Les Actualités sur www.ecoinfosmonde.com

jeudi 4 juillet 2024

Commentaire. La décision scandaleuse et juridiquement abracadabrantesque de la Cour suprême étasunienne est une attaque directe contre la démocratie


Alors, donc, selon la Cour suprême étasunienne, un président aurait le droit de tout faire sous couvert de son mandat et des prérogatives de sa fonction comme tuer un opposant ou fomenter un coup d’Etat!

Si la décision de viennent de rendre les six juges ultra-conservateurs, certains très proches de l’extrême-droite, n’est pas aussi catégorique, elle ouvre pourtant la voie à cette possibilité.

Et, «subsidiairement», elle sauve pour l’instant le soldat de la croisade réactionnaire, le populiste extrémiste Trump, d’un procès pour sa participation à la tentative de coup d’Etat du 6 janvier 2021 qui aurait du, au minimum, le rendre inéligible, et, normalement, l’envoyer en prison…

Dans un arrêt écrit par le «chief justice», John Roberts (le plus «modéré» des juges réactionnaires!), aussi alambiqué que contraire à la Constitution et aux principes de la démocratie républicaine qui régissent les États-Unis, la cour, déjà déconsidérée aux yeux d’une majorité d’Américains comme n’étant pas une instance judiciaire mais politique, estime qu’il y a plusieurs cas de figures et qu’il faut rechercher à chaque fois (avec toutes les lenteurs voulues et les multiples appels possibles avant qu’un tribunal puisse éventuellement rendre un jugement que ladite cour pourra évidemment invalidée!) les intentions du président.

Comme celui-ci pourra systématiquement prétendre qu’il avait une immunité pour tout et n’importe quoi afin d’échapper à un procès, nous voilà pratiquement dans une monarchie élective avant de passer dans une autocratie puis dans une dictature.

Comme l’écrit la juge libérale, Sonia Sotomayor, «le président est à présent un roi au-dessus de la loi».

Pour sa collègue Ketanji Brown Jackson, «les graines du pouvoir absolu ont été plantées».

Quant à la centriste Hillary Clinton, elle a tweeté:
«Je suis d'accord avec la juge Sotomayor au sujet de l'arrêt sur l'immunité rendu par l'aile trumpiste extrémiste de la Cour suprême: «Craignant pour notre démocratie, je suis en désaccord».
En novembre prochain, il appartiendra au peuple américain de demander des comptes à Donald Trump.»

Ce 1er juillet 2024 est une date aussi sombre pour la démocratie américaine que le fut le 6 janvier 2021.

Dans une allocution solennelle, le Président des États, Joe Biden, a déclaré que cet arrêt «signifie presque à coup sûr qu’il n’y aura théoriquement aucune limite à ce que pourra faire un président».

Editorial d’Alexandre Vatimbella. En démocratie c'est toujours la «faute» du peuple


Comme d'habitude, nous sommes en train de rechercher les responsables de la situation issue du premier tour de ces élections législatives en France.

Comme d’habitude nous sommes en train de désigner des boucs émissaires, un exercice aussi vieux que l'existence de l'humain.

Nous avons même commencé à le faire bien avant ce 30 juin et les médias ainsi que nombre de Français ont désigné Emmanuel Macron avec un slogan répété jusqu’à l’écœurement, «la faute qu’à Macron»...

Car il doit bien y avoir un responsable quand les choses tournent mal.

Et en France comme ailleurs, le peuple s’empresse de le trouver afin d'éviter de pointer son doigt vers les vrais

Et les vrais responsables de la victoire du RN au premier tour des législatives ce sont les près de 12 millions de Français qui ont voté pour lui.

Comme les vrais responsables des législatives anticipées sont tous ceux qui ont voté pour lui aux élections européennes en le plaçant nettement en tête à plus de 30% des voix.

C’est ça la réalité et personne ne peut la maquiller sans mentir effrontément.

Car, oui, en démocratie, qu'elle soit directe ou représentative, c'est le peuple qui choisit.

Et celui qui choisit est bien responsable de son choix!

Donc quand le choix est contesté ou critiqué, c’est vers le peuple qu’il faut se tourner.

La «faute» c’est lui qui l’a commise.

Bon, on peut admettre qu'il y a quelques circonstances atténuantes à cette responsabilité.

Mais cela n'enlève en rien que celle-ci est celle du peuple.

Les clientélismes et les populismes ont beau mettre en accusation des boucs émissaires afin de flatter le «bon peuple», c’est bien lui qui a voté.

Et en l’occurrence, rien ne justifiait, ni la situation économique, ni la situation sociale, ni la situation en matière de sécurité ou d’immigration, ni la situation internationale, un vote pour l’extrême-droite.

Dans une semaine, il y a un second tour.

Ce sera encore le peuple qu’il choisira.

Il y a peu d’espoir qu’il se rende compte de sa «faute».

Mais elle est bien là.

Alexandre Vatimbella

 

 

mercredi 3 juillet 2024

Editorial d’Alexandre Vatimbella. Quand les mots sont instrumentalisés, la démocratie est en grand danger


Ces dernières années, avec la montée de la démagogie, du populisme, du basculement de l’information mise en scène («infotainment») devenue un vulgaire divertissement informatif, de l’intrusion des réseaux sociaux et autres moyens électroniques de communication, l’ensemble des discours publics est dominé par les superlatifs, les effets de manche, la dramatisation – sans même parler des mensonges véhiculés par les fake news et l’élucubrationisme (complotisme) – où s’effacent petit à petit et de plus en plus la réalité et les faits.

J’ai souvent écrit sur ce sujet et je dois dire que les dérives s’accélèrent et qu’aucune prise de conscience ne se fait jour, bien au contraire.

On en a encore vu des exemples lors des dernières campagnes électorales dans l’ensemble des démocraties.

La campagne présidentielle aux États-Unis est archi-dominée par ces phénomènes mais aussi la campagne législative en France.

Prenons un exemple.

Selon les médias, on a assisté à un «triomphe» du RN et au «naufrage» de la majorité présidentielle avec la «fin de règne» du Président de la république.

Sans évidemment contester que le RN a gagné le premier tour en arrivant en tête, que la majorité présidentielle est troisième à quelques encablures, tout le reste n’est que mensonges.

D’abord le triomphe du RN.

Si l’on prend son résultat dans les urnes, il a recueilli moins de 30% des voix.

Certes c’est un succès éclatant mais pas un triomphe.

Surtout si l’on prend son score vis-à-vis des inscrits qui descend alors à 19%, c’est-à-dire que moins d’un Français sur cinq inscrit sur les listes électorales a choisi la formation d’extrême-droite.

Non, ce n’est pas ce que l’on peut appeler un triomphe démocratique…

Cela n’enlève évidemment pas l’a nécessité impérieuse et le devoir cardinal de tous les démocrates d’éviter qu’il ne remporte le deuxième tour dimanche prochain.

Ensuite le naufrage de la majorité présidentielle.

Si l’on prend son résultat dans les urnes, elle a juste dépassé les 20%.

Certes c’est un recul par rapport à 2022 mais comment peut-on utiliser des mots aussi forts que «naufrage» et d’autres encore plus extrêmes pour une coalition qui obtient plus de 20% des votants (et plus de 13% des inscrits).

C’est évidemment une défaite mais pas la catastrophe à la une de tous les médias.

Quant à la «fin de règne» d’Emmanuel Macron.

Comme celui-ci l’expliquait, il n’était pas sur les bulletins de vote.

Certes, c’est sa majorité qui l’était et il l’a bien évidemment défendue.

Mais il y a une Constitution et qui dit très explicitement que le Président de la république même en cas de défaite de son camp aux législatives demeure à son poste avec toutes les attributions que lui donne sa fonction et qui sont importantes.

Rien de près ou de loin à une fin de règne.

Ajoutons cette opinion que l’on retrouve dans tous les médias comme quoi sa stratégie de convoquer des législatives anticipées pour effacer la défaite aux européennes aurait été un échec complet.

Or, ce n’était pas du tout le but d’Emmanuel Macron.

Certes, il aurait préféré que ce sursaut démocratique ait lieu mais il n’est pas assez bête ou enfermé dans un univers à sa gloire – dixit les médias – pour ne pas savoir que la dynamique de l’extrême-droite, avec l’aide de l’extrême-gauche mélenchoniste, conduisait Marine Le Pen tout droit à l’Elysée en 2027.

Pour éviter ce cataclysme, provoquer des législatives qui vont peut-être obliger le RN à gouverner trois ans avant la prochaine présidentielle – au grand dam de la petite entreprise le Pen – permettra, espère-t-il, de montrer sa dangerosité et son incompétence aux Français qui, enfin, se détourneront de lui et enterreront définitivement les ambitions lepénistes.

On peut également prendre la campagne des élections américaines avec le débat qui a opposé Joe Biden à Donald Trump.

Certes le centriste démocrate n’a pas été bon sur la forme face à l’extrémiste populiste républicain.

En revanche, il l’a littéralement enfoncé sur le fond d’autant que Trump a égrainé mensonges sur mensonges.

Considérer que Biden est fini, qu’il doit laisser la main à un autre candidat, qu’il est un gâteux sans avenir comme l’ont titré nombre de médias américains (qui militent depuis plusieurs années contre un deuxième mandat de sa part) est une instrumentalisation des mots qui ne correspond en rien à la réalité et aux réalisations du démocrate depuis près de quatre ans à la Maison blanche.

Et l’on pourrait continuer pendant des lustres à parler de cette falsification comme, par exemple, le terme «génocide» utilisé pour qualifier l’offensive armée d’Israël contre le Hamas ou la volonté d’entretenir la confusion en utilisant le mot «antisionisme» pour exprimer son antisémitisme de manière cachée, tout cela juste 80 ans après la fin de la Deuxième guerre mondiale et le génocide bien réel contre les Juifs où des petits enfants étaient jetés vivants dans des fours crématoires pour augmenter les cadences simplement parce qu’ils étaient juifs…

Les penseurs chinois, dans l’ancien temps, estimaient qu’il fallait que les mots soient utilisés à bon escient et s’attelaient souvent à cette tâche de la «rectification» de ceux-ci afin d’éviter qu’ils soient instrumentalisés notamment par le pouvoir impérial et pour tromper le peuple.

Albert Camus, également, estimait important de ne pas dévoyer la signification des mots dans une démocratie au risque de lui porter atteinte gravement, de la faire disparaître à terme.

Manifestement, la leçon n’est guère été apprise et, pire, c’est exactement le contraire que nous sommes en train de vivre.

Alexandre Vatimbella