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Messages les plus récents portant le libellé EDITORIAL. Messages plus anciens
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lundi 15 mars 2010

EDITORIAL-MONDIALISATION. Et si l’on essayait d’éviter les bulles qui menacent l’économie mondiale


Au cours des dernières décennies, l’impression qui semble se dégager quant à la croissance mondiale est que celle-ci ne peut se faire que de bulles en bulles spéculatives. Le mécanisme alors est toujours le même: un secteur économique qui se développe sans commune mesure avec la réalité du marché grâce à des spéculations qui engraissent la finance mondiale, ce qui permet de faire tourner la machine économique tout entière jusqu’à l’implosion inévitable avant que tout ne recommence. Seul le secteur victime de la bulle change à chaque fois.

La bulle serait ainsi un des principaux moteurs de la croissance, sinon le principal. Que ce soit la bulle internet de la fin des années 1990 et du début des années 2000 ou que ce soit la bulle immobilière des années 2000, les Etats-Unis se sont largement nourris de ces emballements spéculatifs. La première puissance mondiale n’est évidemment pas la seule à se développer sur ces bulles spéculatives.

Ainsi, aujourd’hui, les bulles semblent se déplacer vers l’Asie et plus particulièrement vers la Chine. Si l’on craint aux Etats-Unis, dans les années à venir, une bulle sur l’industrie verte, c’est bien dans l’Empire du milieu que la machine à bulles s’est installée et bien installée. Il faut dire que tout prête à spéculation dans ce pays de joueurs invétérés. De l’immobilier aux matières premières en passant par le marché boursier. Le quotidien Le Monde, récemment, évoquait même les pratiques des éleveurs de porcs chinois qui, avec les subventions du plan de relance venues de Pékin, préféraient spéculer sur la valeur du cuivre plutôt que de moderniser leurs exploitations!

Du coup, si, de nos jours, comme on l’a dit, les bulles sont un des moteurs principaux de la croissance d’une économie (mais elles l’ont peut-être toujours été), on comprend pourquoi les gouvernements sont écartelés devant l’urgence à intervenir devant l’imminence d’un éclatement et l’impossibilité politique de tuer la poule aux œufs d’or. Avec cette idée que l’on pourra toujours s’en tirer puisque les précédents montrent que chaque éclatement de bulle n’a pas empêché les économies de rebondir jusqu’à… la prochaine bulle.

Tout cela n’est guère sain mais nous rappelle que la gestion de l’économie d’un pays est faite, en partie, sur des paris sur l’avenir couplée avec l’impossibilité de maîtriser la machine économique. Avec cette autre idée que les humains seront toujours assez intelligents pour s’en sortir.

Et si l’on décidait tout à coup que l’on pouvait utiliser cette intelligence pour éviter les bulles et conduire un développement maîtrisé de l’économie? Pas la peine de se moquer…

Alexandre Vatimbella

© 2010 LesNouveauxMondes.org

jeudi 18 février 2010

EDITORIAL-MONDIALISATION. La Chine est-elle en train d’encercler l’Inde?


Du Népal au Pakistan, du Sri Lanka au Myanmar, du Bangladesh aux Maldives, la Chine s’installe tout autour de l’Inde donnant un peu de plus de réalité au pire cauchemar (avec l’islamisme) et à la plus grande paranoïa de cette dernière. On savait déjà que New Delhi était sur ses gardes aux frontières communes avec Pékin où les routes modernes du côté chinois ne sont que des voies mal entretenues côté indien pour éviter toute invasion militaire et… économique, et où les mouvements de troupes de l’armée populaire chinoise sont suivies de près par les nombreux soldats indiens déployés sur place. Mais l’Inde voit également avec inquiétude les constructions d’infrastructures financées par la Chine dans les différents pays qui sont ses voisins et que les Chinois utiliseront à leurs profits par la suite (notamment les ports), les aides économiques chinoises dans sa sphère d’influence ou le resserrement de liens diplomatiques comme au Népal ces derniers jours.

Du coup, les politiques indiens réagissent souvent à l’emporte-pièce. D’un côté, il y a les discours fédérateurs du style de celui de Manmohan Singh, le Premier ministre, voici quelques années, sur le fait qu’une alliance sino-indienne permettrait aux deux pays de diriger le monde en commun et, de l’autre, les discours guerriers, pointant la Chine comme la menace principale pour la sécurité indienne et appelant à se préparer à un conflit inévitable.

La question est donc de se demander si la Chine est vraiment en train d’encercler l’Inde? La réponse est oui… et non. Oui, parce que la rivalité entre les deux mastodontes d’Asie est ancestrale et que les sujets de divergence sont très nombreux (économiques, diplomatiques, militaires, frontaliers). La Chine n’est donc pas une alliée naturelle de l’Inde et les motifs de conflits potentiels existent. Non, parce que la Chine a plutôt intérêt à avoir l’Inde de son côté, à la fois, par son poids dans la région mais aussi parce que l’Inde sert de plus en plus de caution dans le bras de fer de Pékin avec les Occidentaux comme on a pu le voir au sommet climatique de Copenhague ou dans les positions prises par le Bric qui réuni la Chine, l’Inde, le Brésil et la Russie.

Mais une deuxième question en découle. L’Inde peut-elle attendre de savoir de quel côté penchera le balancier avant qu’il ne soit trop tard si jamais il penche du mauvais côté pour elle? Cette interrogation hante manifestement les responsables politiques du pays qui sont conscients de la menace chinoise (et qui doivent l’être de plus en plus depuis que Pékin hausse le ton internationalement ces dernières semaines) mais qui ont besoin de bonnes et pacifiques relations avec la Chine pour que le développement économique de l’Inde permette à celle-ci de sortir de leur sous-développement de nombreux secteurs de la société.

On pense souvent que l’arme nucléaire que possède l’Inde est avant tout une manière de se protéger contre la menace venue du Pakistan. Mais elle est aussi une protection contre la Chine. D’ailleurs, la réaction totalement hostile du gouvernement chinois – et qui provoqua de vives tensions entre les deux pays en 2008 - lorsque New Delhi a négocié un accord nucléaire avec la communauté internationale via le Etats-Unis pour se fournir en centrales et en carburants nucléaires démontre bien que la Chine fait bien partie des menaces prioritaires de l’Inde.

Alexandre Vatimbella

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samedi 30 janvier 2010

EDITORIAL-MONDIALISATION. La Chine sera-t-elle Docteur Jekyll ou Mister Hyde ?


Comment la Chine va-t-elle gérer sa nouvelle puissance (ou sa puissance retrouvée si l’on préfère) ? De manière arrogante ou avec responsabilité ? C’est la question principale que se posent les experts du monde entier mais aussi les gouvernants. Car les signes qui sont en faveur de l’un et l’autre comportement ne manquent pas avec une tendance plus marquée vers l’arrogance. Cela n’est guère surprenant, tout régime autoritaire adoptant plus facilement une telle posture quand il possède la puissance. La Chine est gérée par un parti unique qui, comme toute organisation monopolistique, n’est guère porté vers l’ouverture et la libéralisation.

Les derniers succès économiques de la Chine ont ainsi été l’occasion d’une certaine morgue des autorités chinoises, si ce n’est d’une confiance excessive si l’on veut en parler du point de vue des possibles effets négatifs pour l’Empire du Milieu. Que l’on pense à la mascarade du sommet climatique de Copenhague où Pékin a bloqué toute décision pour lutter contre la pollution atmosphérique tout en prétendant le contraire ; à la fin de non-recevoir à réévaluer la valeur d’un yuan scandaleusement sous-estimée à dessein tout en affirmant être une économie de marché ; aux provocations politico-économiques contre des entreprises étrangères, de Danone à Google, tout en déclarant respecter la libre entreprise. Sans oublier le raidissement contre la liberté d’expression qui ne fut plus ou moins tolérée que lorsque le Parti communiste ne pouvait se permettre d’avoir une mauvaise image de marque comme pour les Jeux olympiques de Pékin de 2008. Et l’on peut y ajouter les comportements néo-colonialistes des entreprises chinoises en Afrique, les rodomontades guerrières contre l’Inde et Taïwan, l’irresponsabilité en matière de relations internationales (du refus de faire cesser le génocide au Soudan au refus de prendre des sanctions contre l’Iran). La liste est désespérément longue en faveur de Mister Hyde…

Néanmoins, Docteur Jekyll n’est pas toujours forcément absent. Dans certains domaines cela dépend de comment on voit le verre, à moitié plein ou à moitié vide. Oui, les libertés sont limitées en Chine mais cela a permis pendant trente ans de rattraper un retard économique et de faire sortir de la pauvreté des centaines de millions de Chinois et de l’extrême pauvreté quelques centaines de millions d’autres (tout en faisant faire un bon exponentiel à la corruption et à la criminalité organisée…). Oui, en matière de relations internationales, la Chine joue sa propre partition mais elle n’est pas une menace pour la paix malgré son ton agressif quand il s’agit de Taïwan qu’elle considère comme faisant partie de son territoire, tout comme le Tibet ou de certaines bandes de territoire à la frontière avec l’Inde. Oui, la Chine a grugé le monde à Copenhague mais elle met en place un programme très ambitieux en matière éolien ainsi que dans le secteur de l’énergie solaire tout en débloquant des sommes importantes pour bâtir une industrie verte performante. Oui, la Chine ne joue pas le jeu de la concurrence avec sa monnaie sous-évaluée, ses barrières contre les capitaux et les produits étrangers (sauf ceux de haute technologie dont elle a besoin stratégiquement) ainsi que ses subventions illégales à ses entreprises exportatrices mais elle a, en revanche, pris part à tous les sommets mondiaux, notamment ceux du G20, pour tenter de réguler la mondialisation afin d’éviter une catastrophe économique et financière à l’échelle de la planète.

Cela ne suffit pas à faire aujourd’hui de la Chine une puissance responsable cogérante de la mondialisation car la volonté politique, essentielle dans ce domaine, est absente. La Chine semble plutôt vouloir profiter au maximum de son statut hybride entre pays en voie de développement et grande puissance économique mondiale, entre régime autoritaire et un développement embryonnaire d’un Etat de droit pour faire valoir ses droits tout en oubliant ses devoirs. Bien sûr, Rome ne s’étant pas faite en un jour, Pékin a le droit à réclamer de l’indulgence en affirmant n’être qu’à un stade intermédiaire de sa montée en puissance. Pour autant, l’indulgence vis-à-vis d’un pays dirigé par un parti unique qui met ses opposants en prison et qui s’affranchit de plus en plus de l’opinion mondiale grâce à sa puissance économique et financière n’a jamais vraiment été, dans l’histoire, bénéfique pour la liberté et la paix.

C’est donc dans la capacité de la société civile chinoise d’imposer une libéralisation du régime que vient une partie de la solution. Celle-ci, jusqu’à présent, est presque totalement tournée vers la recherche de ce bien-être matériel après de si longues années de vache maigre et goûte cette paix civile qui a tant fait défaut à la Chine au cours de son histoire tumultueuse. Une histoire que les dirigeants du Parti communiste, aujourd’hui plus nationalistes que communistes d’ailleurs, connaissent sur le bout des doigts. Ils savent que l’unité du pays n’est jamais une donnée. Pour l’imposer, ils ont décidé de garder une main de fer sur cette société civile. Mais si le développement de la Chine a été jusqu’ici unique – un développement excessivement rapide du capitalisme sous un régime très autoritaire -, le point de convergence entre liberté économique et droits de l’homme se rapproche au fur et à mesure que cette société civile se structure et s’enrichit. Le seul danger qui menace cette rencontre est l’insupportable idée pour un parti autoritaire de perdre le pouvoir avec une préférence pour retour en arrière plutôt que pour libéraliser le pays. Cela n’éviterait pas les troubles sociaux mais permettrait sans doute de les mater plus facilement. Tour serait alors à recommencer. Mais, là aussi une leçon de l’histoire nous apprend que les régimes autoritaires préfèrent souvent survivre aux dépends de l’avenir du pays plutôt que de s’effacer pour son bien. Aux dirigeants chinois de choisir leur voie et leur place dans l’histoire. Rien pour l’instant n’est totalement donné mais les échéances se rapprochent…

Alexandre Vatimbella

dimanche 10 janvier 2010

EDITORIAL-MONDIALISATION. Le faux internationalisme de la Chine


La Chine vient de se féliciter des résultats du Sommet de Copenhague sur le climat où elle a défendu bec et ongle ses propres intérêts au nom… de tous les pays en développement! Ce n’est évidemment pas la première fois ni la dernière que le Parti communiste chinois utilise un pseudo-internationalisme – qui n’est plus celui des révolutionnaires mais des nations pauvres – pour faire avancer sa propre et unique cause.

Car la Chine, pas plus que l’Inde, le Brésil ou la Russie et pas plus que les Etats-Unis ou l’Europe, n’est une nation altruiste qui ferait passer le bien-être mondial avant celui de son peuple et préfèrerait la grandeur d’une cause humanitaire à celle de son Etat. Cela s’appelle de la realpolitik et les dirigeants de Pékin sont rompus à sa pratique et à ses arcanes depuis fort longtemps.

Evidemment, l’intérêt de la Chine peut coïncider avec celui du monde et des pays en voie développement mais cela sera, le plus souvent, fortuit et ne participera pas d’une volonté de prendre ses responsabilités de grande puissance. D’autant que ces responsabilités-là, Pékin n’en veut pas car cela impliquerait de brider son développement économique qui est désormais la seule fondation de la légitimité des communistes et de leur régime autoritaire. Car la croissance permet d’enrichir les Chinois mais aussi de développer le social et éviter les mécontentements de la population ainsi que les tendances autonomistes et séparatistes de nombreuses provinces ce qui est, a été et sera la terreur du pouvoir central.

En 2010, la Chine sera le premier exportateur mondial et peut-être la deuxième puissance économique derrière les Etats-Unis. Et comme le Japon (qu’elle va peut-être détrônée de la place de deuxième puissance économique), et comme l’Allemagne (qu’elle vient de détrôner de la place de premier exportateur mondial), la Chine refuse de prendre, pour l’instant, les responsabilités internationales qui vont avec son nouveau statut. Au vu des résultats de ses illustres prédécesseurs et au vu, a contrario, de l’échec retentissant de l’URSS, elle a quelque part bien raison!

Néanmoins, elle ne pourra et ne voudra sans doute pas se cantonner dans les seconds rôles du fait de son passé, de sa fierté et de ses intérêts géostratégiques. Cela sera alors le deuxième réveil de la Chine et il pourrait bien aussi ébouriffant que le premier…

Alexandre Vatimbella

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lundi 21 décembre 2009

EDITORIAL-MONDIALISATION. Le G2 est bien une réalité n’en déplaise aux esprits chagrins


Ce qui s’est passé à Copenhague montre bien une évidence que certains continuaient à ne pas vouloir voir: quand les Etats-Unis et la Chine ne sont pas d’accord, il ne peut y avoir d’accord mondial sur des sujets aussi importants que celui de la lutte contre le réchauffement climatique. Car, à l’opposé de ceux qui nient la relation privilégiée qui s’est établie entre les deux puissances, ce n’est pas une gouvernance mondiale cogérée que représente le G2 mais bien une confrontation entre des intérêts respectifs qui peuvent se rejoindre comme lors du G20 sur le sauvetage de l’économie mondiale tout autant que diverger comme lors de la Conférence sur les gaz à effet de serre.

Bien évidemment, les Européens enragent d’être de simples spectateurs de cette nouvelle relation entre supergrands mais ils en sont les premiers responsables en n’ayant jamais réussi à bâtir un front commun qui aurait légitimé l’Union européenne comme une puissance incontournable. Cependant, l’évidence est là et risque de devenir une constante au cours des prochaines décennies à moins de catastrophes touchant la Chine ou les Etats-Unis. Et, au lieu de vouloir contourner cette réalité comme tente de le faire désespérément la France en cherchant des alliés un peu partout dans le monde dans un effort désordonné qui n’a qu’une vague ressemblance avec la politique extérieure du Général de Gaulle, il vaut mieux l’analyser et en prendre la mesure afin de l’utiliser au mieux de ses intérêts.

Ce qu’il faut espérer, bien entendu, c’est une montée de la convergence de vues entre les Etats-Unis et la Chine. Celle-ci ne pourra se faire que par une mondialisation plus responsable à tous les niveaux et à une volonté de la Chine de prendre la voie d’un régime moins rigide et incluant de plus en plus d’éléments démocratiques qui la rendront plus responsable envers les autres nations mais aussi envers son peuple. Néanmoins il ne faut pas être, non plus, naïf. Si l’on ne veut pas que mettre en péril le fragile équilibre mondial actuel, personne n’a intérêt que la Chine devienne demain un espace déstabilisé et qu’elle cède à ses vieux démons de la désagrégation. Cyniquement, au jour d’aujourd’hui, la planète serait sans doute moins sûre avec une Chine pré-démocratique comme ce fut le cas lors de la chute de l’Union soviétique avec une Russie qui cherchait sa voie en la matière. Reste que l’immobilisme du Parti communiste chinois et parfois même quelques retours en arrière face à un développement de la société ne peuvent, également, à terme, qu’être déstabilisants et occasionner ces fameux troubles sociaux qui sont le cauchemar de ses dirigeants et qui les entraînent dans cette fuite en avant d’une croissance à tous prix dont on vient de voir un exemple à Copenhague.

De leur côté, les Etats-Unis ont raison de se tourner vers l’Asie qui redevient une région forte et de tous les dangers. Sans oublier que la Chine est le premier créancier d’une Amérique en reconstruction d’un modèle de développement mais aussi son premier fournisseur. Cela crée évidemment des liens même si ceux-ci ne sont pas toujours amicaux… Reste que Washington aurait tort d’oublier que ces meilleurs alliés se trouvent en Europe dans ces pays qui partagent ses valeurs et sa vision du monde. Car la Chine n’est certainement pas une nation belliqueuse actuellement – et elle n’en a ni l’intérêt, ni le besoin – mais elle jouera naturellement toujours sa propre partition au risque que l’orchestre du G2 sonne faux!

Ce n’est donc certainement pas un G2 de tout repos qui nous attend dans les années qui viennent. Mais les Etats-Unis et l’URSS avaient bien inventé un téléphone rouge…

Alexandre Vatimbella

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lundi 7 décembre 2009

EDITORIAL-MONDIALISATION. Copenhague: poker menteur ou vrais engagements?


Le sommet de Copenhague sur le réchauffement climatique s’ouvre aujourd’hui. Tout le monde y sera, des altermondialistes aux plus grandes puissances de la planète, pour parler pollution atmosphérique et comment lutter contre celle-ci. Dans ce cadre, tous les pays de la planète, ou presque, ont pris des engagements chiffrés pour limiter les gaz à effet de serre. C’est le cas des Etats-Unis, de l’Europe, de la Chine, du Brésil et même de l’Inde, pourtant la plus réticente, qui a été la dernière grande nation à le faire. Bien entendu, ces promesses de réduire la pollution sont loin d’être suffisantes pour les plus pessimistes qui estiment que la planète est en danger de mort. Pour d’autres, l’important est que, pour la première fois, tout le monde, sans exception, parle vraiment d’actions concrètes.

Le problème c’est de savoir si tout cela ressemble plus à du poker menteur ou à un serment du genre «si je mens je vais en enfer». Car la plupart des annonces se sont faites quasiment sous la contrainte. Ainsi, la plupart des pays ont pris des engagements chiffrés parce que le voisin, le partenaire ou le concurrent l’avait fait lui aussi. C’est un peu le cas des Etats-Unis et de la Chine, les deux principaux pollueurs de la planète, de l’Inde et même de l’Union européenne puisque les ex-pays de l’Est contestent les décisions prises par les grandes puissances du continent. La seule façon de pouvoir le savoir sera de vérifier sur le terrain si les engagements pris sont réellement tenus. Et là, ce n’est plus la même chose. Plus personne ou presque ne veut d’inspecteurs sur son territoire. C’est le cas des Etats-Unis, de la Chine et de l’Inde, notamment. Mais c’est le cas aussi de tous les pays en voie de développement qui demandent qu’on les aide financièrement à adapter leur machine productive et qui refusent que l’on contrôle où va cet argent.

Du coup, après les beaux serments main sur le cœur, on se retrouve à la table de poker. A moins que le sommet de Copenhague décide de mettre en place une organisation avec de réels pouvoirs pour contrôler les engagements pris et l’argent versé. Ce n’est évidemment pas ce qui est prévu et ce ne sera pas ce qui sera décidé. Dès lors, comme on dit, les promesses n’engagent que ceux qui y croient!

En réalité, nous nous trouvons ici devant un cas de figure emblématique où s’entrechoque le génie et la bêtise de l’humanité. La bêtise c’est que celle-ci a souvent joué le pire. La mort de civilisations comme celle de Rome ou des Incas ainsi que les deux conflits mondiaux du XX° siècle sont là pour nous le rappeler sans oublier tous les génocides à travers les siècles. Le génie c’est cette propension à aller de l’avant en trouvant des solutions, en inventant et en innovant, aux plus gros défis qui se sont présentés à elle. Ce qui se prépare dans les laboratoires de Californie, par exemple, redonne espoir en la matière. La seule question est de savoir si la mise au point de toutes ces nouvelles technologies propres ne viendra pas trop tard…


Alexandre Vatimbella

© 2009 LesNouveauxMondes.org

jeudi 26 novembre 2009

EDITORIAL-MONDIALISATION. L’axe Washington-New Delhi plutôt que Washington-Pékin?


Les récentes rencontres de novembre Barack Obama-Hu Jintao, à Pékin et Manmohan Singh-Barack Obama, à Washington, ont donné une certaine idée du type de relations que les Etats-Unis veulent initier avec les deux géants d’Asie et grandes puissances émergentes. Autant l’on a senti une certaine retenue entre le président des Etats-Unis et son homologue chinois, autant la chaleur était au rendez-vous entre le dirigeant américain et le premier ministre indien.

Est-ce à dire que les Etats-Unis vont désormais privilégier leur relation avec l’Inde au détriment de celle avec la Chine alors que tout concourrait à penser que ce serait le contraire? Il serait bien aventureux de le prétendre mais on ne peut pourtant exclure cette option diplomatique même si le développement des rapports Etats-Unis-Chine demeurera crucial pour les deux pays et le monde. Car, même s’il n’est pas question de créer un G2 indo-américain de substitution à celui sino-américain, l’Inde et les Etats-Unis partagent bien plus qu’un rapport de force économico-stratégique. Les deux grandes démocraties ont des valeurs communes et des combats communs. C’est pourquoi Barack Obama a pu dire que «l’Inde est un partenaire indispensable des Etats-Unis» et que Manmohan Singh aurait pu lui répondre exactement la même chose des Etats-Unis pour l’Inde.

D’autant que les Etats-Unis et l’Inde ont une crainte commune: la puissance économique, diplomatique et militaire chinoise. Les produits à bas prix fabriqués en Chine sont une menace pour l’emploi des Américains mais aussi des Indiens. La montée en puissance militaire de la Chine inquiète Washington mais surtout l’Inde qui voit toujours en l’armée de Pékin stationnée à ses frontières une menace potentiellement forte. Quant à la diplomatie chinoise, elle est vue comme déstabilisatrice par le gouvernement américain (Soudan, Iran, Venezuela, Birmanie, Corée du Nord) mais aussi par l’Inde (Pakistan, Bengladesh, Birmanie, Sri Lanka). Et la grande offensive de charme de Pékin en Afrique et en Amérique du Sud ne laisse pas insensibles Washington et New Delhi dont les intérêts dans ces deux régions du monde sont extrêmement forts.

Du coup l’Inde est prête à être «naturellement» une amie des Etats-Unis alors que la Chine aurait plutôt la volonté d’être un cogérant de la mondialisation avec les Américains. D’où cette rencontre si chaleureuse entre Barack Obama et Manmohan Singh.

Cet axe aurait-il cependant assez de cohésion et de puissance pour contenir la montée en puissance de la Chine et l’encadrer? C’est toute la question que les stratèges peuvent se poser et se poseront dans les années qui viennent. Sans oublier que l’Inde fait aussi partie d’un club, le Bric (Brésil, Russie, Inde, Chine), qui l’unit – de manière informelle il est vrai – à la Chine. Sans oublier que les possibles conflits d’intérêt entre les Etats-Unis et l’Inde existent également (Barack Obama n’avait-il pas fustigé fortement les délocalisations d’entreprises américaines en Inde pendant sa campagne électorale de 2008?).

Néanmoins et quoiqu’il arrive, les Etats-Unis ont intérêt dans leur bras de fer face à la Chine de compter sur l’amitié indienne. Idem pour l’Inde dans ses relations difficiles avec l’Empire du milieu. Reste que les Chinois n’ont pas dit leur dernier mot car si les relations indo-américaines devenaient trop privilégiées à leur goût, ils ne pourraient demeurer sans bouger face à ce qui deviendrait pour eux un danger certain...


Alexandre Vatimbella

© 2009 LesNouveauxMondes.org

dimanche 15 novembre 2009

EDITORIAL. Etats-Unis et Chine, un G2 aux pieds d’argile


Or donc, les Etats-Unis et la Chine seraient le nouveau couple maître du monde. Pour signifier cette position dominante, les experts ont vite inventé un nom, le G2, le groupe des deux superpuissances qui va dominer ce début de XXI° siècle. Une place que les Etats-Unis occupent maintenant depuis le début du XX° siècle et que la Chine récupère après près de deux cents ans d’absence sur le devant de la scène mondiale.

Personne ne peut nier l’importance de ces deux nations et bien fou celui qui affirmerait le contraire. Néanmoins, au-delà de la véracité ou non de l’existence d’un gouvernement mondial sino-américain au jour d’aujourd’hui, ce tandem n’est certainement pas aussi fringant que l’on veut bien le dire.

Pour les Etats-Unis, l’analyse semble être partagée par la plupart des analystes. Le pays est en proie à de très nombreuses difficultés notamment en matière économique et financière. Néanmoins, prononcer son éloge funèbre serait totalement prématuré et, surtout, méconnaître ses capacités à rebondir. Quoique l’on entende ici ou là, il demeure encore la première (et la seule) puissance globale du monde. De plus, dans les laboratoires de Californie ou du MIT à Boston se prépare déjà la nouvelle révolution technologique qui devrait avoir, entre autres, la couleur du vert, la grandeur des nanotechnologies et les connexions de la toile.

Pour la Chine, l’analyse semble être diamétralement opposée. Face à une Amérique en déclin, voici le fier et puissant Empire du Milieu qui va rétablir sa domination dans les décennies à venir grâce à cette formidable expansion économique qui lui permettra de propager sa vision du monde et sa culture à l’instar des Etats-Unis au XX° siècle. Pourtant, des voix de plus en plus nombreuses se font entendre pour dire que la Chine n’est peut-être pas ce que l’on croit. Le miracle économique a bien eu lieu mais il est assis sur une poudrière sociale, environnementale et financière. Plus grave, le plan de relance de l’économie a accentué les déséquilibres structurels de la machine productive (trop d’exportations, pas assez de consommation intérieure, construction d’infrastructures pléthorique, absence de couverture sociale adéquate, bulles financières et immobilières, corruption sur une très large échelle, etc.). Sans oublier toutes les réserves que l’on doit avoir sur les statistiques chinoises qui ont plus une fonction politique qu’économique et qui ne permettent pas d’avoir une vue aussi claire que l’on veut bien le dire de la croissance réelle du PIB. Néanmoins, les Chinois ont montré leurs capacités à initier un des plus extraordinaires développements économiques de l’histoire et ils ont sans doute celle de corriger la trajectoire qui peut les mener dans un mur. Encore faut-il qu’ils en prennent réellement conscience et qu’un Parti communiste certes pragmatique mais à l’idéologie totalitaire ait la capacité politique de le faire.

Or donc, ce nouveau couple maître du monde va peut-être dominer ce début de XXI° siècle. Mais ses fondations ressemblent plus à des pieds d’argile qu’à des blocs de béton armé enfouis profondément dans les entrailles de la terre. Et elles vont être une menace redoutable pour la stabilité de la planète. Il serait donc bien peu sage de se reposer uniquement sur des fondations aussi peu solides…


Alexandre Vatimbella

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lundi 12 octobre 2009

EDITORIAL. Le Brésil, l’Inde et la Chine ne voient par le Bric sans la Russie


Le Brésil, la Chine et l’Inde ne se posent guère la question de savoir si la Russie doit ou non faire partie du même club qu’eux malgré sa différence de croissance et son statut hybride au sein de ces pays émergents. Car le Bric sans la Russie ne serait pas le Bric. Evidemment, l’acronyme deviendrait Bic! Mais ce ne serait vraiment pas l’essentiel pour Pékin, New Delhi et Brasilia. Car la Russie est, qu’on le veuille ou non, un acteur majeur sur la scène mondiale, en tout cas nettement plus que le Brésil ou l’Inde pour l’instant. De même, pour certaines questions comme l’armement nucléaire ou les matières premières énergétiques, il compte beaucoup plus que la Chine. Du coup, du point de vue de ses partenaires au sein du Bric on voit tout ce qu’ils auraient à perdre à agir sans la Russie même si beaucoup d’experts extérieurs, eux, ne veulent pas voir le lien qui unit les quatre membres du club, lien qui tend d’ailleurs à se renforcer.

Car, l’important, n’est ce pas ce que les membres de ce club estiment avoir comme intérêts communs et synergies? D’autant que si l’on commence à se demander ce qui rapproche vraiment le Brésil, puissance régionale d’Amérique du Sud, avec l’Inde et la Chine, puissances régionales de l’Asie, ou encore ce que partagent l’Inde et la Chine, adversaires au niveau régional qui n’ont pas réglé leurs problèmes frontaliers, on se dit que le club n’en est un que pour très peu de choses, bien loin des intérêts communs qui peuvent lier d’autres organisations comme l’Union européenne, par exemple. Et pourtant, les pays du Bric parlent de plus en plus d’une même voix sur de nombreux sujets et se réunissent de plus en plus souvent à tous les niveaux, prouvant qu’ils veulent lier une partie de leurs destins sur la scène internationale même si l’on ne sait pas pour combien de temps.

Dès lors, se poser la question du Bric sans la Russie est peut-être plus incongru que de se demander ce que fait la Grande Bretagne dans l’Union européenne!


Alexandre Vatimbella

© 2009 LesNouveauxMondes.org