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jeudi 27 août 2015

Le Focus. Mondialisation – Va-t-on vers une crise économique?

Les indicateurs économiques de la Chine continuent à se détériorer et certains symptômes du château de cartes mondial tant redoutés commencent à se manifester.
Ainsi des chutes des bourses de New York à Paris dans le sillage de cette de Shanghaï mais si celles-ci semblent maîtriser pour l’instant.
La question est évidemment de savoir si la Chine tient à bout de bras la croissance mondiale et si le ralentissement, voire plus, de son activité économique peut être contourné ou atténué.
Les économistes, on s’en serait douté, ne sont pas d’accord entre eux.
Néanmoins, aucun d’entre eux ne parle d’absence d’effets négatifs sur la mondialisation.
En revanche, certains estiment que les problèmes chinois auront peu de répercussions sur les économies des pays avancés alors que celles des pays émergents ainsi que des pays exportateurs de matières premières vont souffrir fortement.
D’autres, au contraire, prédisent une nouvelle crise économique qui pourrait être, selon les plus pessimistes, encore plus terrible que la Grande récession de 2008.
Pour les optimistes, les problèmes des bourses chinoises viennent avant tout de la spéculation des petits porteurs et rappellent que les indices avaient doublés en un an, donc que l’on assiste à un ajustement nécessaire et bienvenu.
Quant à la baisse de la croissance, elle est dans l’ordre des choses puisque la Chine passe d’une économie avec une main d’œuvre à bas coût tournée vers l’exportation à celle où une classe moyenne va plutôt tirer vers le haut les importations.
Les pessimistes, eux, pointent l’incapacité du pouvoir communiste chinois à contrôler une situation où l’intervention de la puissance publique par le biais de dépenses d’infrastructures, de baisses des taux d’intérêt ou du taux de change de la devise nationale, le yuan, de subventions déguisées aux entreprises d’Etat exportatrices (qui, en retour, embauchaient à tour de bras pour ne pas faire monter le taux de chômage), etc. ne parvient plus à redresser la barre.
D’autant que les problèmes structurels de la Chine sont énormes (endettement massif, secteur financier sinistré, immobilier en berne, incapacité à créer suffisamment d’innovation et à restructurer une économie chinoise tournée vers l’exportation de produits de basse qualité à une économie tournée vers son marché intérieur et produisant des biens à haute valeur ajoutée, etc.).
Qui a raison? On le saura bien assez tôt.
Mais, à beaucoup de ces experts, il convient de rappeler que la rigueur est de mise généralement quand on veut analyser et commenter la situation économique d’un pays.
Aujourd’hui, nombre d’entre eux «découvrent» que Pékin a maquillé depuis toujours ses chiffres et ses statistiques – le pire étant que dans ce lot, certains le savaient mais ne le disaient pas pour entretenir le rêve… –, ce que tous les sinologues sérieux savent depuis des années, tout comme c’est le cas de l’Inde comme l’affirment les économistes les plus estimés de ce pays.
Si la croissance des pays émergents n’a pas été un mirage, loin de là, elle a été sciemment vue plus belle qu’elle n’était pas les autorités en place, notamment dans les Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), il n’y a qu’à voir, à côté de celles de la Chine et de l’Inde, la situation dans laquelle se trouvent la Russie et le Brésil.
Et si une crise économique mondiale résulte de l’atterrissage chinois, ce sera en partie par cet aveuglement qui entretenait la croyance que les pays émergents et les Brics allaient sauver la planète au lieu de s’être attaqué aux vrais problèmes et à avoir trouvé des solutions pour une globalisation plus équilibrée et responsable.
La fuite en avant semble toujours le moyen le plus simple d’avancer.
Alexandre Vatimbella avec les journalistes de l’agence
© 2015 LesNouveauxMondes.org


dimanche 23 août 2015

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Chine: et si le moment tant redouté était arrivé?

Cela fait plusieurs années que les spécialistes de la Chine annoncent une forte baisse de la croissance économique qui, selon eux, pourrait avoir des conséquences graves, voire plus, sur la société chinoise, sur le monde politique, sur le social et le sociétal, sans parler du développement économique du pays.
Mais, jusqu’à présent, par des plans de relance sans nuances mais aussi grâce à sa marche en avant plus robuste qu’on pouvait le penser (même si les statistiques officielles radieuses ont toujours été plus ou moins mensongères), Pékin a déjoué les pronostics sombrent que certains faisaient sur son futur proche.
Néanmoins, les récents problèmes financiers, dont l’effondrement des bourses de Shanghai et de Shenzhen, la baisse de la production, celles des exportations et de la consommation ainsi que de mauvais chiffres dans bien ses secteurs économiques comme la téléphonie mobile mais aussi les problèmes structurels d’une économie incapable de réinventer son modèle à bas coûts et d’exportations effrénées et subventionnées, ont montré une fragilité de la Chine qui semble annoncer des lendemains difficiles.
Des experts parlent désormais d’une croissance sous les 4% pour la Chine cette année.
Si c’est le cas, alors l’ensemble de la planète peut se poser des questions.
Car, dans une globalisation telle que nous la connaissons actuellement, l’onde de choc du ralentissement chinois ou pire, aura des conséquences évidentes.
Les économistes ne sont pour l’instant pas d’accord entre eux sur l’ampleur de ces dernières.
Certains estiment que la contagion chinoise devrait être moins dangereuse que celle issue de la Grande récession de 2008 survenue aux Etats-Unis.
Mais d’autres, devant l’accumulation de mauvaises nouvelles en provenance de l’Empire du milieu tirent la sonnette d’alarme.
Ils parlent d’une potentielle récession mondiale importante au vu des derniers développements (chute des prix des matières premières, des devises des pays émergents, des bourses occidentales, etc.).
En tout cas, les pays émergents à la croissance qui semblait flamboyante et inarrêtable sont les premiers impactés avec une machine économique dans le rouge, voire dans le noir comme c’est le cas du Brésil ou de la Russie, deux pays qui vivent surtout de leurs exportations de matières premières.
Sans parler d’un continent comme l’Afrique qui s’était mis sous la tutelle chinoise pour solidifier son décollage économique même si celui-ci se faisait, encore une fois, par le pillage de ses ressources et l’exploitation de sa main d’œuvre.
Le monde retient donc son souffle tant le dérèglement économique de la Chine peut dépasser le seul domaine de la globalisation (économie et finance) et se traduire par des bouleversements au niveau de la mondialisation (en matière politique et sociétale ainsi que dans le rapport de force entre les pays).
De même, cela pourrait déstabiliser le pouvoir en Chine qui tire sa légitimité de cette croissance sensée amener la prospérité pour tous au fur et à mesure de sa marche inexorable, ce qui permet, en outre, au Parti communiste de demeurer le seul maître du pays et à ce dernier de ne pas se déchirer comme ce fut le cas tout au long de son histoire tourmentée.
Une déstabilisation évidemment hautement dangereuse pour les voisins de la Chine (Japon, Inde, Taïwan, Indonésie, Philippines, Vietnam, etc.) ainsi que pour les Etats-Unis et l’Europe.
Au-delà de savoir comment la communauté mondiale va trouver une solution si la crise chinoise devait s’avérer d’une grande ampleur, il faut aussi se demander comment Pékin va décider de s’en sortir.
Généralement, tout pouvoir autoritaire et dictatorial choisit la fuite en avant.
Les plans de relance adoptés par le Parti communiste chinois qui aboutissaient à construire des infrastructures inutiles à coups de milliards de dollars en étaient une des options.
Ils ne marchent plus ainsi que l’injection de fortes sommes dans le système financier délabré et gangrené par la corruption.
Une autre, c’est de devenir encore plus répressif à l’intérieur des frontières afin d’éviter toute contestation du régime et les manifestations de mauvaise humeur de la population tout en devenant encore plus agressif vis-à-vis de la communauté internationale, au premier chef vis-à-vis de ses voisins en montant en épingle les conflits divers et variés (notamment sur le plan frontalier), sans oublier une confrontation encore plus directe et potentiellement explosive avec les Etats-Unis.
Une sorte de nouvelle guerre froide.
Xi Jinping, le maître la Chine a toujours regretté l’effondrement de l’Union soviétique, se dit un admirateur de Mao Zedong, responsable de la faillite de son pays et de dizaines de millions de morts et utilise sa fameuse lutte contre la corruption pour se débarrasser de ses opposants.
De quoi faire frémir.
Alexandre Vatimbella
© 2015 LesNouveauxMondes.org



vendredi 21 août 2015

Le Focus. La radicalisation de la Gauche menace son courant «centriste»

Alors que Manuel Valls veut conduire une politique social-libérale en France, ce courant «centriste» de la gauche né dans les années 1990 sous la dénomination «Troisième voie» et mis en œuvre, entre autres, par Bill Clinton aux Etats-Unis, Tony Blair en Grande Bretagne ou Gerhard Schröder en Allemagne, est désormais attaqué de front par les tenants d’une gauche radicale, mais pas seulement, qui met son avenir en péril.
Car, dans le même temps, les militants ainsi que les sympathisants des partis de gauche semblent de plus en plus séduits par les discours qui remettent à la mode les vielles antiennes de l’affrontement des classes et de la destruction du capitalisme avec le retour de la stigmatisation des riches et le vilipendage des banques ainsi que de cette fameuse «finance internationale», sorte de secte secrète qui gouvernerait le monde à son seul profit.
Sans oublier la diabolisation de la mondialisation et une attaque en règle comme le libéralisme (présenté uniquement en tant qu’«ultralibéralisme») dans sa version politique sur lequel nos démocraties républicaines sont établies.
On voit même des tentatives pathétiques de réhabilitation de l’ère communiste et de ses «glorieux» leaders qu’ont été Joseph Staline et Mao Zedong.
Cette séduction peut même toucher une partie importante de l’électorat où le thème de l’égalitarisme, dévoiement bien connu de l’égalité, fait florès.
On l’a vu évidemment en Grèce avec la victoire de Syriza et la marginalisation du Parti socialiste qui avait accepté de tenir une ligne réaliste après des décennies de clientélisme et de discours populistes.
On l’a vu également avec l’éclosion de Podemos en Espagne qui taille des croupières au Parti socialiste.
Mais on le voit actuellement dans les primaires du Parti démocrate aux Etats-Unis avec la montée en puissance du vieux sénateur du Vermont, Bernie Sanders, un socialiste affilié aux démocrates.
Il réunit, non seulement des foules lors de ses meetings mais obtient de bons scores dans les sondages.
Cette même radicalisation atteint le Parti travailliste britannique avec Jeremy Corbyn, un marxiste bon teint adepte des nationalisations qui veut gauchiser la formation que Tony Blair a eu tant de mal à moderniser pour la faire revenir au pouvoir et qui pourrait bien en devenir le leader le 12 septembre prochain.
On peut ajouter à ce tableau désespérant le Front de gauche en France et Die Linke en Allemagne, deux formations à la gauche des socialistes et des sociaux-démocrates qui demeurent, encore, des forces secondaires mais dont les discours extrémistes et démagogiques polluent le débat politique.
Le social-libéralisme tant décrié par ces radiaux a pourtant sauvé la gauche du naufrage à la fin du XX° siècle et au début du XXI°.
Un certain nombre de leaders de gauche se rendirent compte alors que leur grille de lecture de la société et le discours qui allait avec était obsolète, si jamais il avait eu une rationalité.
Devant les victoires à répétition de la Droite et notamment de ses ailes radicales avec Ronald Reagan aux Etats-Unis en 1980 et Margaret Thatcher en Grande-Bretagne en 1979 mais aussi avec l’échec des socialistes en France à «changer la vie» en appliquant les vieilles recettes collectivistes, ce qui avait obligé François Mitterrand à mettre en place la rigueur dès 1983 sous son premier septennat (pour tenter d’éviter un effondrement aux législatives de 1986 qui eut quand même lieu), ils décidèrent de se moderniser pour, à nouveau, avoir une chance d’occuper le pouvoir.
Evidemment, le réformisme du social-libéralisme fut attaqué dès la naissance de la Troisième voie mais les victoires qu’il remporta (Clinton en 1992, Blair en 1997, Schröder en 1998) marginalisèrent ses opposants les plus virulents d’autant que l’Union soviétique, pays du «socialisme réel» s’était effondré peu auparavant dans une faillite totale tant au niveau politique qu’économique, social et sociétal.
Pourquoi subit-il aujourd’hui cette campagne violente et parfois haineuse dans les pays démocratiques?
Deux raisons principales peuvent être avancées.
La première est d’ordre idéologique.
Tout une partie de la Gauche n’a jamais accepté la fin des idéologies collectivistes et du clientélisme qui va avec.
Le retour sur le devant de la scène d’économistes, de philosophes et autres intellectuels marxistes en est la preuve.
Le combat de cette gauche radicale et extrémiste contre la démocratie républicaine libérale n’avait jamais cessé et attendait des jours meilleurs pour que ses thèses reviennent sur le devant de la scène.
La Grande récession de 2008 a été le point de départ d’un nouvel activisme qui a remis au goût du jour les vieilles recettes éculées d’une gauche étatiste et populiste chez nombre de militants.
La deuxième est d’ordre politique.
La montée des inégalités, l’abandon de certaines politiques sociales, l’enrichissement de certains, notamment de financiers, ont ému les populations en général et plus particulièrement le «peuple de gauche» qui se sent parfois «trahi» par ses dirigeants réformistes qui n’auraient pas fait grand-chose pour les contrer.
Pour autant, la modernisation de la Gauche par ce courant social-libéral a été bienfaisante pour celle-ci mais aussi pour toute la société.
Il serait très dommage qu’il se retrouve marginalisé alors que les démocraties ont besoin de toutes leurs forces pour affronter les défis du XXI° siècle.
Les centristes doivent s’en inquiéter au même titre que la radicalisation de la Droite et de la disparition des modérés au profit des radicaux.
Car la démocratie républicaine a besoin de consensus (et non d’unanimisme) pour aller de l’avant au lieu de se retrouver fragilisée par les idéologues intolérants de tous les camps.
De ce point de vue, une Gauche moderne, responsable et lucide est une nécessité.
Alexandre Vatimbella
copyright 2015 LesNouveauxMondes.org 

vendredi 14 août 2015

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Donald Trump, produit du populisme, de l’extrémisme et… de la démocratie!

Or donc Donald Trump est la grande surprise de la présidentielle américaine de 2016 (qui n’en est encore qu’à ses prémisses, rappelons-le), lui qui est en tête des sondages pour les primaires républicaines, accentuant même son avance au fur et à mesure de ses déclarations incendiaires et de l’indignation qu’elles suscitent.
Si l’on veut parler de lui sérieusement, il faut d’abord retracer rapidement son histoire.
Fils d’un promoteur immobilier de Brooklyn aux pratiques parfois peu orthodoxes, il a repris le flambeau dans les années 1970 en construisant de nombreux immeubles dans tout le pays et particulièrement à New York, sa ville natale.
Mais il est également un homme qui a fait toutes sortes de business autour de sa personne et de son nom, devenant même une star de la téléréalité en particulier avec son émission sur les apprentis businessmen.
Dès son entrée sur la scène immobilière puis sur celle des peoples, Donald Trump a été, à la fois, un provocateur, un charmeur, un manipulateur, un mythomane, toujours à la bouche l’insulte facile et la menace, cette dernière comme tentative systématique de faire taire ses ennemis (très nombreux) et la presse, notamment par des plaintes et des procès qui, généralement, ne voient jamais le jour.
Sans oublier ses pratiques douteuses comme de donner de l’argent à l’ensemble des politiciens de tous bords afin de pouvoir ensuite leur demander (et y réussir souvent mais pas toujours) des retours sur investissement.
Et ce n’est pas le diffamer que de dire cela, puisqu’il s’en est vanté dans plusieurs interviews récentes affirmant qu’il s’agissait pour lui d’une manière comme une autre de travailler…
Last but not least, Trump a fait quatre fois faillites, retombant néanmoins sur ses pattes à chaque fois.
Ces dernières frasques que l’on pu voir sur toutes les télévisions du monde (insultes, entre autres, contre les Mexicains, John McCain, les femmes dont la présentatrice vedette de la chaîne Fox news, etc.) n’ont étonné que ceux qui ne le connaissaient pas bien.
Donald Trump «The Donald» comme il est baptisé par les medias, n’est donc pas né hier ou avant-hier.
Néanmoins, est-il un pur produit américain comme le laisse croire les commentaires des journalistes et des «spécialistes» toujours prompts à voir la paille dans les yeux étasuniens avant d’ôter la poutre dans ceux des européens?
Si l’on regarde ce qui se passe ailleurs, nombre de politiciens à travers le monde ont des profils assez similaires, de Poutine à Le Pen en passant par Tsipras.
Qu’est-ce que, par exemple, Trump a de différent d’un personnage tel que Berlusconi? Rien, ils jouent tous deux dans la même catégorie du leader qui a réussi à faire fortune dans les affaires et qui se propose d’en faire de même en politique avec l’aplomb du mégalomaniaque narcissique (la mèche de cheveu de l’Américain n’a rien à envier à la chirurgie esthétique de l’Italien).
Quant aux bouffons provocateurs, on en a à revendre de ce côté-ci de l’Atlantique, entre ceux dont c’est la profession et qui ont voulu se présenter (Coluche) ou qui l’ont fait (Beppe Grillo) et ceux qui en sont (Jean-Marie Le Pen, Pim Fortuyn, Geert Wilders).
Et la liste ci-dessus n’est pas limitative, loin de là…
Reste à expliquer sa montée en puissance en cette année 2015.
Trois raisons principales peuvent être mises en avant.
La première est le virage à droite toute des Républicains.
Si la parti de Lincoln n’était pas devenu ces dernières années le refuge de ceux qui sont contre tout et voient des complots de l’Etat fédéral partout en tentant de détruire partout où ils le peuvent le lien social ou les nécessaires solidarités en diabolisant leurs adversaires par des campagnes irrespectueuses, grossières, outrancières, racistes, intolérantes et mensongères, Donald Trump n’aurait pu trouver un aussi bon terreau pour ses agissements.
Il a même «bénéficié» des candidatures improbables de politiciens haineux et/ou à l’intelligence limitée, voire totalement incompétents, qui ont peuplé les dernières primaires républicaines comme Sarah Palin (qui l’a soutenu lors de ses attaques de John Mc Cain dont pourtant elle était la colistière en 2008!), Michelle Bachmann, Rick Santorum, Rick Perry, Mike Huckabee, Herman Cain ou Fred Thompson.
Dès lors, la sienne, aussi grotesque qu'elle soit, n'est pas autant surprenante qu'on pourrait le penser au premier abord.
Mais le bonhomme est aussi le produit d’un populisme (au sens français) de bas étage qui remet en question depuis toujours toute une «classe politique» soi-disant incapable, corrompue et ayant des intentions cachées envers le pauvre et bon peuple et qui a retrouvé une nouvelle jeunesse depuis le début du deuxième millénaire.
Cette démagogie est à l’œuvre aussi bien à droite qu’à gauche aux Etats-Unis et ailleurs que l’on pense à Donald Trump mais aussi à Bernie Sanders (le candidat socialiste à la primaire démocrate), à Alexis Tsipras, à Jean-Luc Mélenchon, à Marine Le Pen, à Nigel Farage, etc.
Il est aussi, et ceci est le plus inquiétant, le produit du régime de la démocratie républicaine ou plutôt de son dévoiement.
En effet, Donald Trump s’est engouffré comme ses devanciers dans la montée en puissance très inquiétante de l’autonomisation égocentrique assistée irresponsable insatisfaite irrespectueuse de l’individu et des revendications qui vont de pair avec.
Ce phénomène qui est une perversion de la démocratie républicaine (qui suppose, pour fonctionner correctement, respect et responsabilité), permet à chacun d’être dans une demande sans frein et sans limite vis-à-vis de la société tout en étant dans un état de révolte systématique envers toute institution au nom de «sa» liberté qui n’est souvent qu’une variante de la licence.
Les politiques démagogues et populistes ont très bien compris comment le canaliser en caressant dans le sens du poil ces «résistants» de pacotille par des postures «rebelles» qu’évidemment n’ont aucune chance de pouvoir donner des résultats autres que catastrophiques, Syriza le démontrant chaque jour en Grèce.
La réponse c’est l’anti-clientélisme porté par le Centre afin de retrouver l’essence de ce que doit être la démocratie républicaine imaginée par les pères fondateurs des Etats-Unis et les penseurs de la Révolution française comme Sieyès ou Condorcet.

Alexandre Vatimbella
copyright 2015 LesNouveauxMondes.org


mercredi 12 août 2015

Le Focus. Présidentielle USA 2016 - Le «Hillary bashing» peut-il avoir la peau de Clinton?

Récemment, le New York Times a du s’expliquer dans ses colonnes devant la hargne que ses journalistes mettaient à critiquer Hillary Clinton et que nombre de ses lecteurs désapprouvaient, allant jusqu’à publier des fausses nouvelles, remettant en cause son sérieux pourtant légendaire (cependant parfois exagéré).
Mais le quotidien newyorkais ne fait que ce que font l’ensemble des autres médias américains, de la critique systématique de la candidate à la candidature démocrate pour l’élection présidentielle de 2016.
La presse d’ailleurs n’est pas la seule à s’acharner.
Tous les jours une nouvelle «affaire» est montée en épingle, sensée démontrer l’inaptitude, la malhonnêteté, la corruption, la trahison et bien d’autres défauts d’Hillary Clinton et qui retombent aussitôt comme des soufflets.
Mais ce tourbillon incessant a bien sûr des conséquences dans l’opinion publique avec des sondages, même s’ils font d’elle encore la favorite pour l’élection, en baisse et une confiance qui lentement s’érode.
La campagne au profil bas de l’ancienne première dame du pays joue également en sa défaveur puisqu’elle semble donner raison à toutes ses attaques alors qu’elle était élaborée, justement, pour ne pas prêter le flanc à cette entreprise de démolition méthodique qu’elle avait déjà connue d’une certaine façon en 2008 face à Barack Obama en n’intervenant que à propos et sans polémiques, ce qui définitivement ne semble plus pouvoir être le cas aux Etats-Unis et ailleurs.
D’autant que cette entreprise, comme c’est l’habitude lorsque l’on s’attaque à un centriste aux Etats-Unis et ailleurs, vient de la droite et de la gauche, chacune la décrivant comme faisant partie du camp de l’autre tout en critiquant ses positions équilibrées.
Elle pâtit également de la montée de l’électoralisme démagogique et de l’extrémisme intolérant que l’on constate depuis le début du deuxième millénaire dans la plupart des démocraties.
Ainsi, pour 2016, au-delà même des candidats radicaux et extrémistes, deux personnages déplacent les foules: Donald Trump (républicain), le populacier de droite, et Bernie Sanders (socialiste affilié au parti démocrate au Sénat), celui de gauche, aux slogans démagogiques et aux dangereux accents exaltés, voire enragés, sans oublier le fameux «tous pourris sauf moi» qui marche spécialement bien auprès d’un certain électorat.
C’est le fort écho qu’ils recueillent dans la population qui est préoccupant même si personne ne croit qu’ils pourraient s’affronter dans l’élection générale comme le représentant des deux grands partis et que l’un d’eux se retrouve in fine à la Maison blanche.
De même, ce n’est pas la première fois que l’on a de tels candidats.
Barry Goldwater – le modèle de Ronald Reagan – dans les années 1960 pour les républicains et George McGovern pour les démocrates dans les années 1970 étaient de la même veine.
Dans ce contexte, Hillary Clinton, la favorite et la plus sérieuse des candidats, est le punching-ball préféré de tous ceux qui veulent un changement profond sans souvent savoir quoi mettre dans celui-ci mais qui vont s’en prendre à la voix de la raison.
On dirait qu’elle attire tous les mécontentements et les inquiétudes mais aussi toutes les paranoïas et les thèses complotistes contre ce fameux «establishment de Washington» qui confisquerait soi-disant le pouvoir rien que pour ses propres intérêts alors que rien ne vient démontrer qu’elle en fait partie, ni qu’elle a jamais privilégié ce monde-là dans son parcours politique.
En réalité, c’est bien parce qu’elle refuse d’entrer dans une logique clientéliste particulière qu’elle est la cible de tous les clientélismes.
Barack Obama avait réussi à surpasser cet écueil réel en 2008 en se présentant comme le candidat du changement alors même qu’il professait clairement des thèses centristes, ce que la gauche du Parti démocrate ne lui a jamais pardonné par la suite, alors qu’elle s’était trompé elle-même dans son exaltation du Grand soir.
Mais il était nouveau et pouvait jouait sur cette image d’ingénu de la politique pour l’emporter.
Hillary Clinton ne peut évidemment pas faire de même.
Il est à espérer pour les Etats-Unis mais aussi pour notre monde mondialisé que le débat se centrera bientôt sur les vraies questions et abordera les vrais défis que la première puissance va devoir relever dans les prochaines années et les prochaines décennies.
Là où Clinton a des réponses.
Mais où ses adversaires n’ont pas l’air pressés d’aller…
Alexandre Vatimbella
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