Les Actualités sur Mondiaglobalisation

samedi 14 août 2021

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Nous ne sommes pas allés en Afghanistan pour y apporter la démocratie mais pour la punir de l’avoir attaquée!

On peut réécrire l’Histoire comme on veut mais cela ne veut pas dire que l’on ait raison!

Ces derniers jours, une indignation monte selon laquelle nous laissons tomber du jour au lendemain les Afghans qui vont perdre la démocratie et retrouver le régime terroriste et inhumain des Talibans.

Nous pouvons, oui, être tristes pour ce peuple qui risque de revivre dans l’obscurantisme et la violence.

Mais il faut être honnête.

Nous sommes allés en Afghanistan il y a vingt ans, après les attentats du 11 septembre 2011 perpétrés aux Etats-Unis par Al Qaida dont les bases logistique se trouvaient dans le pays et après que les dirigeants talibans aient refusé de livrer Ben Laden à Washington malgré les mensonges qu’ils ont développés par la suite.

Dès lors, une coalition internationale s’est formée, dirigée par le pays agressé, pour punir l’Afghanistan et chasser les terroristes de Kaboul, ce qui fut fait.

Mais, jamais dans le projet de représailles il a été question d’apporter la démocratie aux Afghans, nous y sommes allés pour les punir de l’avoir attaquée, ce qui n’est pas exactement la même chose!

Puis, nous nous sommes rendu compte que ce pays était un patchwork ingouvernable d’ethnies, de tribus, de chefs de milices locales qui vivaient essentiellement de trafics dont celui de l’opium.

Si nous étions repartis, une guerre civile aurait eu lieu avec la possibilité que les Talibans reprennent immédiatement le pouvoir et réinvitent Ben Laden.

Donc nous avons décide de rester le temps d’aider les adversaires de ces terroristes à former un Etats assez solide pour les empêcher de remettre la main sur le pays.

Personne ne pensait que cela prendrait vingt ans et qu’au bout de ces vingt ans, dès le départ des troupes occidentales, le pouvoir en place s’effondrerait aussi vite!

Parce que ce qui se passe est d’abord un fiasco des Afghans.

Mais s’il s’effondre c’est aussi parce qu’il a aussi peu de soutien dans la population que les Talibans.

Les deux côtés sont tous corrompus, violents et n’ont aucun intérêt que l’Afghanistan devienne une démocratie.

Il n’y a plus de Commandant Massoud pour guider le pays.

Alors, devions-nous rester trente, quarante, cinquante ans, un siècle, pour toujours dans ce bourbier où les Britanniques s’enlisèrent au 19e siècle puis les Russes au 20?

Et si les Etats-Unis avaient décidé d’en faire le 53e Etat de l’Union dans les faits, n’aurait-on pas parlé de colonialisme, d’impérialisme, de négation des peuples à disposer d’eux-mêmes?

Il fallait donc partir un jour.

Le problème est qu’il n’y avait aucune date de convenable tant le régime en place à Kaboul était incompétent et que rien ne laisser penser que dans cent ou deux ans ce serait différent!

Oui, il va y avoir des dommages collatéraux mais ce ne sera pas de la responsabilité de l’Occident mais de cette incapacité des Afghans à bâtir une nation digne de ce nom.

Imaginons un instant que Joe Biden ait déclaré que les Etats-Unis allaient encore rester pour une période indéterminée en Afghanistan, sans nul doute il aurait été critiqué dans son pays par ceux qui s’émeuvent actuellement de sa décision de rapatrier les troupes américaines, sans parler des attaques dont il aurait fait l’objet dans le monde entier.

Quand le centriste affirme que ces aux Afghans de lutter pour leur pays et leur démocratie il a raison.

Ils ont eu vingt ans pour le faire sans aucun résultat tangible.

C’est ça la réalité dont beaucoup vont souffrir dans les semaines et les mois à venir, les femmes, les enfants, les minorités ethniques et sexuelles, les fonctionnaires du régime actuel, tous ceux qui ont été les victimes des Talibans il y a vingt ans.

Quant au retour des terroristes, il est possible mais la guerre d’il y a vingt ans ainsi que celle menée contre Daesh dernièrement montre qu’en se donnant les moyens, la communauté internationale peut les contenir et les vaincre.

Les Talibans sont prévenus et ils le savent.

Reste le problème des commanditaires de ces terroristes, le Pakistan.

Si l’Afghanistan est à feu à et à sang c’est de la responsabilité du gouvernement pakistanais, de son armée et de ses services secrets.

Sans l’aide d’Islamabad, les Talibans n’auraient aucune chance de revenir au pouvoir.

On attend donc, sans trop d’espoir, de voir quelles sanctions la communauté internationale va prendre à l’encontre du Pakistan.

Sans doute aucune…

 

vendredi 13 août 2021

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. L’Humanité est-elle capable d’empêcher une catastrophe attendue dont elle est la cause?

«Nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre deux ans, cinq ans, dix ans. Nous nous rapprochons dangereusement du moment où ce sera trop tard

Que cette mise en garde du président de la Cop 26, Alok Sharma, alors qu’est publié le nouveau rapport sur le réchauffement climatique du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) soit plus alarmiste ou non que la réalité qui menace l’Humanité et les autres êtres vivants sur la planète, la problématique qu’elle pose est, elle, redoutable et anxiogène.

On peut l’énoncer par cette simple question: est-ce que l’Humanité a jamais été capable de se mobiliser afin d’empêcher la survenance d’une catastrophe programmée qui émane de sa propre responsabilité?

Que l’on recense toutes celles qui se sont déroulées, notamment les guerres mondiales, la réponse est crûment négative.

Le réchauffement climatique en est même une autre preuve parce que depuis que les scientifiques se sont accordés sur ses conséquences dramatiques, tous les efforts entrepris – et il y en a eu – n’ont pas changé grande chose puisque, dans le même temps, nos comportements n’ont cessé de dégrader la situation.

On peut trouver des raisons tout à fait légitimes pour expliquer pourquoi, devant cette apocalypse annoncée, nous continuons à marcher à sa rencontre.

Comment, en effet, demander à un habitant du Bengladesh ou d’Haïti vivant dans la plus grande pauvreté de ne pas polluer alors même que pour uniquement survivre il ne peut faire autrement ou, en tout cas, ne pas en faire sa préoccupation?

Comment demander à des pays comme la Chine ou l’Inde de renoncer à se développer économiquement afin de rattraper leur retard vis-à-vis des pays les plus développés?

Quant à ces derniers, comment convaincre ses habitants, en particulier les plus précaires, qu’il faut renoncer à espérer, non seulement une évolution dans leurs conditions d’existence, mais même à garder celles qu’ils ont actuellement et que des générations avant eux ont travaillé dur pour que nous arrivions à une certaine qualité de vie?

Et puis, il y a d’autres raisons, moins compréhensibles, comme cette montée, inexorable pour l’instant, d’un individu, instrumentalisant, à la fois, la liberté et l’individualisme, pour réclamer une autonomie et une sur-égalité pour sa personne, lui permettant d’agir de manière irresponsable, égoïste, égocentrique et consumériste – ce qui est le cas en matière environnementale le plus souvent – dans un comportement d’un assisté constamment insatisfait, créant ainsi un cadre libertario-hédoniste alors qu’émerge une inquiétante médiacratie médiocratique démagogique populiste consumériste dans les démocratie républicaines et que parviennent au pouvoir ou à ses portes des personnages comme Donald Trump, Boris Johnson ou Marine Le Pen, ce qui empêche toute action forte et efficace face à des enjeux comme le réchauffement climatique, la jacquerie des Gilets jaune en France l’a amplement démontré.

Précisions que les autocraties et dictatures avec des dirigeants comme Vladimir Poutine ou Xi Jinping ne font évidemment pas mieux et souvent pire.

D’autant que pendant longtemps les conséquences du réchauffement climatique sur leur quotidien n’ont pas été visibles, que des controverses sur sa véracité ont opposé les scientifiques entre eux et que nous voulons croire mordicus que notre technologie nous sortira du précipice sans grand dommage comme si nous étions Dieu.

Sans oublier qu’il y aura ceux qui seront capables de s’en sortir et que, bien entendu, la plupart des humains pensent qu’ils feront partie des rescapés…

Cependant, même si toute l’Humanité avait été consciente de ce qui est en train de se passer, aurait-elle agi autrement que ce qu’elle a fait, c’est-à-dire en prenant des demi-mesures à la marge même si celles-ci ont le mérite d’exister?

On peut malheureusement en douter.

Pour autant, un événement tragique qui se déroule en ce moment sous nos yeux peut apporter une certaine espérance dans notre capacité à prendre la dimension du défi que pose le réchauffement climatique.

Je parle évidemment de la pandémie de la covid19 qui a obligé l’Humanité – qui est peut-être responsable de sa survenance – à agir dans l’urgence.

Bien entendu tout n’a pas été parfait, loin de là, dans les réponses apportées, dans les coordinations entre les Etats, dans les réactions d’une partie de la population.

Néanmoins, nonobstant les «anti-tout», les «je sais mieux que tout le monde» et les «suivez moi je vais vous montrer la lumière», ces intrigants qui espèrent tirer profit du désarroi de la population, la mobilisation a permis de prendre des mesures de prévention et de trouver des réponses dans un laps de temps très court avec les vaccins (et une recherche médicale toujours en cours pour trouver des médicaments efficaces et des vaccins encore plus efficients).

Evidemment, les ravages de la covid19 sont bien visibles et peuvent être comptabilisés sans aucune controverse, ce qui n’est pas le cas de ces statistiques sur les millions de morts de la pollution qui demeurent virtuels d’autant plus que l’augmentation continue de la population et de son espérance de vie semblent les contredire.

D’où cette prise de conscience qu’il fallait agir au plus vite pour éviter un cataclysme (rappelons que les mutations possibles du virus ne nous mettent pas encore à l’abri de celui-ci, n’en déplaise à tous les manifestants contre la «dictature sanitaire»…).

Nous ne sommes pas dans la même configuration pour le réchauffement climatique et l’on peut le regretter parce que, lorsque l’urgence absolue sera là, c’est-à-dire lorsque des quantités de gens mourront devant nos yeux de ses effets, comme pour cette pandémie, il sera trop tard.

Dès lors, pour qu’une fois l’Humanité ne passe à côté de ses responsabilités pour sa propre survie – rappelons que ce n’est pas l’existence de la Terre qui est en jeu mais celle des êtres vivants – l’exemple de la réponse à la covid19 peut et doit nous fournir deux enseignements forts.

Le premier est qu’une mobilisation mondiale contre une catastrophe est donc possible malgré tout même si elle est imparfaite.

Le deuxième est qu’agir en commun donne des résultats et permet de s’attaquer à conjoncture particulièrement critique.

Reste que pour ce qui est du réchauffement climatique nous ne pouvons attendre la phase paroxystique pour agir.

Parce qu’en ce qui concerne la covid19, personne ne pouvait prévoir l’apparition du virus et aucune mise en garde particulière face à une réalité existante – à part le fait que de funestes apprentis-sorciers travaillant pour des laboratoires étatiques manipulent des substances hautement létales –, ne pouvait être lancée avant son apparition en Chine.

Tout autre est le réchauffement climatique dont on parle depuis bien longtemps et dont le premier rapport du GIEC à son sujet date de 1990, ce qui ne nous pas empêché depuis de rejeter encore plus de dioxyde de carbone dans l’atmosphère.

Nous n’avons donc plus aucune excuse pour refuser de prendre les décisions – parfois très difficiles et très douloureuses – parce que nous sommes capables de nous mobiliser et qu’en plus, comme le montre la crise de la covid19, nous savons.

Ceux qui vouent un culte à des personnages comme Donald Trump qui niait ce réchauffement ou qui se sont faits un plaisir de relayer et soutenir les Gilets jaunes qui ne sont descendus dans la rue, au départ, que pour être contre des mesures environnementales contre ce même réchauffement, fassent leur examen de conscience et, à défaut de rejoindre ceux qui veulent agir pour sauver l’Humanité, aient au moins la décence se taisent une bonne fois pour toute.

Il en va de la survie de l’Humanité, celle d’aujourd’hui, de demain et des après-demain.

 

 

mardi 15 juin 2021

Etats-Unis – Obama inquiet pour l’avenir de la démocratie

Barack Obama a déclaré dans une interview à CNN qu’il était préoccupé par l’avenir de la démocratie expliquant que celle-ci «exige que chacun d'entre nous comprenne que celle-ci n'est pas automatique» mais demande qu’on la protège.

Il a ajouté qu’il espérait «que le vent va tourner».

L’ancien président des Etats-Unis a par ailleurs affirmé que les Américains doivent «s’inquiéter lorsque l'un de nos principaux partis politiques [Parti républicain] en vient à adopter une façon de penser notre démocratie qui est méconnaissable avec ce qu’il disait il y a cinq ans ou dix ans et qui aurait été alors considéré comme inacceptable».

Selon le centriste des «esprits sombres» ont pris le contrôle du Parti républicain.

En cela, l’insurrection du 6 janvier dernier lorsque des émeutiers ont tenté de prendre le contrôle du Capitole, siège du pouvoir législatif, est emblématique pour l’ancien président des Etats-Unis.

Mais si cette foule a accompli cet acte intolérable «la raison en est que la base des républicains y croyait et la base y croyait parce que cela leur avait été dit non seulement par le président, mais par les médias qu'ils regardaient»

Pour lui, les causes des profondes divisions des Américains viennent de ce «nous vivons dans des mondes différents et qu’il devient de plus en plus difficile pour nous de nous entendre, de nous voir».

«Nous avons plus de stratification et de ségrégation économiques, analyse-t-il. Vous combinez cela avec la stratification raciale et le cloisonnement des médias, donc vous n'avez pas seulement un Walter Cronkite [légende des journaux télévisés des années 1960-1970] qui livre les nouvelles à toute l’Amérique, mais vous avez 1000 lieux différents qui le font dorénavant. Tout cela a contribué à ce sentiment que nous n'avons rien en commun.»

Il faut donc recréer du lien et la solution d’Obama, consiste à multiplier les réunions en face à face où les gens entendent les luttes et les histoires des autres.

Le problème est «de savoir comment créer ces lieux, ces lieux de rencontre pour que les gens puissent le faire parce qu'en ce moment, nous ne les avons pas et nous en voyons les conséquences».

Celui qui a été le premier président noir estime que le problème du racisme n’est, non seulement, pas toujours réglé mais «qu'il existe certains médias de droite, par exemple, qui monétisent et capitalisent pour attiser la peur et le ressentiment d'une population blanche qui assiste à un changement en Amérique» qui devient un pays métissé où les blancs sont de moins en moins majoritaires.

Et de préciser qu'il reste « difficile pour la majorité des Américains blancs de reconnaître que vous pouvez être fiers de ce pays et de ses traditions et de son histoire et de nos ancêtres et que, pourtant, il est également vrai qu’il s'est passé des choses et que les vestiges de cela persistent et continuent».

 

 

dimanche 13 juin 2021

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. L’alliance, l’impératif existentiel des démocraties du 21e siècle

Enfin!

Les leaders du monde libre semblent enfin avoir compris que la démocratie républicaine libérale est menacée de mort si elle ne réagit pas.

Et qu’une des mesures les plus urgentes et les plus fortes est une alliance pour empêcher ses ennemis intérieurs et extérieurs de l’abattre.

Plus on en apprend de la présidence de Donald Trump, plus on se rend compte de la détermination des ennemis de la liberté à pervertir les règles, les principes et les valeurs démocratiques pour miner le système de l’intérieur, le pourrir jusqu’à ce qu’il disparaisse.

Faire écouter ses opposants et les journalistes, non, ce n’est pas dans la Russie de Poutine mais bien dans les Etats-Unis de Trump que cela s’est produit!

C’est dire la déliquescence qui a déjà commencé dans la plus vieille et la plus grande démocratie du monde.

Mais si l’escroc démagogue populiste et admirateur de tous les autocrates et dictateurs de la planète est l’élément le plus visible de cet effondrement démocratique, il est loin d’être le seul.

Il est frappant et consternant de voir ainsi ceux qui prétendent défendre cette démocratie républicaine libérale, l’attaquer sans cesse par le biais de véritables croisades contre leurs opposants politiques.

Il n’est pas besoin de prendre la rhétorique trumpienne, on a celle des partis et des médias «traditionnels» pour cela désormais.

Comment alors s’en prendre à tous les factieux, à tous les propagateurs de fake news, de vérités et de faits alternatifs, d’élucubationistes (complotistes), tous ceux qui veulent la peau de la démocratie, alors même que ceux qui affirment les combattre utilisent les mêmes armes contre les gens qui ne sont pas du même avis qu’eux?!

Ainsi des pourfendeurs des réseaux sociaux et des chaines, non pas d’information, mais de propagande en continue comme Fox news ou Cnews, qui propagent les mêmes attaques mensongères d’une manière aussi virulente en se parant d’une respectabilité qu’ils ont jeté depuis longtemps dans leur broyeur d’ordures.

Et, par un tour de passe-passe indigne, quand les victimes de leurs attaques qui ne sont souvent que des dénigrements sans preuve, des allusions détestables voire des diffamations ignominieuses leur répondent, ils jouent les vierges effarouchées et les indignés à qui l’on va supprimer la liberté d’expression…

Tout cela est consternant.

Mais tout cela est de plus en plus terrifiant.

Parce que si la démocratie va mal, ce n’est pas simplement parce qu’une minorité d’excités dangereux menés par des «esprits sombres», pour employer les mots de Barack Obama, tentent de la détruire mais bien parce qu’une majorité ne la défend pas ou peu.

Oui, la responsabilité est collective et l’opprobre le sera également si nos démocraties républicaines libérales disparaissent.

Défendre la liberté, l’égalité, la fraternité et le respect de l’autre est un devoir citoyen.

Pour cela, c’est bien d’une association, plus, d’une communion entre tous les démocrates dont nous avons besoin, maintenant.

Et la proposition de Joe Bien, le président des Etats-Unis – et ce n’est pas étonnant que ce soit un centriste qui la fasse –, d’une alliance des démocraties est bien un impératif existentiel en ce 21e siècle où la liberté semble si fragile alors qu’on la croyait victorieuse par KO définitif il n’y a pas si longtemps quand les murs s’effondraient dans l’espoir d’un universalisme harmonieux et joyeux…

Alexandre Vatimbella

 

vendredi 4 juin 2021

Etats-Unis – Réconcilier autour de l’idée Amérique, obsession de Biden mais pas à n’importe quel prix

Depuis son élection et même pendant sa campagne électorale, Joe Biden a une obsession, réconcilier ses compatriotes autour de l’idée Amérique, en les unissant autour des valeurs qui ont fondé la nation étasunienne tout en faisant renaître concrètement la version du rêve américain porté par les démocrates.

Voici, par exemple, ce qu’il a déclaré le 30 mai dernier lors de la journée su souvenir aux soldats américains qui sont tombés pour la patrie:
L'Amérique est unique. C'est une idée. Contrairement à tout autre pays dans le monde, elle est formée sur la base d'une idée. Presque tous les autres pays sont basés sur une croyance, une religion, une géographie, une ethnie, mais pas nous. Nous sommes basés sur une idée: que nous tenons ces vérités pour évidentes que tous les hommes et toutes les femmes sont créés égaux. Nous sommes uniques au monde.
J'ai eu une longue conversation - pendant deux heures - récemment avec le président Xi, lui indiquant clairement que nous ne pouvions rien faire d'autre que défendre les droits de l'homme dans le monde parce que c'est ce que nous sommes. Je rencontrerai le président Poutine dans quelques semaines à Genève, en précisant que nous ne le ferons pas – nous ne resterons pas les bras croisés et le laisserons abuser de ces droits.
Mes amis, nous sommes uniques dans toute l'histoire. Nous le sommes vraiment. Mais ces noms qui sont sur ce mur, et tous les autres murs et pierres tombales en Amérique des anciens combattants, sont la raison pour laquelle nous pouvons nous tenir ici. Nous ne pouvons pas nous leurrer là-dessus. Et donc j'espère - j'espère que la nation se rassemble. Nous ne sommes ni démocrates ni républicains aujourd'hui. Nous sommes américains. Nous sommes des Américains qui ont donné leur vie. Et il est temps de rappeler à tout le monde qui nous sommes.»

Et, le 28 avril, dans une envolés lyrique, il avait déclaré devant le Congrès:
«Nous sommes les États-Unis d'Amérique. Il n'y a pas une seule chose, rien, rien au-delà de nos capacités. Nous pouvons faire tout ce que nous voulons si nous le faisons ensemble. Alors commençons à nous réunir.

Chacune de ses interventions, chacun des ses actes et de ses décisions peuvent s’analyser sur cette volonté réconciliatrice parce qu’il sait que le pays est divisé comme jamais depuis la présidence de Donald Trump mais, en réalité, depuis plus longtemps encore par la volonté de la droite radicale des républicains d’utiliser la colère et la haine pour se bâtir un socle électoral solide, ce qui semble malheureusement le cas aujourd’hui même si celui-ci est encore loin d’être majoritaire dans le pays.

La dernière présidentielle a envoyé un message paradoxal en la matière.

Jamais autant de gens ont voté, jamais un candidat n’a eu autant de voix (Joe Biden) et ce dernier l’a emporté avec 7 millions de voix de plus, un écart très conséquent.

Mais, de son côté, Donald Trump est le candidat républicain qui a obtenu le plus de voix à une présidentielle malgré ses quatre années plus que controversées passées à la Maison blanche.

Surtout, la base électorale des républicains ne s’est pas évanouie avec sa défaite, bien au contraire, ce qui fait qu’il y a des millions d’Américains qui, aujourd’hui, sont nourris à la désinformation, au fake news, aux «faits alternatifs» qui alimentent leurs angoisses donc leurs colères, donc leurs haines qui peuvent se concrétiser par des actes de violences et de sédition pour abattre l’idée Amérique comme l’a prouvé la tentative de coup d’Etat de janvier dernier où les fanatiques de Trump ont tenté de prendre d’assaut la Capitole et de tuer les opposants – démocrates et républicains – de leur héraut.

La situation est donc stabilisée d’un côté avec le retour d’une certaine normalité pré-Trump – qui n’était déjà pas sans danger pour la démocratie – et, de l’autre côté, continue une fuite en avant séditieuse d’une partie de la population dont on ne sait pas jusqu’où elle peut aller.

Exemple parmi tant d’autres, l’ancien conseiller à la sécurité de Trump, le général Flynn, condamné par la justice à de la prison pour ses liens avec Moscou et ses mensonges faits au FBI, a pris la parole dernièrement devant des excités pour demander à l’armée américaine d’intervenir de la même manière que l’a fait celle de Birmanie il y a quelques semaines pour réinstaurer une dictature!

Et il se dit que Trump est toujours persuadé qu’il a gagné les élections et qu’il attend d’être réinstallé à la Maison blanche en août après qu’une entreprise véreuse payée par ses partisans ait prouvé sans aucun moyen scientifique autre que détecter du bambou sur les bulletins de vote pour prouver l’interférence de la Chine dans le scrutin de novembre 2020 (sic), prouve qu’elles ont été truquées dans l’Arizona alors même que plusieurs décomptes ont déjà eu lieu qui n’ont montré aucune fraude, décomptes réalisés… par les autorités républicaines de l’Etat!

En outre, n’ayant rien appris ou peut-être, à l’inverse, beaucoup trop appris de la fragilité de la démocratie suite à la présidence de Trump et à la tentative de coup d’Etat, les leaders républicains ont recommencé leurs obstructions et leurs attaques contre un pouvoir dont la plupart estime qu’il est illégitime simplement parce qu’il est du bord opposé au leur.

Heureusement, il y a, en face, une majorité d’Américains qui se dresse face à cette entreprise qui veut faire des Etats-Unis une autocratie style poutinienne, voire une dictature à la Xi Jinping.

Mais il faut, autant que faire se peu, continuer à souder cette majorité autour des valeurs américaines tout en essayant de récupérer ceux qui se sont laissés manipuler et en luttant fermement contre les autres.

C’est le projet politique de Biden

D’où cette obstination à mettre en place des plans économiques et sociaux qui bénéficient à l’énorme majorité des Américains (plan de relance, plan pour l’emploi, plan pour les infrastructures) et à parler à tous sans exception.

Comme il l’a expliqué, «Le moment est venu de bâtir une économie qui fonctionne pour tout le monde - pas seulement pour les sociétés très riches et géantes».

Et de reprendre le créneau démocrate du rêve américain dans ce domaine:
«Il est temps de bâtir une économie qui garantit la dignité et donne à chacun une chance.»

Néanmoins, et c’est important, le président ne veut pas d’un statu quo et souhaite faire face à nombre de défis gigantesques qui sont devant lui.

C’est le cas avec les problèmes «raciaux» (c’est comme cela qu’ils sont appelés aux Etats-Unis), avec ceux de la grande pauvreté où nombre d’enfants ne mangent pas à leur faim, avec ceux sur les morts par armes à feu, à ceux sur les soins de santé abordables dont ne bénéficient pas encore une grande partie de la population, etc.

C’est le cas évidemment avec les attaques contre la démocratie, notamment les velléités des républicains d’empêcher le droit de vote des minorités, mais pas seulement, pour limiter le nombre d’électeurs démocrates ou les attaques contre des droits comme ceux des femmes.

Sans oublier le racisme.

La tâche de Joe Biden est immense mais, à l’inverse de ce que croyaient bon nombre d’observateurs de la vie politique américaine, malgré son âge, malgré sa volonté de consensus bipartisan, il semble être la personne à la bonne place au bon moment et, ce, justement à cause de son âge et de sa vision bipartisane.

C’est en ce sens que l’on peut comprendre ses propos:

«Nous sommes toujours en train de creuser notre chemin pour sortir d'un trou très profond. Personne ne devrait sous-estimer à quel point cette bataille est difficile. Nous avons encore du travail à faire ici à Washington. Le peuple américain compte sur nous.»

Alexandre Vatimbella