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lundi 20 juin 2016

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Le Brexit ou la guerre de sécession européenne

Comme les Etats-Unis d’Amérique, l’Union européenne est d’abord une idée.
Et même si Abraham Lincoln s’est battu pour garder son pays uni et contre l’esclavage, il s’est d’abord battu, comme il l’a dit avec tant de profondeur dans son fameux discours sur le champ de bataille ensanglanté de Gettysburg, pour que vivent l’idée de démocratie républicaine, celle d’un peuple libre, et celle d’«un gouvernement du peuple pour le peuple par le peuple», selon sa fameuse formule.
Car la construction américaine était alors unique dans le monde, ainsi que l’est aujourd’hui la construction européenne.
Tout comme le pose le Brexit pour l’idée européenne, la Guerre de sécession posait la question de la pertinence de l’idée américaine.
De même, une des grandes différences entre Hillary Clinton et Donald Trump pour la présidentielle américaine du 8 novembre est la bataille entre l’idée des Etats-Unis d’Amérique défendue par la centriste et la vision d’un pays fermé sur une interprétation étriquée de l’idée de nation qui fut récupérée au XIX° et au XX° siècles par l’extrême-droite pour exclure et désigner l’autre, celui qui est différent, comme l’ennemi à abattre.
C’est ce qui se passe avec le Brexit et les diatribes des antieuropéens britanniques, il suffit d’écouter le démagogue Boris Johnson, l’ancien maire de Londres, et encore il est un des plus modérés de son camp!
Et il n’est pas étonnant que l’idée des Etats-Unis d’Europe soit avant tout défendue par le Centre comme l’est l’idée des Etats-Unis d’Amérique.
Abraham Lincoln était un centriste, Robert Schuman aussi.
Ce n’est pas un hasard, non plus, que le président des Etats-Unis, Barack Obama, un centriste, est venu dire aux Britanniques qu’il fallait qu’ils votent pour le maintien de leur pays dans l’Europe.
Bien entendu, l’idée doit se concrétiser et les dysfonctionnements de l’Union européenne sont du pain béni pour tous ses adversaires.
Idem aux Etats-Unis où Trump fustige les ratés d’une société ouverte.
Mais l’idée demeure tant ici qu’outre-Atlantique.
D’ailleurs, c’est la raison pour laquelle les défenseurs de l’Union européenne et d’une intégration plus poussée qui doit conduire vers une fédération sur le modèle des Etats-Unis d’Amérique (avec, évidemment, des spécificités différentes), sont partagés sur la sortie du Royaume Uni.
Car si ce dernier demeure dans l’Union européenne, toute avancée majeure sera sans doute bloquée pour longtemps.
En revanche, s’il sort, le risque d’implosion existe.
Vaut-il mieux alors une Europe rachitique et sans espoir ou une implosion qui oblige à (re)construire un vrai projet d’union et de fédération?
La réponse est loin d’être évidente, tant l’implosion pourrait signifier que chacun s’en aille de son côté et non une prise de conscience de revitaliser, régénérer et redynamiser l’idée européenne.
C’est aussi en cela que le Brexit ressemble à la Guerre de sécession.
Si le Sud était sorti de l’Union, rien ne permettait de penser que les Etats-Unis d’Amérique auraient pu continuer à exister, même avec les 23 Etats qui formaient le Nord car chacun aurait pu, pour n’importe quel motif, s’en aller lui aussi, délitant petit à petit cette union jusqu’à sa disparition.
Et rien ne permet de penser que si le Royaume Uni quitte l’Union européenne, celle-ci saisira l’opportunité du départ de l’«ennemi intérieur» pour se réinventer, pire pour se rassembler pour ne pas sombrer dans un délitement progressif et le départ d’autres pays.
Néanmoins, une chose est sûre: quoi qu’il arrive le 23 juin, jour du vote des Britanniques, l’idée européenne se sera encore affaiblie.
Mais c’est également ce 23 juin que doit absolument commencer, quoi qu’il arrive, une reconstruction de cette idée.
C’était la volonté d’Abraham Lincoln une fois la victoire acquise mais son assassinat l’empêcha de le faire.
Heureusement, cahin-caha, les Etats-Unis d’Amérique purent aller de l’avant même si la plaie de la Guerre de sécession qui s’est terminée il y a 150 ans n’est toujours pas complètement refermée.
Le problème est que l’Union européenne manque cruellement à l’heure actuelle d’hommes et de femmes de la stature d’un Lincoln…
Enfin, pour tous ceux qui trouveraient choquant le parallèle entre le Brexit et la Guerre de sécession qui mit les Etats-Unis d’Amérique à feu et à sang et provoqua la mort de plus de 620.000 soldats, qu’ils n’oublient pas la mort de la députée britannique Jo Cox, assassinée uniquement parce qu’elle défendait l’idée de l’Europe unie.
Une mort ne se compare pas, évidemment, à des centaines de milliers mais elle est toujours de trop.


Alexandre Vatimbella
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