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samedi 17 août 2019

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Nous sommes tous les Hongkongais

Ce qui se joue à Hongkong est la lutte de la liberté et de la dignité contre l’ignominie et la servitude.
Et pas seulement pour ses habitants, ni même de la Chine mais pour l’Humanité entière.
D’autant que nous pressentons que, comme ce fut le cas pour les manifestants de la place Tienanmen à Pékin en 1989, que le régime dictatorial du triste personnage, monsieur Xi, l’empereur rouge, va créer à nouveau des martyrs de la liberté, comme n’avait pas hésité à le faire le «bon» monsieur Deng alors.
C’est pourquoi, tous les défenseurs de la démocratie, dont au premier rang les centristes, doivent se mobiliser et soutenir les Hongkongais dans leur demande totalement légitime, sans l’ombre du moindre doute, pour leur liberté et leur dignité.
Mais, ils doivent le faire avec cette angoisse qu’un régime comme celui du Parti communiste chinois ne reculera pas parce qu’au bout de ce processus enclenché par les habitants du territoire autonome, il y a la démocratie, honnie par ses dirigeants et prêts au sacrifice de la peau des manifestants pour sauver la leur, leur pouvoir et leurs avantages sonnants et trébuchants que leur longue pratique de la corruption et de la prévarication leur a permis d’acquérir et d’agrandir dans des proportions indécentes.
Les protestations contre les agissements du pouvoir totalitaire du PCC ne datent pas de cette année mais ont débuté en 2014 sans jamais vraiment s’arrêter, depuis le jour où Pékin a décidé qu’il était temps de «normaliser» Hongkong, c'est-à-dire d’y éliminer lentement mais sûrement la démocratie par des décisions scélérates.
D’où les réactions fortes d’une population qui connait, elle, la valeur de la liberté.
Et si les manifestants pro-démocratie de 2014 avaient comme principe la non-violence (et le mouvement fur un échec), ceux de 2019 estiment, comme une grande partie de la population, que la violence est un moyen pour se faire entendre même si leurs vies sont en jeu.
Car il y a, chez eux, cette conviction – que tous les actes du pouvoir communiste de Pékin confirment – qu’ils luttent pour la survie de leur liberté et de leur dignité mais aussi cette hantise que le pire est devant eux, que la répression de Xi sera comme celle de Deng.
C’est pourquoi leur détermination et leur courage sont aussi des actes de désespoirs que nous ne pouvons regarder sans réagir.
Nous aussi, les défenseurs de la démocratie et de la liberté, nous sommes pris par cette angoisse qu’il n’y a aucune issue heureuse pour ce mouvement et que tout va se terminer dans un bain de sang.
Mais cela ne nous empêchera pas de soutenir toutes ces femmes et tous ces hommes qui se lèvent pour le plus beau combat que l’on puisse mener, celui de la liberté et de la dignité de l’être humain.
Il en va de notre propre dignité.

Alexandre Vatimbella



mardi 11 juin 2019

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Populisme, extrémisme et terrorisme auront-ils la peau de la démocratie?

Deux guerres mondiales n’ont pas réussi à tuer la démocratie, au contraire.
Après le deuxième conflit, en 1945, la démocratie semblait même l’avoir emporté aux poings sur les totalitarismes criminels avec l’écrasement du nazisme, du fascisme et de l’expansionnisme nationaliste, militariste et raciste japonais ainsi que de tous les régimes autoritaires et dictatoriaux qui étaient leurs complices (à l’exception notoire de l’Espagne) puis, en 1989, par K.O. définitif après la chute du totalitarisme communisme en Union soviétique et de ses régimes satellitaires ainsi que de l’ouverture qui semblait alors inexorable de la Chine aux droits de l’humain malgré l’épisode de la place Tienanmen qui ressemblait plus à un soubresaut d’un régime moribond (ce qui s’avéra, malheureusement, une analyse totalement erronée).
En outre, il semblait que cette même démocratie – grâce à l’aide des progrès scientifiques et sociétaux du XIX° siècle et de la première partie du XX° siècle qu’elle avait aidés à s’exprimer – avait eu la peau des fanatismes religieux et de leurs instincts de mort et de destruction au profit d’une vision humaniste de l’existence (et de la religion).
Or, voici qu’un mélange indigeste de populisme, d’extrémisme et de terrorisme soit capable, sinon d’y parvenir, d’être un challenge aussi puissant que furent le fascisme, le nazisme, le communisme et la réaction fondamentaliste confessionnelle pour les démocraties républicaines.
Comment cela est-il possible?
D’abord parce que le monde est tel qu’il est.
Dans nos démocraties contemporaines, portées par le souvenir, le «plus jamais ça», la reconstruction et la croissance, la modernité et le progrès, nous avons cru que la page de l’obscurantisme, du fanatisme, du totalitarisme et des massacres était définitivement tournée parce que nous avions vu de nos yeux vus, leurs agissements inhumains et que notre indignation, couplée avec le souvenir, serait un vaccin qui, nous en étions persuadés, immuniserait les peuples du monde entier.
Mais ce n’est malheureusement pas ce qui s’est passé depuis les soixante-quatorze ans de la fin de la Deuxième guerre mondiale.
Bien sûr, tout n’était pas parfait le 9 mai 1945 lorsque l’Allemagne nazie signa sa reddition (et le 2 septembre, lorsque ce fut le tour du Japon).
Dans les années 1950, Staline était toujours au pouvoir en Union Soviétique, Mao avait pris le pouvoir en Chine, les dictatures militaires se succédaient en Amérique Latine et la décolonisation se passait dans des bains de sang et des violations des droits de l’humain constants sans oublier la persistance de massacres religieux.
Les génocides du Cambodge et du Rwanda, les camps de concentration et de rééducation des goulags communistes sino-russes, les assassinats et tortures de tous les totalitarismes, la faim et la pauvreté en Afrique et le sous-continent indien, tout cela est bien contemporain.
Tout comme, plus récemment, les attentats du 11 septembre 2001 d’Al Qaeda et les tueries de Daesh en Syrie et en Irak avec les exterminations ethnico-religieuses des chrétiens, des yézidis et des chiites.
Et cette liste est loin d’être exhaustive…
Cependant, alors même que la régression humaniste n’avait pas cessé, la progression humaniste se poursuivait.
Non, il ne s’agit pas d’une erreur typographique: dans ce monde, le paradoxe est une réalité avec laquelle nous devons composer.
Alors même que les pires événements se produisaient, nous étions capables de créer les Nations unies et l’Union européenne, de voter une Déclarations universelle des droits humains et de signer une Convention internationale des droits de l’enfant, d’offrir un avenir meilleur à beaucoup de gens, sans parler des découvertes scientifiques, médicales et technologiques extraordinaires qui nous faisaient miroiter des lendemains qui chantent et prouvaient le génie humain.
C’est ce qui permet aux humanistes de garder un petit espoir que leur lucidité leur enjoint chaque jour de mettre au rebus!
Oui, l’humain est capable du pire comme du meilleur.
Loin de moi de vouloir tout réduire à un manichéisme entre le bien et le mal mais la réalité est là.
Il s’agit plutôt comme je l’ai écrit, d’une confrontation entre deux énergies, celle de la révolte (du monde tel qu’il est, de son ajustice et du mystère angoissant de la vie) qui se transforme très souvent en violence destructrice et celle de l’amour (de soi, de l’autre et de la vie) qui ne cesse de vouloir rassembler, deux énergies qui s’opposent alors qu’elles devraient être complémentaires, que l’agressivité de la première devrait toujours être au service de la bienveillance de la seconde parce qu’elles sont nécessaires, toutes les deux, pour bâtir un monde meilleur.
Mais, pour cela, il faudrait que les humains soient capables de savoir où ils veulent vraiment aller et qu’ils y aillent ensemble, être dans l’action réfléchie et non la réaction intempestive.
Comme l’a conceptualisé le penseur américain William James, nous devons parvenir à ce que nos «vertus sauvages» soient sublimées pour des fins sociales plutôt que pour la destruction sociale.
Albert Camus disait, que «la révolte quand elle débouche sur la destruction est illogique» et que «la logique du révolté est de vouloir servir la justice pour ne pas ajouter à l'injustice de la condition».
Toujours est-il que tout est en train de dérailler à nouveau dans un mélange de peur, de renoncement, de haine, d’envie et d’hubris où tout est entremêlé dans ce qui ressemble à un maelström inextricable de raisons et de causes, qui est en train de donner à l’extrémisme, au populisme et au terrorisme une nouvelle possibilité d’abattre la démocratie libérale.
Quand je parle de ce lien chaotique c’est pour, par exemple, expliquer ce rapport  évident entre la montée du populisme extrémiste chez les peuples des pays occidentaux et la montée du fondamentalisme religieux extrémisme au Moyen Orient et de son avatar conquérant et destructeur, le terrorisme islamique.
Mais c’est aussi la peur de ces mêmes peuples occidentaux face à une possible déferlante migratoire (pas seulement venue de pays musulmans) qui nous est prédit depuis des années par les spécialistes des mouvements humains, que ce soit en Europe mais aussi aux Etats-Unis.
C’est aussi la peur d’un monde ouvert, qui a été grandement phagocyté par ce que l’on pourrait appeler des «profiteurs» (tant au niveau économique et commercial que géostratégique et culturel) alors même que celui-ci, avec les régulations et l’organisation nécessaires, a toujours permis d’améliorer les conditions d’existence que le contraire.
Pourtant, les choix que sont en train de faire ces peuples, gardiens actuels de la démocratie républicaine libérale, en regard de ces défis réels ne sont pas les bons parce qu’ils sont un repli sur soi et un abandon des valeurs et principes démocratiques qui ne sont, pour l’instant, qu’infimes ou graduels mais dont la dynamique est bien d’aller vers des régimes autoritaires qui se transformeront, comme l’Histoire nous l’apprend, inéluctablement en régimes despotiques.
Alors, il nous faut raison démocratique garder.
Non pas pour être les dindons de la farce de cette offensive, tant intérieure qu’extérieure, d’oppresseurs qui veulent nous asservir pour leurs propres intérêts mais pour agir en nous protégeant d’elles tout en renouvelant notre serment de défendre la démocratie républicaine.
Parce que l’alternative n’est pas dans plus ou moins de démocratie mais bien dans la liberté ou l’asservissement que ce soit à une puissance extérieure ou à des forces intérieures.
Et si nous n’avons pas le caractère et le courage de protéger notre liberté, alors oui, le populisme, l’extrémisme et le terrorisme auront la peau de la démocratie.
A nouveau nous devons nous demander si nous avons envie de défendre la démocratie et il serait bon que nous le fassions, cette fois-ci avant que nous ayons permis à ses ennemis d’être au pouvoir.



lundi 10 juin 2019

La paix ne fait la Une qu’après une guerre!

Soixante-quinze ans que les Alliés ont débarqué en Normandie pour éliminer la bête immonde du totalitarisme nazi responsable de tant d’ignominies avec ses complices fascistes et tous les collaborateurs dans les pays occupés dont la France.
Et, l’année prochaine, nous aurons, espérons-le, le soixante-quinzième anniversaire de la paix en Europe.
Trois quarts de siècle que nous vivons en paix en France, ce n’est pas rien.
C’est même énorme avec cette statistique éculée mais qu’il est toujours bon de rappeler: depuis que l’Humanité existe, il y a eu plus de jours de guerre que de paix.
Ne jamais oublier ce que vaut la paix.
Car, s’il est une réalité terrible c’est bien celle-ci: la paix ne fait la Une qu’après une guerre!
Et puis, petit à petit, les sirènes de l’hubris, de la désunion, de la conquête, de la supériorité et que sais-je encore rendent à nouveau fou les humains qui parent la guerre de toutes les beautés de l’aventure et de l’épopée, du courage et du dépassement de soi, de la preuve de la puissance de tel ou tel pays, etc.
Et l’on oublie ce que l’on doit à la paix, ce qu’elle nous apporte, quelle est sa douceur et sa force existentielle.
Et l’on oublie le soldat pourrissant vivant dans les tranchées de la Grande guerre avant d’aller s’empaler dans les barbelés et d’être fauché par les tirs de mitrailleuses ennemis.
Et l’on oublie le petit enfant mis en joue par des mitraillettes, jeté dans un wagon à bestiaux, asphyxié dans une chambre à gaz puis son corps brûlé dans un four crématoire, lui qui venait de naître à la vie et qui ne demandait qu’à la croquer avec l’aide de ces adultes qui venaient de tuer à jamais ses rêves.
Alors, en ce jour anniversaire souvenons-nous de toutes les horreurs de la guerre pour ne plus jamais les revivre.
Un souvenir qui s’efface lentement de la mémoire des peuples avec des écoliers, des collégiens et des lycéens à travers le monde qui ne savent même pas qu’il y a eu un génocide il y a soixante-quinze ans et dont le nom d’Hitler n’évoque plus rien de mauvais.
Continuons à effacer cette mémoire et soyons sûrs que dans quelques décennies, il sera célébré comme celui qui, c’est vrai, n’a pas été tout à fait correct mais a tout de même relevé son pays et construit les autoroutes allemandes!
Sans doute, qu’entre-temps, avec la montée des extrémismes et des populismes, la paix aura encore fait la Une…
Voire peut-être même pas.


lundi 3 juin 2019

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Tienanmen ou la mort de la démocratie universelle

1989 est cette année cruciale pour notre deuxième millénaire actuel où le monde a, tout à la fois, cru en la démocratie planétaire et vu ses espoirs en la liberté universelle se fourvoyer.
Parce que 1989, c’est à la fois la chute du mur de Berlin, le 9 novembre, mais aussi la terreur qui s’est abattue sur la place Tienanmen de Pékin quelques mois auparavant, dans la nuit du 3 au 4 juin, tuerie d’une barbarie inouïe dont nous fêtons le triste trentenaire aujourd’hui.
A l’espoir et à la joie de voir la libération des peuples à l’Est de l’Europe, nous avons également expérimenté, dans la même année, le désespoir et la douleur d’assister, impuissants aux massacres de ce peuple chinois qui voulaient seulement goûter à l’ivresse de cette liberté chérie qui soi-disant ne fait partie de «sa culture» (ce que tous les sondages sérieux, c'est-à-dire non-trafiqués par la pouvoir communiste, disent sans aucune contestation possible).
Mais même si la libération de l’Est de l’Europe de la chape de plomb soviétique continua – la chute du mur est postérieure aux chars de la honte –, c’est bien la révolution mondiale de la liberté qui s’est brisée ce 4 juin parce que les autocrates du PC chinois ont montré aux peuples encore sous le joug de dictatures que ce mouvement vers la liberté n’était pas inéluctable, ce qu’ont très bien compris très rapidement des régimes comme Cuba, l’Iran, la Syrie, le Vietnam, etc. et que comprennent très bien d’autres aujourd’hui comme la Russie, la Turquie, le Venezuela et toujours Cuba, l’Iran, la Syrie, le Vietnam…
Oui, Tienanmen n’est pas seulement l’écrasement du désir de la démocratie en Chine mais bien la pierre angulaire sur laquelle s’appuient tous les régimes autocratiques, dictatoriaux et totalitaires pour résister et empêcher leurs peuples de les chasser du pouvoir et d’installer des régimes démocratiques.
Sans parler des mouvements terroristes qui, eux aussi, ont trop bien retenus la «leçon Tienanmen» comme Daesh, par exemple, en expliquant, dans un bourrage de crâne aussi simpliste qu’efficace pour des personnalités fragiles et ignorantes, que la «démocratie occidentale» était le diable.
Or, non seulement ce n’est évidemment pas le cas mais, surtout, il ne s’agit pas d’un régime «occidental» mais d’une légitime demande de vivre libre par tout individu vivant sur notre terre.
La Chine est devenue aujourd’hui le modèle de la société totalitaire.
Intelligemment, le pouvoir «communiste» a su jouer profil bas depuis l’élection de Donald Trump, les provocations incessantes de personnages comme Poutine, Erdogan, Orban, Duterte, Assad ou encore Salvini (liste non exhaustive!), pour avancer son «agenda».
Comme Narendra Modi en Inde qui a met en place une société dominée par un nationalisme ethnique et religieux à l’ombre des frasques des mouvements populistes extrémistes, Xi Jinping travaille à l’élaboration d’une société policière de la surveillance des Chinois grâce aux instruments traditionnels de toute dictature mais aussi de toutes les avancées technologiques – sans parler de la présence d’une terrible et gigantesque administration–, qui permettent un fichage de toute une population, le visionnage de tous ses actes, physiques et intellectuels, dans la rue mais aussi chez chaque citoyen grâce à des caméras et des micros, avec un système abjecte de punition et de récompense.
Les «mauvais» citoyens, ceux qui, par exemple, ne traversent pas sur les passages piétons et dont on publie la photo sur des écrans géants de leurs quartiers avec leurs noms et leurs adresses, ne peuvent prétendre à un emploi ou un appartement, les «bons», ceux qui par exemple, dénoncent leurs «mauvais» voisins, peuvent plus facilement voyager et obtenir un crédit.
Sans même parler des prisonniers politiques qui croupissent dans des camps de «rééducation» qui n’ont rien à envier à ceux de la période maoïste (dont monsieur Xi est un admirateur) ou assignés à résidence et victimes sans cesse de brimades.
Oui, c’est cela la Chine du XXI° siècle.
Oui, la victoire du totalitarisme sur la liberté, il y a trente ans, place Tienanmen, voulue par Deng Xiaoping, a engendré une société de la surveillance, de la traque, de la délation et de la mise au pas systématiques, Cette société si redoutée au XX° siècle est en train de se mettre en place grâce aussi au silence assourdissant des dirigeants des  démocraties.
Et l’on se dit que si la révolte pacifique de Tienanmen avait réussie…
Mais on se dit aussi que la Chine, qui ne fait plus mystère de dominer le monde en devenant la première puissance mondiale, a vocation à exporter son «modèle» de société (qui intéresse déjà bien des pays en Asie et en Afrique).
C’est pourquoi, trente ans après, tout démocrate qui se respecte, doit être solidaire de tous les dissidents chinois actuels ainsi que tout aussi volontaire que les manifestants pacifiques de la place Tienanmen, afin d’empêcher les maîtres de Pékin de parvenir à leurs fins.
Oui, ce monde est en train de prendre un virage de plus en plus dangereux où les pires prédictions d’Orwell ou de Huxley ne sont plus des fantasmes mais souvent des réalités présentes ou en devenir.
Peut être que je vois un peu trop le verre à moitié vide.
Alors, vivement le 9 novembre pour célébrer la chute du mur de Berlin!
Tout en pensant à cette jeunesse écrasée sur le macadam face à la cité interdite, lieu d’un pouvoir qui massacra tant de gens aux cours de son histoire…




lundi 25 mars 2019

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Confucius et le rêve instrumentalisés par Xi Jinping

Grâce au duo Poutine-Trump qui occupe le devant de la scène médiatique par ses frasques (et les bribes de conclusions du rapport Mueller qui viennent d’être rendues publiques ne changeront rien à l’affaire), monsieur Xi – profession: dictateur chinois et en villégiature actuelle en Europe dont la France – a, dans l’ombre, les mains libres dans son pays mais aussi pour ses visées impérialistes et la domination économique mondiale malgré les inquiétudes jamais suivies d’actes forts de la part des démocraties occidentales.
Il ne faudrait pas oublier un des pires dictateurs de la planète, en tout cas le plus dangereux parce que son pays est la deuxième puissance mondiale, même si son économie connait quelques difficultés en ce moment, possède la population la plus nombreuse avec une armée pléthorique (et un déficit de femmes par rapport aux hommes dans la population qui rend, l’Histoire fourmille d’exemples, un pays plus agressif) ainsi que l’arme nucléaire et que son ambition ouvertement proclamée est de dominer le monde comme la Chine le faisait avant que les puissances occidentales l’humilient, il ne faut jamais oublier cette dimension de revanche présente chez nombre de ses compatriotes.
Pour y parvenir, il faut une propagande d’accompagnement qui puisse fédérer une population et donner une image, si ce n’est positive en tout cas forte, du pays à l’extérieur.
Cette propagande repose aujourd’hui sur deux piliers: le «rêve chinois» et la pensée de Confucius.
Sauf que la notion de rêve et la personne de Confucius sont entièrement instrumentalisées par monsieur Xi par le biais d’une supercherie intellectuelle et politique complète en regard de la société totalitaire qu’il est en train de mettre en place.
Surtout attachée à la terre de tous les possibles, l’Amérique, la notion de rêve dans le débat politique avait, jusqu’à présent, une signification heureuse et une portée universelle (quelle que soit la réalité concrète du rêve américain).
Or le rêve chinois de monsieur Xi est avant tout nationaliste et impérialiste puisqu’il s’agit de redonner à la Chine la place qu'elle «mérite» dans le monde, c'est-à-dire la première.
En outre, monsieur Xi a décidé de momifier une nouvelle fois Confucius  en en faisant le guide de son nouveau pouvoir dictatorial basé sur sa soi-disant «société harmonieuse».
En cela, il ne fait que suivre les empereurs chinois qui érigèrent le confucianisme en doctrine d’Etat pour leur assurer le pouvoir, c’est-à-dire une idéologie qui a détourné grandement le message du sage philosophe du pays de Lu.
Quelle ironie de l’Histoire, par ailleurs, puisque le modèle indépassable de monsieur Xi, Mao, tenta d’éradiquer la pensée du maitre Kong (Kongfuzi, son nom chinois) de la république démocratique de Chine comme «contre-révolutionnaire»…
Mais la ruse des pouvoirs communistes, comme tout pouvoir totalitaire, est bien connue et documentée.
Lénine et Staline en leur temps ne se privèrent pas de contradictions idéologiques pour affermir leur pouvoir, voire firent semblant d’être ce qu’ils n’avaient jamais été et ne furent jamais.
Ils instrumentalisèrent ainsi quelques gloires nationales comme Léon Tolstoï à l’instar de ce que fait Xi en Chine actuellement.
Si l’on doit dénoncer cette récupération éhontée de celui qui est aussi appelé le père de l’«humanisme chinois», c’est parce que celui-ci avait une vision équilibrée du fonctionnement d’une société humaine développant dans un certain sens une vision proto-centriste de la vie en commun.
Son milieu est ainsi très proche d’un autre lointain ancêtre des centristes, Aristote, qui développa son juste milieu dans le cadre de sa médéité.
Si Confucius à des héritiers, ils se trouvent plutôt au centre de l’échiquier politique que dans les maîtres d’une société totalitaire…
Rappelons aussi que Confucius prônait la destitution des gouvernants lorsqu’ils ne remplissaient pas leur rôle, principe que monsieur Xi n’est pas prêt de mettre en œuvre…
Rien à voir donc avec le monde fermé que nous propose aujourd’hui le Parti communiste chinois arcbouté sur son pouvoir et la peur de la parole libre.
Un monde qui est l’antinomie de ce que les centristes veulent mettre en place dans la cadre d’une mondialisation humaniste qui est aux antipodes de la «nouvelle route de la soie» que Beijing es en train de bâtir pour assoir sa domination mondiale future et à laquelle trop de pays ont déjà succombés, le dernier en date étant l’Italie…
La Chine est assurément un grand pays et possède une civilisation rayonnante mais monsieur Xi est un tout petit personnage aux ténébreux desseins.
Comme nous le rappelle la sinologue Anne Cheng, «l’idéal que propose Confucius est ‘l’homme de bien’».
Toute ressemblance avec monsieur Xi serait une usurpation d’identité.

mardi 29 janvier 2019

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Pourquoi la démocratie représentative? Parce qu’il n’y a pas mieux!


Pourquoi la démocratie représentative et non directe, participative, délibérative ou autre qualificatif qui en changerait la nature?
Non pas parce que c’est le meilleur système dans l’absolu mais parce que c’est le meilleur système qui peut être implémenté réellement et concrètement aux sociétés humaines actuelles et, peut-être futures.
Parce ce que, pour qu’il y ait démocratie aujourd’hui dans lesdites sociétés, la forme représentative est le mieux à même, à la fois, de représenter la volonté des citoyens et d’être efficace.
Le vote permet ainsi d’élire les représentants du peuple qui se présentent sur des programmes différents, issus d’organisations politiques qui ont, chacune, des objectifs quant à ce qu’elles veulent que soit la démocratie républicaine.
Ensuite, ces représentants, dévoués uniquement à leur mandat et ayant à l’esprit le bien de la communauté qu’ils représentent, peuvent travailler pour faire fonctionner l’Etat et mettre en place des mesures et des réformes.
Cette «division du travail» est une absolue nécessité dans les sociétés complexes dans lesquels nous évoluons.
Croire qu’un citoyen qui a un métier qui l’oblige pendant toute la semaine, parfois avec des horaires très longs, peut, dans le même temps, gérer et gouverner un pays, est une illusion, certes belle, mais impraticable qui aboutirait à un chaos très rapidement.
Même dans les petites communautés, la démocratie directe qui est souvent mise en place (comme dans l’idéal hippy), est souvent la cause de leur destruction parce que des clans, voire même des individus isolés, l’empêchent de fonctionner normalement.
Ayant évacué cette belle idée utopique (à moins de créer un «nouvel individu» aussi intelligent que responsable, aussi impliqué que ne ménageant pas ses heures entre son travail, sa famille, ses amis, ses loisirs et hobbys, ses responsabilités dans le gouvernement), toute sa vie (et non pas pour un simple mandat), voyons les autres alternatives.
Celles-ci seraient incontournables et obligatoires parce que la démocratie représentative, selon certains de ses contempteurs, serait à bout de souffle et devrait être remplacée par «autre chose».
Même certains défenseurs de la démocratie représentative estiment qu’il faut la dépoussiérer et la «moderniser».
De quoi parle-t-on, au fait?
De donner, non seulement, la parole au «peuple» (dont nous savons depuis Kelsen, qu’il n’existe pas en tant qu’entité ayant une identité particulière mais seulement comme un groupe d’individus assujettis à la même règle juridique) mais de le faire participer ou, tout au moins, délibérer à la décision politique et de le faire voter, parfois, sur des mesures «importantes» (c’est bien sûr le référendum avec une vision de son extension actuelle qui pourrait aller jusqu’à celui qui provient d’une «initiative populaire»).
Pour nombre de ceux qui défendent cette évolution de la démocratie actuelle, tous les domaines devraient être impactés par ces nouvelles attributions au «peuple» alors que pour d’autres, il faut circonscrire cette intervention populaire à quelques items bien précis.
On voit bien que, dans tous les cas, il s’agit de limiter la représentation dans la démocratie pour promouvoir le pouvoir d’«en bas» sensé être plus vertueux selon les supporteurs d’une nouvelle république qui aurait une nouvelle constitution (nous passerions alors à la VI° République en France).
Malheureusement pour eux et pour notre idéal d’une communauté humaine vraiment civilisée et humaniste, l’Histoire réfute avec brutalité et sans aucun sentiment, cette vision d’une vertu populaire ainsi que la capacité de ce même «peuple» de pouvoir gouverner efficacement en étant impliqué à tous les étages et dans tous les domaines de la décision politique.
En réalité, avant de changer ou de moderniser ou de créer une démocratie hybride (à la fois représentative, directe, participative et délibérative, ce que nos systèmes sont, de toute façon déjà un peu tout cela), faisons simplement en sorte de faire fonctionner réellement et concrètement cette démocratie représentative, ce qui est loin d’être le cas.
Car si elle fonctionnait correctement, la plupart des critiques qui lui sont adressées par ses adversaires mais aussi par ses partisans, tomberaient d’elles-mêmes.
Bien sûr, comme je l’ai dit en commençant, cela n’en ferait pas le meilleur système de gouvernement des humains dans l’absolu mais cela ferait d’elle le meilleur système que nous pouvons espérer actuellement.
Et cette seule perspective est déjà assez réjouissante pour que nous nous battions pour la préserver tout en faisant en sorte qu’elle fonctionne comme elle doit fonctionner.
Alors, au travail, non pour démolir mais pour faire fonctionner au mieux ce que nous avons bâti de mieux.