ces électeurs devenus trumpistes.

Tout cela n’augure évidemment rien de bon pour 2024 où à défaut de victoire – il semble qu’une grande majorité d’Américains ne veut absolument pas de Trump même si beaucoup d’entre eux sont réticents à voter pour Biden –, sa présence plus que probable en tant que candidat du Parti républicain sera une nouvelle gifle pour la démocratie américaine et la démocratie tout court.

On peut espérer deux choses qui ont toujours été fatales aux «bad boys».

La première, c’est leur outrance dans leur domaine d’activité – la violence pour les criminels, par exemple – qui a fini par lasser une grande partie de leurs fans.

Mais il est difficile de prévoir à quel moment il dépassera le seuil de l’acceptabilité.

La deuxième, c’est la condamnation par la justice car, celle-ci rendure par le peuple américain et en son nom, est le plus souvent la preuve ultime que leurs méfaits n’était pas une épopée du cinéma hollywoodien...

C’est d’ailleurs pourquoi les avocats de Trump tentent par tous les moyens de reporter les procès après l’élection de novembre 2024 et que les procureurs font tout pour que ceux-ci se tiennent entre maintenant et l’été prochain.