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mardi 8 mars 2016

Présidentielle USA 2016. Hillary Clinton, «candidate de la raison», atout ou handicap?

La célèbre émission humoristique de la télévision américaine «Saturday night live», SNL pour les intimes, diffusée sur NBC a réalisé un sketch ce samedi soir dans lequel un sosie d’Hillary Clinton déclarait aux électeurs américains que face aux populistes et extrémistes qui étaient à sa gauche (Bernie Sanders) et à sa droite (Donald Trump et Ted Cruz), ils étaient, malgré leur haine vis-à-vis d’elle, «coincés au centre» avec elle et leur souhaitait la «Bienvenue»!
Voilà peut-être la principale chance de la candidate centriste en 2016 ou, peut-être, sa principale malchance!
Car, dans une élection où domine le ressentiment vis-à-vis des élites de tous horizons et du monde politique avec des candidats qui attisent cette haine sans cesse comme on a pu le voir lors des derniers débats organisés du côté républicain et du côté démocrate, il est sûr qu’un certain nombre d’électeurs démocrates mais aussi républicains modérés choisiront de voter pour Clinton quoi qu’il arrive mais il est tout aussi sûr qu’un certain nombre de ceux-ci, radicalisés ou furieux, voteront pour Trump ou Sanders, voire Cruz.
Déjà, certains sympathisants de Donald Trump affirment qu’ils choisiront Bernie Sanders si leur favori n’est pas candidat le 8 novembre et inversement.
D’autant que, peu importe la réalité des positions et des programmes des candidats «anti-système» comme le montre un article du site internet de CNN qui organisait le 6 mars le débat Clinton-Sanders à Flint dans le Michigan, tout ce qui ne vas pas dans le sens d’un candidat bataillant contre cet hydre washingtonien dans la pureté d’un combat pour le peuple n’est pas écouté et dénié par leurs soutiens.
En l’occurrence, le journaliste rappelait à une sympathisante de Bernie Sanders sur twitter que si son favori n’avait pas voté pour autoriser George W Bush a faite la guerre en Irak en 2003, il l’avait fait en 1998 pour autoriser Bill Clinton à la faire, ce que ce dernier ne fit pas en définitive.
En rappelant uniquement ce fait, le journaliste reçu la réponse suivante: «Je ne discute pas avec les apologistes d’Hillary qui lui trouvent des excuses pour son vote et son soutien sur la guerre en Irak»…
Il faut dire que le journaliste avait aussi rappelé à sa groupie qui prétendait le contraire que le sénateur du Vermont avait voté contre le sauvetage de l’industrie automobile en 2008 mis en route par Barack Obama et qui s’est révélé un des grands succès tant économique et social de la présidence de ce dernier.
De quoi la mettre en rogne!
Cette petite passe d’arme est pourtant très représentative de l’état d’esprit des électeurs de Donald Trump et de Bernie Sanders qui peuvent dire à peu près ce qu’ils veulent sans perdre leur soutien.
Ils peuvent même se présenter comme des hommes nouveaux alors que Trump, 69 ans, écume le monde de la politique, des affaires et des médias depuis des décennies tout comme Bernie Sanders, 74 ans, qui est sénateurs des Etats-Unis depuis trente ans et dans la politique depuis toujours.
Par ailleurs, ce dernier, lors du débat de Flint, a une nouvelle fois montré son fort ancrage à gauche qui dépasse ce qu’il appelle la «social-démocratie» dont il se revendique.
En se positionnant contre le libre-échange, contre la finance, contre les élites, contre la réussite entrepreneuriale, contre le rôle des Etats-Unis en tant que première puissance mondiale avec un retour à l’isolationnisme, il est plus proche d’un Mélenchon – qui l’admire – que d’un Valls ou d’un Macron, voire même d’un Hollande.
En face se trouve une Hillary Clinton qui se pose en centriste et progressiste (n’en déplaise à Sanders, le Centrisme est un réformisme progressiste), qui veut réformer la société de manière responsable et équilibrée, en continuant l’œuvre de Barack Obama tout en permettant à chacun de pouvoir exprimer ses potentialités et donc de saisir les opportunités pour réussir son existence.
Et ces différences idéologiques, cette substance de fond – que l’on passe un peu sous silence devant les shows grotesques et grossiers des républicains et les obsessions contre les «milliardaires» de Sanders – sont également grandes entre Clinton et tous les candidats républicains aux primaires, particulièrement Donald Trump et Ted Cruz mais également Marco Rubio et même John Kasich.
Même s’il ne faut pas se tromper.
Le programme de Trump n’est pas celui de Cruz.
Le premier nommé, comme tout populiste démagogue, promet tout et n’importe quoi afin de coller à son slogan «Make America great again» (faire grande l’Amérique à nouveau), mélangeant les promesses les plus clientélistes de droite et de gauche (parfois similaires à celles de Sanders) sur la sécurité, l’emploi, les avantages sociaux, la défense nationale, etc.
Le second lui est un idéologue étriqué qui déteste le consensus et le compromis – ses années au Sénat l’ont montré de manière caricaturale – sur lesquels est fondé le système politique américain depuis l’indépendance du pays et la pratique du pouvoir du premier président, George Washington.
Ses thèses sont souvent d’extrême-droite et proches des évangéliques les plus réactionnaires en matières sociale et sociétale.
Quant à son programme économique, il est entièrement tourné vers un vrai néo-libéralisme à l’intérieur et des mesures protectionnistes en matière de commerce international.
Sans parler de ses vues politique étrangère qui s’inspirent de celles des néoconservateurs à l’initiative, par exemple, de l’intervention en Irak.
Dès lors, comme le dit le sketch de SNL, les Américains responsables et modérés, qui théoriquement et jusqu’à présent sont la majorité de l’électorat, sont réellement coincés au centre avec Hillary.
Pour de vrai.
Et il faut espérer que la raison qui les rapproche de l’ancienne secrétaire d’Etat sera un atout pour les Etats-Unis.

Alexandre Vatimbella

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samedi 5 mars 2016

Présidentielle USA 2016. Trump n’est que la résultante des outrances et dérives des républicains

Lorsque Marco Rubio affirme qu’avec Trump le parti républicain n’est plus celui de Lincoln et de Reagan, il a tort.
Cela fait longtemps que les républicains n’ont plus rien à voir avec Abraham Lincoln, une des deux grandes figures centristes du parti avec Theodore Roosevelt.
C’est tellement vrai que Barack Obama a pu s’approprier les deux hommes et se revendiquer de leur filiation sans que les républicains n’esquissent la moindre protestation ou controverse à ce propos.
Ils auraient alors certainement été accusés d’être de gauche par une grande partie de leur électorat!
Aujourd’hui, le Parti républicain est le digne fils naturel de celui mis en place dans les années 1980 par Ronald Reagan, ancien admirateur de l’extrémiste de droite Barry Goldwater, et qui trouva son positionnement radical dans les années 1990 en s’opposant de toutes ses forces à Bill Clinton, essayant même de le déchoir de sa fonction de président du pays, grâce à des hommes comme le speaker de la Chambre des représentants, Newt Gingrich.
L’idée était alors de mettre en place un conservatisme rétrograde afin d’attirer l’électorat de la soi-disant majorité silencieuse identifiée à la fin des années 1960 par Richard Nixon, celle qui s’opposait fermement à la modernité ainsi qu’aux programmes sociaux et aux droits civiques qui reconnaissaient enfin concrètement les droits égaux de la communauté noire qui avaient été la conséquence de la victoire du Nord sur le Sud lors de la Guerre de sécession (appelée fort justement Guerre civile aux Etats-Unis), victoire avant tout… du républicain Abraham Lincoln!
Il faut se rappeler avec quelle hargne les républicains d’alors (et dont faisait partie John Kasich présenté aujourd’hui comme le plus modéré des candidats à la primaire républicaine) ont attaqué Bill Clinton, essayant comme on l’a dit de le destituer mais aussi en s’opposant systématiquement à toutes ses initiatives quand ils le pouvaient et l’insultant allègrement.
C’est de cette époque que date cette idée largement répandue dans l’électorat républicain que tout élu démocrate est illégitime, ce qui a permis des attaques d’une violence inouïe contre les candidats à la présidentielle comme Al Gore ou John Kerry.
Attaques qui sont devenues encore plus violentes vis-à-vis de Barack Obama depuis 2007 mais aussi, bien entendu, Hillary Clinton.
Quand on voit Donald Trump insulter les autres candidats à la primaire républicaine ainsi que tous les républicains qui ne sont pas d’accord avec lui, sans parler de tous les démocrates sans exception et particulièrement Barack Obama (dont il conteste toujours la légitimité parce que selon lui il n’est pas Américain) ainsi qu’Hillary Clinton (dont il estime qu’elle devrait être en prison), il ne fait que reprendre les pratiques et les discours haineux et primaires des républicains depuis près de trois décennies.
De ce point de vue, il n’est que la résultante de toutes les dérives des républicains.
Le problème, pour ces derniers, n’est pas qu’il insulte, qu’il mente et qu’il soit un personnage grossier.
S’il était de cet acabit mais dirigeait ses diatribes contre les démocrates uniquement, il serait célébrer comme un «vrai» républicain comme l’est l’extrémiste droitier Ted Cruz qui agit à peu près comme lui.
Mais voilà qu’il s’en prend avec la même violence aux républicains ainsi qu’aux populations dont ils ont besoin pour pouvoir emporter la présidentielle, en particulier la population hispanique.
C’est là qu’il devient l’homme à abattre par l’establishment républicain comme on l’’a vu avec le discours du candidat républicain à la présidentielle de 2012, Mitt Romney, qui, le 3 mars dans l’Utah, a attaqué Trump tout azimut, en déclarant:
«Voici ce que je sais: Donald Trump est un imposteur, une fraude. Ses promesses sont aussi sans valeur qu'un diplôme de l'Université Trump (ndlr: fondée par Trump et qui est attaquée par certains anciens étudiants qui estiment avoir été escroqués). Il prend les Américains pour des pigeons. Il veut un tour gratuit pour la Maison Blanche mais c’est un fauteur de troubles (…) La malhonnêteté est la marque de fabrique de Donald Trump (…) (ainsi que) L'intimidation, l'avidité, la posture, la misogynie et la théâtralité absurde sortie d’une école primaire.»
Des propos qui, rappelons-le sont à l’encontre d’un homme du même parti et qui est largement en tête de sa primaire qu’il a toutes les chances de pouvoir remporter!
Bien évidemment, Donald Trump a répondu avec agressivité lors du débat entre prétendants républicains le soir même à Detroit devant les caméras de Fox news, tout en continuant les insultes et les mensonges.
Mais il n’est plus le seul.
Les deux candidats d’origines cubaines, Marco Rubio et Ted Cruz, qui veulent incarner la résistance et le recours face à Trump, ont rivalisé dans les attaques personnelles, Rubio sous-entendant que Trump avait un petit pénis parce qu’il avait des petites mains et Trump lui répondant qu’il n’avait pas de problèmes de ce côté-là…
Attaques qui ne leur posent pas autant de problèmes éthiques que cela puisqu’ils agissent ainsi depuis des années face aux démocrates en tant qu’hommes issus du mouvement du Tea party qui comparait Obama à Hilter, Staline et le joker de Batman avec les qualificatifs qui allaient de pair.
Seul John Kasich a eu un comportement digne d’un candidat à la présidence de la plus grande puissance mondiale mais il a très peu de chances de pouvoir l’emporter.
Dès lors, Donald Trump n’est sans doute par un vrai conservateur mais est certainement le produit des conservateurs qui peuplent désormais le Parti républicain qui, s’ils ne sont pas tous des populistes démagogues comme l’est le promoteur immobilier newyorkais, n’ont pas hésité à puiser allègrement dans ce registre au cours des dernières décennies – avec le soutien indéfectible de la chaîne de télévision Fox news qui, quand elle ne relaye pas complaisamment les attaques les créent –, pour s’attacher toute cette partie de l’électorat réactionnaire et intolérant, dont une grande partie pense que l’esclavage n’était pas un crime et, même pour certains, qu’il faudrait y revenir...
Alors, avant de redevenir le parti d’Abraham Lincoln, le Parti républicain a un long chemin à faire, monsieur Rubio.
Et, pour une fois, ce n’est pas de la faute de Donald Trump.

Alexandre Vatimbella

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vendredi 4 mars 2016

Présidentielle USA 2016. «Super Tuesday»: un duel Clinton-Trump se profile

Les douze Etats (côté républicain) et les onze (côté démocrate) qui ont voté ce mardi 1er mars pour les primaires de la présidentielle de novembre prochain ont accouché comme prévu de deux vainqueurs, Hillary Clinton (démocrate) et Donald Trump (républicain).
Même si leurs victoires (sept Etats sur onze pour Clinton et huit Etats sur douze pour Trump) sont impressionnantes, elles n’ont pas été aussi écrasantes que certains pouvaient le penser.
Néanmoins, ils ont tous les deux gagner les grands Etats qui étaient en jeu (sauf le Texas où, chez les républicains Cruz devance Trump dans l’Etat où il est sénateur) et ils sont, plus que jamais, les grands favoris pour s’affronter le 8 novembre.
Le bilan après le «Super Tuesday»:
- Clinton au Centre
Les victoires très larges d’Hillary Clinton dans des Etats comme la Géorgie, la Virginie et surtout le Texas, font d’elle la super-favorite du camp démocrate même si elle a perdu quatre primaires (dont celles du Minnesota et du Colorado) et qu’elle n’a pas encore, loin de là, le nombre de délégués nécessaires pour l’emporter.
Néanmoins, Bernie Sanders a montré une nouvelle fois ses limites, incapable d’une percée significative dans les électorats afro-américain et hispaniques qui sont indispensables pour prétendre être le candidat du Parti démocrate à la présidentielle.
De même, sa défaite dans le Massachussetts montre également qu’il n’est pas imbattable dans les Etats à majorité blanche et avec un nombre important d’étudiants.
Même si ses discours sont parfois plutôt au centre-gauche et qu’elle a toujours été plus à gauche que son mari et ancien président Bill Clinton, Hillary Clinton continue à appeler à l’union de tous les Américains face aux clientélismes de gauche et de droite.
Surtout, elle a commencé à se positionner face à Donald Trump en vue d’un duel qui semble de plus en plus se dessiner au fil des primaires et des sondages dans les Etats qui ne se sont pas encore prononcés.
Enfin, elle est la seule candidate centriste.
Si jamais elle était éliminée, la présidentielle opposerait un populiste de gauche et un conservateur radical ou un populiste démagogue, à moins qu’alors Michael Bloomberg ne se présente.
Concernant ce dernier, il est sûr que la bonne tenue de Clinton lors de ce «super Tuesday» ne l’incite pas à annoncer sa candidature alors qu’il doit se prononcer au début de ce mois.
- Trump le populiste qui veut se recentrer face à l’extrémiste droitier Cruz
Donald Trump a remporté huit Etats et même s’il n’a pas enfoncé ses adversaires républicains comme certains observateurs le pensaient, il est, plus que jamais, le favori pour être e candidat républicain.
Dans cette optique, il a développé un nouveau discours où il se présente comme le seul capable d’unifier non seulement le Parti républicain mais les Etats-Unis.
Il a indiqué qu’il avait le profil de rassembleur et que le pays pourrait s’en rendre compte dans les semaines à venir, une affirmation que ses discours ainsi que la résistance à l’intérieur du Parti républicain semblent contredire fortement.
Le seul qui semble capable désormais d’empêcher Donald Trump de gagner est un homme encore plus dangereux que lui, Ted Cruz, homme de la droite extrême du Parti républicain, idéologue rigide qui s’est opposé durement et systématiquement à Barack Obama et en condamnant tous les compromis et accords entre les républicains et les démocrates.
Son élection serait plus inquiétante encore que celle de Trump.
Après sa victoire dans l’Etat dont il est le sénateur, le Texas, Il tente désormais de se présenter comme le seul qui peut barrer la route à Trump en demandant aux autres candidats de se retirer.
Mais, si tel était le cas, personne ne sait exactement s’il serait capable de récupérer les voix qui se portent sur Marco Rubio, le conservateur opportuniste, et sur John Kasich, le conservateur le plus modéré du lot.
Sans doute, il aura plus de facilité à récupérer celles qui se portent sur Ben Carson, qui viennent essentiellement des évangélistes réactionnaires.
- Sondages nationaux: Sanders bat tous les républicains, Clinton uniquement Trump
Si Hillary Clinton et Bernie Sanders battraient selon les sondages actuels Donald Trump le 8 novembre prochain, Sanders est le seul à battre les deux autres candidats potentiels républicains, Ted Cruz et Marco Rubio.
Ceux-ci, en revanche, sont devant Hillary Clinton mais dans des duels très serrés qui entrent dans les marges d’erreur sondagières.
Néanmoins, il ne faut pas trop se focaliser sur ces sondages qui, à ce stade de la campagne, ne veulent pas dire grand-chose et qui ne reflètent pas, de toute façon, ce qui se passera lors de l’élection générale comme c’est le cas à chaque présidentielle.
Il faudra attendre la fin des primaires et, plus sûrement, la campagne générale pour obtenir des sondages plus fiables et encore puisque ceux-ci se contredisent souvent comme on l’a encore constaté en 2012 où, par exemple, Mitt Romney, le candidat républicain, sur la foi de sondages réalisés par certains instituts proches des républicains, était certain le soir de l’élection d’être élu alors qu’il a été largement battu par Barack Obama…
En outre, il faut rappeler que l’on peut être élu président sans avoir la majorité des voix puisque le scrutin se déroule Etat par Etat en élisant des Grands électeurs.
Même si ce cas de figure est rare, il s’est produit en 2000 lors de l’élection de George W Bush face à Al Gore.


Alexandre Vatimbella

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mercredi 2 mars 2016

Présidentielle USA 2016. La disparition des «centristes» républicains

Il fut un temps où le Parti républicain avait une aile centriste puissante, capable de rivaliser et d’affronter avec succès à la fois l’aile conservatrice et l’aile réactionnaire.
Petit à petit, sous la pression idéologique de la droite du parti ainsi que de sa nouvelle stratégie, la récupération de tous les démocrates du Sud du pays, très conservateurs, voire très réactionnaires et racistes, qui ne voulaient plus voter pour la Parti démocrate qui avait enfin fait sa mue en devenant le parti des droits civiques, le Parti républicain a définitivement viré à la droite de la Droite.
Le premier virage à droite d’après guerre, assez soft, fut celui de Nixon en 1968.
Ici, on ne parle que de ces virages qui ont connu le succès sachant que la droite républicaine tenta dès après la Deuxième guerre mondiale de solder, sans y parvenir, l’héritage de Roosevelt et que Barry Goldwater, homme d’extrême-droite, fut le candidat des républicains à la présidentielle de 1966 face à Johnson où il fut battu à plate couture.
Bien qu’il théorisa la récupération des démocrates du Sud et qu’il fut un représentant de l’aile conservatrice dure, Richard Nixon gouverna plus ou moins au centre, ne remettant pas en cause les avancées sociales et politiques issues du New deal de Franklin Roosevelt.
Le deuxième virage à droite, plus sec, fut celui de Ronald Reagan en 1980.
Bien que très conservateur et ancien soutient de Barry Goldwater, héraut des démocrates d’extrême-droite, il gouverna souvent de manière assez modérée même si la fameuse «révolution conservatrice» qu’il mit en branle tenta d’imposer aux Etats-Unis l’ultralibéralisme thatchérien alors en vogue au Royaume Uni.
Le troisième virage à droite, plus dur, survint en 1994 avec l’élection d’une majorité républicaine à la Chambre des représentants du Congrès avec l’arrivée d’idéologues très rigides et ambitieux comme Newt Gingrich, le «speaker» (président) de cette assemblée et dont le but était de consolider et d’étendre cette révolution conservatrice de l’ère Reagan.
Malgré tout, il put y avoir, parfois, une collaboration assez positive entre cette majorité très à droite et le président d’alors, Bill Clinton.
Même s’il ne faut surtout pas l’oublier, c’est de cette époque que date cette idée chez les républicains que tout président démocrate est illégitime à être au pouvoir avec cette tentative de destituer Bill Clinton grâce à la procédure de l’«Impeachment».
Le quatrième virage à droite eu lieu au cours de la présidence de George W Bush et, surtout, lors de l’élection de Barack Obama.
En 2009, lors de la prise de fonction du premier président afro-américain qui souhaitait mettre en place sa stratégie post-partisane (des majorités d’idées et de circonstances sur chaque projet qui seraient transversales aux lignes politiques traditionnelles qu’elle ringardiserait), les chefs républicains se réunirent pour décider de jouer une obstruction dure, générale et totale, qui fut résumée par le chef des républicains au Sénat, Mitch McConnell: faire d’Obama un «one-term president», un président à un mandat, c’est-à-dire d’empêcher au maximum sa réélection en 2012.
Le projet échoua mais pas l’obstruction a continué jusqu’à aujourd’hui et s’est faite d’autant plus forte que les républicains ont conquis la majorité au Sénat en 2012.
Lors de ces multiples virages à droite, les républicains ont perdu, à chaque fois, un nombre plus ou moins importants de centristes jusqu’à la situation présente où il n’y en a plus qu’une poignée, et encore, pendant que des conservateurs bien trempés tentent d’accréditer qu’ils sont le nouveau centre du parti, voire de la vie politique américaine (comme par exemple Marco Rubio actuellement).
Le grand paradoxe qui a pu faire croire que le Parti républicain possédait encore une aile centriste fut leurs quatre derniers candidats à la présidentielle, George H Bush, George W Bush, John McCain et Mitt Romney, tous des conservateurs bon teints mais ouverts à un certain consensus ainsi qu’à la possibilité de compromis et qui furent choisis pour leur «electability», leur propension à se faire élire dans un pays où l’électorat modéré a été jusqu’à présent majoritaire.
Mais ce choix d’un modéré ne sera pas celui des républicains de 2014 au vu des résultats des quatre première primaire dont la dernière, celle du Nevada, a mis en dernière position le conservateur le moins éloigné du Centre (mais néanmoins très loin de celui-ci), John Kasich, un des grands législateurs de l’ère Reagan.
Car le mach devrait se jouer entre le populiste démagogue Donald Trump (qui a remporté plus de 45% des voix au Nevada) et le conservateur sans état d’âme mais opportuniste Marco Rubio (deuxième avec plus de 22% des voix) et, peut-être, l’homme de l’extrême-droite, Ted Cruz (troisième avec un peu plus de 21% des voix).
Et si c’est Trump qui l’’emporte, comme le prédisent désormais des spécialistes, le Parti républicain qui a attisé sans cesse la haine et le ressentiment vis-à-vis du monde politique de son électorat et de ses militants ces dernières décennies ne pourra s’en prendre qu’à lui-même.
Ce serait d’ailleurs un sacré pied de nez que les républicains se voient débordés par Donald Trump dont les fondamentaux populistes sont souvent loin des positions conservatrices de l’establishment du parti.
Mais à force de jouer avec le feu, cet establishment ne pourra s’en plaindre même si cela éloigne le parti encore un plus du centre de l’échiquier politique et, peut-être, de la Maison blanche pour longtemps.
A moins que la rage des Américains, réelle en 2016, puisse vraiment renverser les montagnes en sa faveur.

Alexandre Vatimbella



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lundi 29 février 2016

Présidentielle USA 2016. Hillary Clinton: «momentum» et discours rassembleur

La primaire démocrate de Caroline du Sud qui s’est tenue le samedi 27 février a vu un raz-de-marée d’Hillary Clinton face à Berrnie Sanders.
L’ancienne secrétaire d’Etat de Barack Obama l’a emporté avec 73,5% des voix contre 26% au sénateur du Vermont.
Surtout, ce vote a montré sa capacité à mobiliser en sa faveur l’électorat afro-américain après avoir rassemblé autour d’elle la majorité de l’électorat hispanique dans le Nevada.
De plus, en Caroline du Sud, elle a réduit l’écart avec Sanders dans l’électorat blanc.
Pour les commentateurs, cette victoire nette et sans appel pourrait bien être pour Clinton ce fameux «momentum», cette dynamique, qui permet à un candidat de décoller réellement dans une élection et éventuellement de ne plus pouvoir être rejoint par ses adversaires.
Nous n’en sommes pas encore là d’autant que Bernie Sanders qui n’était même pas en Caroline du Sud lors du scrutin a non seulement indiqué qu’il continuait la course à l’investiture mais qu’il était persuadé d’en sortir vainqueur fin juillet à la Convention démocrate de Philadelphie.
Dans son discours de remerciement aux électeurs démocrates de l’Etat, Hillary Clinton a, encore une fois, parlé de rassemblement et d’unité du peuple américain, s’en voulant la leader alors que cette campagne électorale est marquée par des discours, tant du côté républicain que du côté de son opposant démocrate, Bernie Sanders, diviseurs, partisans et clientélistes.
De ce point de vue, même si ses déclarations se déportent parfois un peu vers le centre-gauche ces dernières semaines, particulièrement sur la question sociale et les inégalités de revenus, Clinton n’en garde pas moins les fondamentaux de son positionnement centriste traditionnel de ces vingt dernières années.
«Malgré ce que vous entendez, nous ne n’avons pas besoin que l'Amérique soit forte à nouveau – l'Amérique n’a jamais cessé d’être forte. Mais nous devons vraiment faire de l’Amérique un pays uni. Au lieu de construire des murs, nous devons démolir des barrières. Nous devons montrer, par tout ce que nous faisons, que nous sommes vraiment ensemble pour le faire.»
Sans oublier la référence aux opportunités pour tous.
Des propos qui rappellent une nouvelle fois qu’elle veut continuer les politiques centristes de Barack Obama:
Même si cette dernière affirmation n’est pas une surprise pour ceux qui veulent bien se souvenir que la primaire démocrate de 2008 opposant Obama à Clinton s’est déroulée au centre entre deux centristes assumés, elle lui permet de montrer qu’elle est la championne naturelle d’une majorité de l’électorat américain et même démocrate.
Ainsi, en Caroline du Sud, les désormais traditionnels sondages sur les motivations et les positionnements politiques des électeurs aux primaires réalisés par les chaînes de télévision, ont montré qu’une grosse majorité des démocrates qui se sont déplacés veulent que le prochain président des Etats-Unis continue l’œuvre d’Obama et qu’ils sont majoritairement modérés ou «liberals» modérés (centre-gauche).
Tout ceci alors qu’il ne faut pas l’oublier, Hillary Clinton est la seule centriste encore en lice tant chez les républicains que chez les démocrates pour occuper la Maison blanche en 2017.


Alexandre Vatimbella

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