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mercredi 21 mars 2018

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Mars, triste mois du sacre de deux empereurs

En Chine, Xi est devenu président et premier secrétaire du parti communiste pour cinq ans avant de le devenir à vie à la fin de son second mandat grâce à la réforme de la Constitution qu’il a fait voter et qui lui permet de se représenter indéfiniment, ce que personne n’en doute.
En Russie, Poutine, grâce à la manipulation de la Constitution est au pouvoir depuis dix-huit ans et pourra le demeurer à vie après une nouvelle présidentielle pipeautée et clownesque dans ce que ces termes ont de plus tragiques.
Il a rempilé pour six ans avec plus de 76% des voix, des fraudes pour doper la participation, des opposants interdis de se présenter, une communication devenue propagande, etc. et personne ne doute qu’il trouvera un nouveau subterfuge pour demeurer au pouvoir jusqu’à la fin de ses jours (le premier fut de laisser élire son premier ministre, Medvedev, à sa place en 2008, lui-même devenant alors premier ministre, parce qu’il ne pouvait accomplir plus de deux termes consécutifs…).
Certains verront ici les réminiscences des deux empires communistes de Lénine (et Staline) et de Mao eux-mêmes héritiers de deux empires, le tsariste et celui du Fils du ciel (nom donné à l’empereur chinois).
Ils n’auront pas tort et, de ce point de vue, la continuité est, non seulement, criante mais surtout désespérante et problématique.
Ainsi, après la chute du mur de Berlin après la Perestroïka et la Glasnost, après l’occupation réprimée dans le sang de la place Tienanmen mais le développement économique de la Chine, les deux dictatures les plus sanglantes du XX° siècle (donc de toute l’Histoire…) avec l’Allemagne nazie, le sont redevenues dans les faits.
Certains pointeront la faillite ou, en tout cas, les failles terribles de la démocratie républicaine.
Ils n’auront pas tort sur le diagnostic mais l’analyse de cette faillite et cette faille est souvent fausse.
Ce n’est pas le régime lui-même de la démocratie républicaine qui montre ses limites, ce sont les peuples qui se montrent incapables de s’élever au niveau d’exigence et de responsabilité qu’un régime de liberté et d’émancipation leur demande.
Ce qui pose, on le comprend bien, des questions essentielles.
Et si les deux événements russe et chinois sont autant inquiétants, c’est qu’il est nullement exclu qu’ils puissent un jour prochain se produire dans d’autres pays et même dans certaines démocraties républicaines.
Ce serait un sacré coup de massue et un retour en arrière cataclysmique s’il s’avérait, in fine, que la démocratie ne peut pas s’implanter durablement (en temps historique) dans le monde.
N’oublions pas que la plus vieille démocratie républicaine du monde, les Etats-Unis, n’a pas encore 250 ans, une goutte d’eau dans l’Histoire de l’Humanité.
On connait les solutions pour éviter le pire.
Elles passent avant tout par un peuple plus instruit et capable de prendre des décisions en toute connaissance de cause, un individu mieux formé et informé capable de prendre sa vie en main grâce à une vraie égalité des opportunités, par une société plus juste, par un investissement citoyen plus grand dans le fonctionnement démocratique, dans des alliances et des fédérations mondiales qui empêcheraient les dérives populiste, autocratiques et extrémistes de certains.
Nous n’y sommes pas encore et peut-être encore loin.
Dès lors, tous les défenseurs de la démocratie républicaine doivent se mobiliser dans un combat qui sera rude et qui est loin d’être gagné d’avance.
Mais tous les amoureux de la liberté et de la justice savent bien que pour avoir celles-ci, il faut, sans cesse, les protéger de leurs prédateurs fort nombreux et de leurs complices encore plus nombreux sans même parler de ceux qui affirment n’être pas concernés, soit par ignorance, soit par bêtise et qui sont malheureusement légions dans le monde.
Reste qu’il est grand temps de déclarer l’état d’urgence démocratique pour défendre, garder et développer le plus précieux des legs des révolutions américaine et française.


mercredi 14 mars 2018

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Nous ne sommes pas trop informés mais trop désinformés!

La démocratie républicaine nécessite des citoyens possédant du savoir et correctement informés.
Ce n’est pas nouveau.
Tous les promoteurs d’un tel régime de liberté ont toujours insisté, à la fois, sur la responsabilité de l’individu et sa capacité à faire des choix.
Et ce qui ferait de lui cette personne responsable et éclairé serait avant tout qu’il soit instruit et informé, d’où la place éminente que l’école a toujours eu dans une démocratie républicaine et que les centristes, depuis Jules Ferry jusqu’à François Bayrou, ont toujours mis en avant de leurs préoccupations.
D’où le rôle éminemment important de tout le système de transmission du savoir, c’est-à-dire l’école et la presse ou, pour faire un clin d’œil à la III° République, l’instituteur et le journaliste.
Nous ne devons jamais oublier que ces deux personnages emblématiques de la démocratie et de la république remplissent des missions de service public et sont essentiels pour la liberté, l’égalité et la fraternité, sans lesquelles pas de respect et de dignité humaine.
On l’a bien vu avec des dictateurs comme Hitler, Staline Mao, pour ne citer que les plus tristement célèbres dont les premières mesures – toujours les mêmes de la part d’une dictature – sont de transformer l’enseignement en endoctrinement et de supprimer la liberté de la presse afin de mettre en place un système de propagande..
On le voit bien, quotidiennement, avec Vladimir Poutine, Xi Jinping, Kim Jong-Un, Bachar Al-Assad, Ali Khameini, Tayyip Erdogan, dans ces régimes où on ne compte plus les journalistes emprisonnés ou assassinés, où les enseignements ne sont souvent que des porte-voix du pouvoir.
Et elles sont constamment menacées dans nos pays démocratiques par des populistes et des aventuriers comme Trump, Le Pen, Kaczynski, Orban, Meuthen, Farage.
L’importance d’une tête bien remplie et irriguée correctement par de bonnes informations est donc primordiale.
Or, avec internet et les chaines d’information en continue, on nous dit surinformés et que cette surinformation tue l’information.
Si cette assertion n’est pas totalement fausse, encore faudrait-il qu’elle soit la réalité que nous vivons.
Ce qui n’est pas du tout le cas.
En fait, nous sommes d’abord sur-mal informés surtout sur-désinformés!
Ici, il faut utiliser les bons termes pour pouvoir saisir et appréhender correctement les problèmes et proposer des solutions justes.
Informer n’est pas désinformer.
Et si la surinformation peut créer de la confusion chez des esprits peu préparés à la mise en perspective d’un nombre de faits importants, la sur-désinformation, elle, par un flot continu de mensonges et de contre-vérités crée l’incapacité de comprendre correctement le monde qui nous entoure et de choisir les comportements adéquats face à la réalité qui est occultée mais aussi par rapport à nos intérêts.
Cette manipulation de nos esprits parvient même à nous tromper et susciter les mauvaises réactions en regard de nos valeurs et de nos principes alors que nous croyons les servir…
L’irruption récente des concepts comme les «fake news», la «post-vérité» ou les «faits alternatifs» ont remis à l’ordre du jour la question, éminemment importante dans une démocratie, de la désinformation.
Mais outre ces concepts mis en œuvre lors des campagnes présidentielles américaine et française (et qui devraient revoir le jour lors des élections législatives américaines de novembre 2018, toujours pilotés par les Russes, selon un rapport du FBI) par des acteurs locaux et internationaux sur internet et plus précisément sur les réseaux sociaux et les sites d’attaques (comme les russes Sputnik et RT), c’est bien toute une conception de l’information citoyenne qui est en jeu.
De ce point de vue, la loi sur les fake news préparée par le président de la république et le gouvernement sera, quoiqu’il arrive, une bien pâle réponse au défi qui est posé (ou une atteinte à la liberté d’opinion si elle va trop loin…) car les médias dits «traditionnels» sont également porteurs de fausse information, de désinformation et de colportage de rumeurs, le tout vieux comme le monde, vieux comme la création des premiers journaux.
Néanmoins, on ne peut que louer la volonté de la ministre de la Culture, François Nyssen, qui veut donner toute sa place à l’enseignement pour contrer la désinformation.
Mais, plus grave et encore venu des Etats-Unis, de faux sites d’information, le plus souvent initié par des membres radicaux du Parti républicain, ont fait leur apparition sur la toile, s’occupant souvent de politique au niveau local en attaquant les candidats démocrates avec des fake news comme dans l’Etat de Rhodes Island où l’une d’elle, affirmant que la candidat démocrate à la mairie de la deuxième ville de l’Etat avait traité ses habitants de «ramassis de racistes», lui a sans doute coûté l’élection (il a perdu avec 145 voix de retard).
Selon les analystes, ces sites dont il est très difficile de remonter l’origine avec l’utilisation de pseudonymes, pourraient être la prochaine étape des fake news qui jusqu’à présent, sur internet, passaient surtout par les réseaux sociaux.
Et la facilité avec laquelle on peut créer ces sites permettraient à tous – dont les Russes – d’inonder la toile avec de fausses nouvelles venues de faux sites d’information…
Sans oublier tous ces trolls payés ou non qui diffusent les fake news pour quelques cents ou pour l’unique volonté de détruire la démocratie républicaine.
79% des Français selon un sondage ont exprimé leur volonté de lutter contre ces fameuses fake news.
Ceux qui prétendent qu’une loi en la matière serait liberticide ou ne servirait à rien, se trompent de combat.
Car la désinformation est bien plus liberticide qu’une régulation de la liberté d’information (branche de la liberté d’expression).
Tromper le citoyen est ainsi souvent beaucoup plus dangereux que de l’empêcher de prendre connaissance d’une nouvelle controversée.
Pour autant, s’il faut sans doute réprimer les informations frauduleuses, les mensonges éhontés et les attaques sans fondement, on n’empêchera jamais la désinformation, la propagande, les fausses nouvelles et les faits alternatifs dans le cadre d’une «post-vérité».
En revanche, on peut réduire leur importance et leur impact, voire les annihilés si l’individu est un citoyen éclairé.
Et celui-ci ne peut exister que s’il a reçu une bonne formation et s’il peut se procurer une information fiable et sérieuse délivrée par des sources identifiables et remplissant une mission de service public (qui cohabitent évidemment avec les médias d’opinion dont il est évident qu’aucun ne doit être interdit ou pourchassé sauf ceux qui appellent au meurtre et qui militent contre le respect et la dignité humaine).
In fine, ce sera toujours, dans une démocratie républicaine, la capacité de l’individu à analyser, à faire un travail critique grâce à son savoir qui lui permettra de choisir ce qu’il veut en toute connaissance de cause et en toute responsabilité.
Cela n’évitera pas les dérives venues des créateurs et des diffuseurs d’information qui sont vieilles comme le monde.
Le progrès dans l’enseignement et l’information n’est pas venu, ne vient pas et ne viendra pas de l’élimination de toutes les tromperies et tous les mensonges, c’est impossible, mais d’individus capables de ne pas en être les victimes, ce qui est largement atteignable.
L’individu instruit et informé est la meilleure réponse à la désinformation.
Mais encore faut-il s’en donner les moyens en n’oubliant pas que c’est une des missions principales, si ce n’est pas la première de tout régime démocratique et républicain.



vendredi 2 mars 2018

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. La dictature personnelle est revenue en Chine

Ça y est, il n’y a plus aucune réserve, la dictature personnelle est revenue en Chine.
Il y avait déjà celle, collective, du Parti communiste mais, celui-ci échaudé par le régime maoïste et son culte de la personnalité avec, à la clé, ses dizaines de millions de morts, ainsi que par sa faillite totale, tant économique que sociale et sociétale, avait voulu empêcher le retour d’un «guide de la révolution» ou d’un «leader maximo».
Et bien, Xi Jinping est en train de faire sauter ce dernier verrou qui ne permettait pas à un premier secrétaire du PC (et, par ailleurs, président de la république…) de faire plus de deux mandats de cinq ans.
Quand la réforme sera adoptée dans quelques semaines, il va donc pouvoir demeurer le chef indéfiniment, mourir dans son lit de dictateur, avoir son mausolée et y être embaumé.
Cette réforme est bien entendu une complète régression, non pas démocratique tant ce terme n’avait plus lieu d’être en Chine depuis la répression de la place Tian'anmen en 1989 – l’année même où le Mur de Berlin s’effondrait –, mais dans le barrage à toutes les aventures personnelles dont ce genre de régime peut malheureusement accoucher.
Rappelons que Xi Jinping a, non seulement, fait une chasse aux dissidents et aux démocrates, les accusant le plus souvent de corruption pour tenter de tromper l’Occident (en URSS on les mettait de la même manière dans les asiles de fous), qu’il a éliminé tous ses opposants en interne (pour lesquels on ne versera que peu de larmes tant ils lui ressemblent) mais qu’il a aussi fait inscrire sa «pensée» dans la Constitution, ce qui en fait un guide à l’égal de Mao, lui qui avait mis son père, Xi Zhongxun, en prison lors des purges en 1962…
Certains, et ils sont nombreux, penseront qu’une dictature en Chine est bonne pour le reste du monde.
Voilà un pays réputé instable quand il n’est pas gouverné par une main de fer et qui sera beaucoup plus prédictible, affirment-ils.
Sans oublier que l’on pourra faire encore plus de commerce avec lui.
Même le centriste Emmanuel Macron s’est fendu de compliments envers son homologue chinois pour sa lutte contre la pollution et a évité de parler des droits de l’homme lors de sa visite en Chine.
Mais, comme pour tous les grands dictateurs de la planète, de Hitler à Mao, de Staline à Mussolini, de la famille Kim à la famille Al-Assad, des ayatollahs iraniens à l’empereur Bokassa, Xi n’est pas cet homme lisse qui ne veut que le bien de son pays.
Il est un redoutable faucon qui, sous l’appellation mensongère de «rêve chinois» – qui n’est qu’une façon de nommer la volonté hégémonique du Parti communiste chinois tant à l’intérieur qu’à l’extérieur –, veut imposer d’une main de fer sa vision du monde à toute l’Humanité.
En exaltant le passé glorieux de la Chine et le rôle d’avant-garde des communistes, monsieur Xi est un danger pour la paix et pour les équilibres internationaux ainsi que pour l’économie mondiale (où sont les réformes indispensables de la finance chinoise et la lutte contre le déficit public abyssal, où sont l’application des règles d’une juste et saine concurrence?).
Les leaders du monde libre, au lieu de lui faire des courbettes comme ils le firent en leur temps aux tristes sires Hitler, Staline et Mao, devraient rappeler avec fermeté les valeurs et les principes de la démocratie républicaine mais aussi les règles d’une mondialisation humaniste.
Avant que demain il ne soit trop tard, comme ce fut le cas si souvent dans l’Histoire.


COMMENTAIRE. De la foutaise des «démocraties illibérales» et du danger d’appeler des régimes autocratiques comme tel

La démocratie républicaine, dans l’acceptation du terme au XXI° siècle, ce n’est pas seulement le droit de vote et le pouvoir de la majorité, ce sont aussi les droits de l’humain («droits de l’homme») ainsi que les droits de la minorité, ce que les anglo-saxons appellent aussi les «libertés civiles».
Sans eux, pas de vraie liberté, donc pas de vraie démocratie.
C’est une évidence que partagent tous les défenseurs de la démocratie républicaine, dont les centristes.
Et la mode de plus en plus grande d’appeler des régimes autocratiques, comme en Russie et en Turquie, ou populistes, comme en Hongrie, de «démocraties illibérales», concept fumeux inventé à la fin du XX° siècle, est une foutaise bien plus dangereuse que de les pointer du doigt comme non-démocratiques dans leur fonctionnement.
Ce n’est pas parce que les lois du pays en question, voire sa Constitution, garantissent les droits individuels que  celui-ci est une démocratie, il faut, aussi et surtout, la pratique dans le réel et le concret.
La Constitution de l’Union soviétique était ainsi une des plus démocratiques du monde mais le pays était une des pires dictatures.
Pareil pour la Chine.
L’idée de chercher et de trouver constamment de nouvelles appellations qui feront la gloire de leurs inventeurs dans un petit cercle intellectuel ne doit pas cacher la réalité des choses: soit un pays est démocratique, soit il ne l’est pas.
S’il l’est, il s’appelle une démocratie, s’il ne l’est pas, il s’appelle une dictature, une autocratie, un despotisme, un absolutisme, un totalitarisme.
Mais pas une démocratie.
Il est important de nommer correctement les choses parce que si ce n’est pas le cas, on introduit de la confusion dans les esprits du grand public.
Camus disait que «mal nommer les choses ajoute au malheur du monde».
Et, bien avant lui, d’autres philosophes l’avaient écrit.
Ici, il n’est pas inutile de reproduire in-extenso une longue pensée de Confucius:
«Si les noms ne sont pas ajustés, le langage n’est pas adéquat. Si le langage n’est pas adéquat, les choses ne peuvent être menées à bien. Si les choses ne peuvent être menées à bien, les bienséances et l’harmonie ne s’épanouissent guère. Les bienséances et l’harmonie ne s’épanouissant guère, les supplices et les autres châtiments ne sont pas justes. Les supplices et les autres châtiments n’étant plus justes, le peuple ne sait plus sur quel pied danser. Tout ce que l’homme honorable conçoit, il peut l’énoncer, et l’énonçant il peut le faire. L’homme honorable ne laisse rien à la légère.»
On voit bien que donner de la «démocratie» à un pays qui ne la pratique pas ou seulement formellement est une tromperie qui peut avoir des effets particulièrement négatifs sur certains.
Ainsi, on peut très bien imaginer que pour la plupart des gens, une démocratie illibérale demeure une démocratie dans son fonctionnement, ce qui n’est absolument pas le cas.
Alors soyons cette personne «honorable» dont parle le penseur chinois et ayons la simplicité de nommer bien les choses pour la clarté du débat et celle des esprits: ce qui n’est pas une démocratie, ne s’appelle pas une démocratie.
Et si, pour certains régimes, les appellations existantes ne sont pas assez précises, il peut être adéquat d’inventer un nouveau terme.
Mais pour nommer ce qui n’est pas une démocratie, ce n’est certainement pas celui de «démocratie» qu’il faut choisir même si on l’accole à un adjectif quelconque.
Ça semble guère compliqué, tout de même…


mercredi 24 janvier 2018

Avec le choc «Trump», la démocratie face à ses contradictions et ses faiblesses

La tentation totalitaire et populiste des peuples est une donnée récurrente de l’histoire de l’Humanité.
Comme si la liberté inquiétait de par l’éventail de ses possibilités et que la servitude rassurait de par l’indication d’une seule et simpliste vérité à suivre.
Comme si l’individu préférait que l’on flatte ses défauts plutôt que d’encourager ses qualités à s’exprimer.
Comme si le peuple préférait croire aux mensonges pour ne pas se confronter à la réalité.
Comme si le refus d’une éthique était tellement plus reposant que la responsabilité.
Dans le même temps, il faut constamment rappeler aux populations des démocraties républicaines que le régime de la liberté n’est pas «naturel», au sens où la liberté dans la sécurité n’est pas l’état naturel des êtres humains.
Et si le libéralisme a parlé de «droits naturels» notamment à propos de la liberté, il s’agit d’affirmer que comme tout individu est égal à un autre à sa naissance, il possède des droits constitutifs de celle-ci que la société doit lui garantir.
Mais, sans cette garantie, ces «droits naturels» n’existent évidemment pas et c’est la loi du plus fort qui est alors la règle, c’est-à-dire la vraie loi naturelle (plus fort ne voulant pas forcément signifier le plus fort physiquement mais celui qui est capable de dominer l’autre, ce qui peut se faire également par la ruse).
Dans ce cadre, la démocratie ne résiste pas toujours à l’arrivée au pouvoir d’un individu aux tendances autocratiques et populistes.
Et ce n’est pas la première fois que cela se passe avec Donald Trump.
Ce ne sera sans doute pas la dernière fois, non plus, qu’un tel populiste extrémiste et démagogue parvient au sommet dans une démocratie, profitant du système pour se faire élire.
Mais le choc «Trump», s’il doit être replacé dans cette perspective historique de long terme où le peuple acclame des Boulanger, des Hitler, des Mussolini, des Peron, il doit aussi être analysé sur une période plus courte qui part de la fin de la Seconde guerre mondiale jusqu’à nos jours.
Plus particulièrement de cette résurgence dans les démocraties du populisme et de l’extrémisme de droite (celui de gauche ayant échappé au purgatoire parce qu’il ne fut pas considéré comme complice de la boucherie nazie alors même que Staline massacrait son peuple à la même époque).
Ainsi, de l’Allemagne à l’Italie en passant par le Japon mais aussi la Hongrie, le Portugal et l’Espagne, le moment fasciste qui s’effondra alors partout sauf à Madrid et Lisbonne, fut un vaccin important contre l’extrême-droite pendant vingt à trente ans dans les pays démocratiques avec, dans les années 1970 les disparitions de Franco et de Salazar qui permirent l’éclosion de la démocratie dans la péninsule ibérique.
Ce reflux fasciste fut aidé par une conjoncture économique et sociale particulièrement positive pendant ces trois décennies qui suivirent la fin de la guerre.
Certains ont pu penser et théoriser alors la victoire finale de la démocratie républicaine face aux forces fascistes.
Puis, la mort de Mao puis la chute de l’empire soviétique a permis aux mêmes de penser et théoriser la victoire finale de la démocratie républicaine dans le monde entier et pour toujours face aux régimes autoritaires et totalitaires (sans être, reconnaissons-le, dans une innocence ingénue pour autant car ne cachant pas les nombreux dysfonctionnements des sociétés occidentales).
C’est cette fameuse «fin de l’Histoire» dont a parlé Francis Fukuyama, qui ne signifiait nullement qu’il n’y aurait plus de marche vers le progrès ou des conflits entre les humains, voire l’effondrement de civilisations, mais simplement qu’il semblait bien que les peuples avaient finalement choisi la démocratie contre la servitude.
Force est de constater que ce ne fut pas le cas et que ce n’est pas le cas, la tentation totalitaire et populiste existe ainsi dans une partie importante de la population et dans chaque pays même si elle est d’importance différente.
Le retour d’un régime fort en Russie et en Turquie en témoigne.
Et nous revoilà dans ce moment charnière où elle risque de remettre au pouvoir des personnages douteux et dangereux, véritables aventuriers de la politique dans les démocraties.
Trump est de cette trempe mais comme l’est Poutine, Kaczynski, Duterte, Orban, Erdogan, etc., tous des personnages dangereux élus par leurs peuples (avec plus ou moins de fraude).
Bien sûr, l’élection du président américain est d’une autre dimension parce qu’il s’agit de la plus grande démocratie du monde qui, depuis sa création à la fin du XVIII° siècle a toujours tenu des élections en date et en heure et n’a jamais reniée ses valeurs et ses principes.
La question fondamentale est évidemment de savoir comment empêcher l’élection d’un Trump dans le futur dans une démocratie?
Il y a, évidemment, la formation d’un citoyen détenteur d’un savoir suffisant et suffisamment informé pour ne pas tomber dans le piège d’un tel personnage et de sa rhétorique.
Mais, force est de reconnaître, que près de deux siècles et demi de démocratie aux Etats-Unis n’ont pas permis de faire émerger de manière ultra-majoritaire un tel citoyen, empêchant la menace de se concrétiser.
Alors, en attenant que cela survienne, que peut faire la démocratie républicaine?
Doit-elle se protéger en allant contre ses principes et ses valeurs?
Pas forcément comme beaucoup le veulent et d’autres le craignent.
Car empêcher que ceux qui veulent détruire un système qui garantie la dignité et le respect de la personne est une des tâches essentielles de la démocratie républicaine et non un renoncement à ce qu’elle est.
Dès lors, elle doit pouvoir empêcher légalement qu’un Trump, un Orban, un Erdogan, une Le Pen parviennent au pouvoir (mais aussi de se protéger de toutes les idéologies politiques et religieuses totalitaires).
Sur quelle base s’appuie cette thèse qui fait se hérisser de nombreux soi-disant défenseurs de la démocratie, prêts à la voir disparaître plutôt que de la voir se défendre efficacement?
Sur celle que la démocratie républicaine, à l’inverse d’une idée reçue, n’est pas le régime de la majorité mais bien celui de la garantie des droits de tous et de la minorité.
Sur celle que la démocratie doit garantir la liberté ce qui impose qu’elle ne permette pas à ceux qui veulent la supprimer de gouverner.
Explications.
Si c’est bien la majorité qui a le pouvoir et qui peut décider l’orientation d’un pays démocratique, elle ne peut en aucun cas remettre en cause les fondements démocratiques de celui-ci, c’est-à-dire la liberté de l’individu et les droits qui s’y attachent.
Dès lors, même si tout un peuple sauf un des ses membres voulait supprimer la liberté dans son pays, il n’en aurait pas le droit au nom de la liberté de celui-ci.
Mais même si tout le peuple, unanimement, voulait le faire, il n’en aurait pas le droit au nom de la liberté des générations futures.
C’est en cela que l’être humain nait libre et que la liberté et un droit «naturel».
De même, comme le disait Saint-Just mais avec une signification quelque peu différente, il ne peut y avoir de liberté pour les ennemis de la liberté.
Car ceux qui prétendent que la démocratie qui interdit à ses adversaires d’agir sans aucune restriction n’est pas digne de vivre car elle tourne le dos à ses principes, ont tout faux.
Car, comme je l’expliquais plus haut, si la dignité et le respect de la personne humaine ne peut se faire sans la liberté, celle-ci ne peut pas vivre sans être protégée.
Dès lors, interdire à ceux qui veulent l’abolir d’agir en ce sens, est une de ses missions.
Pour en revenir à Trump au moment où celui-ci vient de fêter la première année de son mandat (avec, à la clé, un «shutdown», fermeture des services publics faute de majorité au Congrès pour voter un budget ou des autorisations budgétaires limitées, ce qui caractérise bien la faillite du président américain!), le combat continue, évidemment.
Beaucoup s’étonnent de ce que malgré tous ses mensonges, ses renoncements, ses échecs, ses grossièretés, ses insultes et son incompétence, il ait encore un taux d’environ 35% d’approbation dans les sondages.
Le Washington Post, par exemple, a recensé 2000 fausses informations ou informations biaisées délivrées par la Maison blanche en un an…
Mais quoi d’étonnant puisqu’il a obtenu 46% des voix en 2016, que Marine Le Pen en a obtenu 34% à la présidentielle de 2017, qu’Hitler en a obtenu 36,7% à la présidentielle de 1932 et que le parti nazi est arrivé en tête aux législatives la même année avec 33,09% des voix.
Concernant l’Allemagne qui sait qu’un sondage réalisé en 1947, deux ans après l’effondrement d’un des pires régimes de l’Histoire, 55% des Allemands de la zone d’occupation américaine estimaient que le nazisme était une «bonne idée mal appliquée»…
Donc, il bénéficiera toujours d’une «base» plus ou moins solide et qui ne se détachera de lui qu’au dernier moment et pour un événement particulièrement grave.
Et encore…
Bien sûr, comme nous l’avons vu, l’élection de Trump n’est pas la première fois que la démocratie est face à ces contradictions et ses faiblesses.
Régime permettant à ceux qui veulent l’abattre de pouvoir prendre le pouvoir légalement, elle a, dans le passé et le présent, permis l’élection de ses ennemis (Hitler), de populistes (Jackson), d’incompétents.
Et quand les pro-Trump s’exclament au bout d’un an de présidence de leur héros, «Vous voyez bien que les Etats-Unis sont encore une démocratie», ses opposants répondent qu’elle n’a jamais été aussi faible et en danger, rejoints en cela par de nombreux travaux de spécialistes des sciences politiques.
Ces dernières semaines devant les comportements et les déclarations de Donald Trump et après une année de pouvoir, les observateurs et les commentateurs aux Etats-Unis se sont demandé s’il était mentalement dérangé, intellectuellement limité, incompétent, dangereux ou moralement abject, la réponse est conteste: il est les cinq en même temps!
Ainsi, l’homme qui ne mange que des cheeseburgers de McDonald’s pour éviter d’être empoisonné, qui arrête de travailler à 18h tous les jours, qui ne lit aucun rapport mais prend ses informations pour gouverner sur la chaîne de «fake news» et d’extrême-droite, Fox News, qui s’autoproclame «génie très équilibré» («genius very stable»), qui affirme qu’il est le plus grand créateur d’emplois que Dieu ait jamais créé et qu’il a rendu sa grandeur à l’Amérique («make America great again») mais aussi qu’il est l’homme providentiel qui vient de réconcilier les deux Corées et qui ne veut pas d’immigrants de «pays de merde» («shithole countries») africain et d’Haïti, démontre à longueur de temps sa nocuité à tous les points de vue.
In fine, la présidence Trump va causer beaucoup de dommages aux Etats-Unis ainsi qu’à la démocratie.
Mais est-elle, comme certains le pensent, une menace pour l’existence même de la démocratie dans le monde et, subsidiairement, le marchepied qui va permettre au rêve chinois de supplanter le rêve américain?
Un cauchemar que tous les démocrates, dont les centristes, veulent éviter à tout prix.

Alexandre Vatimbella